Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...
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lundi 6 février 2012

Ouvrir des possibles


Se donner la possibilité de quelque chose, c'est comme ouvrir des portes. Une porte est une ouverture spécialement aménagée dans un mur, une clôture, etc., pour permettre le passage. Au sens figuré, tout dispositif permettant d’ouvrir sur d’autres aspects de l’objet de notre attention.

Dans notre société d’aujourd'hui, nous avons la possibilité d’ouvrir plus de portes que par le passé, même s’il existe encore de nombreuses zones d’exclusion et que demeurent des lieux réservés à une élite privilégiée. Certaines portes s’ouvrent difficilement : il est plus difficile à un fils d’ouvrier qu’à un fils d’avocat d’accéder à de hautes fonctions dans l’entreprise ou l’administration publique, et la difficulté s’accroît encore pour une fille. Mais la chose n’est pas impossible.

Il est une autre catégorie d’obstacles nous empêchant d’ouvrir les portes : les obstacles intérieurs. Malgré toutes les possibilités qui sont offertes, on peut avoir une certaine tendance à se fermer intérieurement des portes, et il arrive que cette tendance s’accentue au fur et à mesure que l’on avance dans la vie, sous l’effet des échecs subis. Nous avons souvent intégré les interdits de notre environnement social ou bien nous avons conservé ceux dont nous avons été imprégnés par notre éducation, sans les remettre en question.

Geoffroy : « Je n’ai pas vraiment bien réussi dans ma carrière. J’ai essayé d’être gentil avec les uns et avec les autres, trop gentil ; et finalement tout le monde m’est tombé dessus… Si tu n’écrases pas les autres, tu ne réussis rien dans la vie. Mais moi, c’est pas mon truc, et du coup c’est moi qui me fait marcher dessus. »

Albertine : « J’ai un poste de responsabilité, mais je suis mal à l’aise, parce que je ne suis pas capable de faire appliquer des règles à mes collaborateurs. En fait, derrière ma façade de professionnel rapide et efficace, j’ai peu de confiance en moi, il m’est difficile de m’affirmer. Il faudrait que j'arrive à mieux communiquer. »

Mickaël : « Je fais ce boulot depuis vingt ans et j’en ai marre ; mais je ne vois pas ce que je peux faire d’autre… Je suis coincé car je ne connais que ce métier et ce n’est pas à quarante-cinq ans que je peux apprendre quelque chose d’autre… »

Marie-Claire : « Dans la situation où je suis, je suis coincée et je ne peux plus rien faire. Je ne peux pas espérer un poste de responsabilité dans cette boîte : on m’a dit que je n’y arriverai pas, parce que j’avais besoin d’un cadre, besoin d’être entourée. »

Un des objets du coaching, c’est justement d’examiner, sous le regard bienveillant d’un tiers, le bien-fondé de cette fermeture : cette porte intérieure, l’ai-je fermée à bon escient ? Bien évidemment, il ne s’agit pas de mettre à bas tous les interdits, car on a besoin d’interdits à la fois pour se construire et pour vivre en harmonie les uns avec les autres : les interdits sont structurants. Il s’agit simplement de chercher à savoir si tel interdit, auquel j’obéis tacitement, est une bonne chose – pour moi, pour ceux qui m’entourent, pour la société, pour l’environnement… – ou pas.
Choisir quelle porte ouvrir... (dessin R. Cherel)

Renaud CHEREL


Suite
Comment ouvrir des possibles?

Voir aussi dans ce blog :
    Dedans dehors
    Curiosité, défaut ou qualité ?
    La nostalgie n'est plus ce qu'elle était

Liens externes :
    Femmes et carrière : la course d'obstacles

mardi 25 octobre 2011

Cour de récréation

Cour de récréation (Photo Valérie Winckler)
Evelyne se souvient de la cour de récré : « J’étais une fille un peu timide, mais j’avais beaucoup de copines. J’étais plutôt gaie, j’aimais m’amuser à de nombreux jeux ; mais je me souviens que j’aimais en changer, j’étais toujours la première à dire : et si on jouait à ça, maintenant ?... »

Clément raconte : « Je n’étais pas bagarreur, pas le caïd de la cour de récréation ! J’étais un enfant calme, pas leader, pas meneur du groupe. Je n’ai plus trop de souvenirs, mais je crois que je ne me suis pas ennuyé… j’aimais bien être dans un groupe mais à vrai dire je n’avais pas trop d’amis, de vrais amis : un ou deux seulement ; je n’aimais pas inviter du monde en vrac. »
Il est curieux de constater combien notre façon de faire dans la cour de récréation, enfant, est révélateur de notre personnalité d’adulte.

Ceci s’explique : en effet, selon la plupart des auteurs, les grands traits de notre personnalité se mettent en place avant l’âge de six ans. Et si l’on sait bien regarder, ces traits apparaissent clairement car ils sont moins cachés par le vernis de politesse et d’attitudes sociales que nous avons appris à appliquer en tant qu’adulte.
Mais, à l’examen de la façon dont on se comportait étant enfant, on est confronté à deux obstacles :       
- d’abord, on ne se souvient pas toujours très bien, notre mémoire ayant opéré un tri dans les souvenirs ;          
-ensuite, on se rend compte fréquemment que déjà l’enfant que nous étions adoptait des comportements différents selon les circonstances.

À la maison, l’enfant que j’étais demeurait sous l’influence de ses parents ou des personnes ayant autorité sur lui ; selon son tempérament, il réagissait contre (enfant rebelle) ou en faveur (enfant soumis) de l’autorité. De la même façon, pendant les cours scolaires, le même enfant était sous l’influence du maître ou de la maîtresse d’école et adoptait une attitude rebelle ou soumise. Dans ces deux types de circonstances, une minorité d’enfants se comportent de façon neutre vis-à-vis de l’autorité (enfant libre), mais ils ne sont pas nombreux.

Par contre, dans la cour de récréation, les contraintes se faisaient moins directement sentir et l’enfant que j’étais se livrait davantage à ses impulsions : c’est ce qui explique le choix de la cour de récréation comme lieu de discernement des traits de personnalité. On pourrait aussi choisir les moments de loisirs que nous avions, enfant, à condition que ce fussent de vrais temps libres et non pas des activités imposées plus ou moins directement par les parents : ce qui, à la réflexion, n’est pas toujours évident.

Quel était mon comportement dans la cour de récréation ? Étais-je plutôt leader, rassemblant des camarades autour de moi pour réaliser un projet ? Aimant être en groupe mais plutôt suiveur ? Souvent isolé, ou avec un ou deux ami(e)s choisis ? Défenseur des plus faibles et justicier ? Faisant le clown pour amuser la galerie ? Qu’est-ce que cela dit de moi ?

Renaud CHEREL


Voir aussi dans ce blog : 
Education des enfants

mardi 20 septembre 2011

Médiation (suite)

Nous avons passé en revue dans le message précédent (voir Médiation) les premières étapes de la médiation d’un conflit. Voyons ici les étapes suivantes.

3 - Évaluer la situation
A cette étape le médiateur a une vue suffisamment précise de la situation et de sa complexité pour juger de la façon dont elle peut être résolue, en prenant en compte :

D’abord les obstacles externes, liés à la situation : aspects matériels, financiers. Plus difficiles, les obstacles internes, liés aux personnes et qualifiés de politiques : personnalité des acteurs, réseaux relationnels, questions de pouvoir, croyances. Une croyance est le fait de croire une chose vraie, vraisemblable ou possible, sans possibilité de la démontrer, avec un aspect affectif fort. On peut distinguer des croyances limitantes, comme : « je ne suis pas capable de… » et des croyances aidantes : « j’ai de la chance. » Elles peuvent porter sur les autres, ou sur des généralisations : « Les gens du Nord sont plus travailleurs… »

La taille du problème
Le conflit est-il d’une taille gérable ou doit-il être découpé en plusieurs petits problèmes ? Parfois les sous-problèmes peuvent être partiellement traités par des personnes ou équipes différentes, ce qui fait gagner du temps.

Les chances de succès
Avez-vous une chance raisonnable de mettre fin au conflit ? Sinon, pouvez-vous faire appel à quelqu'un d’autre ? Évitez de vous engager dans une gestion de conflit si vous percevez à l’avance que vous n’obtiendrez pas de succès.

4 - Décider d’un processus
Dans le cas d’un conflit lourd, il peut être utile d’abord de définir les règles de la négociation, le lieu de rencontre, le contenu, le calendrier, le contenu.
Souvent, les besoins, les attentes des deux parties ne sont pas les mêmes. La présence du média-teur permet à chacun d’exprimer son objectif dans ses propres termes. Plus de la moitié des conflits viennent du fait que l’on ne comprend pas l’autre. Le médiateur use de ses talents de facilitateur et de fermeté pour obtenir que chaque partie écoute l’autre.

5 - Faire émerger des solutions
Le rôle du médiateur n’est pas de proposer des solutions, mais de créer les conditions favorables à la recherche de solutions par les deux parties, séparément ou ensemble, par des négociations formelles ou informelles.

La technique du brainstorming permet de trouver des idées en suspendant le jugement dans un premier temps pour faciliter la créativité de l’hémisphère droit du cerveau. Ensuite seulement l’on critique les idées trouvées en prenant soin de les transformer en solutions adaptées à la situation, puis l’on sélectionne les meilleures (pensée critique de l’hémisphère gauche).

6 - Établir un plan d’action
Proposition et mise en œuvre des actions à mettre en œuvre, jugées les plus pertinentes et les plus efficaces. Le plan d’action indique concrètement pour chaque action comment s’y prendre, l’ordre des actions, les délais dans lesquels elles vont être conduites. Assorti d’un échéancier, il est mis par écrit noir sur blanc et validé point par point par les deux parties.

Enfin, un certain nombre de contrôles doit être prévu dès le départ.


Renaud CHEREL




Voir aussi dans ce blog :
    Médiation

samedi 3 septembre 2011

Compliqué ou complexe ?

Exemple d'objets complexes : les fractales
Un manager pose la question suivante à ses collègues : « Qu’est-ce qui est le plus compliqué pour vous ? »

-« La relation managériale est compliquée, répond Didier, si on veut pouvoir utiliser les gens au maximum de leurs capacités. Je sais les emmener, partager mes projets et ceux des clients. Mais là, attention : on s’imagine que les gens sont des outils, et l’objectif est la rentabilité. C’est vrai, mais de l’autre côté il faut écouter les gens, c’est très important. Moi, je sais quand mes commerciaux vont bien ou pas bien. Si quelqu'un va bien, sa production est bonne, et inversement. »

-« J’aime bien être stimulée intellectuellement, explique Raphaëlle. Je suis à l’aise pour analyser des situations complexes ; je ne parle pas de résoudre des équations, mais des situations à cheval sur plusieurs choses, des millefeuilles de problèmes technique qui se mélangent avec de la politique, etc. Ce genre de choses, j’arrive à bien les décortiquer, à trouver sur quelle ficelle tirer pour dénouer le tout, comment résoudre les problèmes intriqués, techniques et politiques… Cela, ça garde un aspect très concret, très pratique et ça me va ; par contre, je me sens moins à l’aise dans l’aspect purement relations humaines… »

-« Euh... Je ne sais pas… » Agnès réfléchit : « Le plus compliqué pour moi, c’est probablement les conflits ; pas les conflits qui me sont extérieurs, ça je gère assez bien… Mais quand on m’agresse directement, j’ai beaucoup de mal à réagir. C’est pour cela que j’ai du mal à dire non à la demande d’un supérieur hiérarchique. J’ai tendance à dire oui, même si je ne suis pas d’accord… Ensuite, je m’en veux d’avoir accepté et il m’arrive de transférer ma colère contre quelqu'un d’autre sous un prétexte quelconque. Je suis compliquée, n’est-ce pas ? »

-« Les situations complexes, je m’en débrouille ! », coupe Hervé. « Je suis payé pour ça et je n’aime pas danser d’un pied sur l’autre pendant des heures. Je m’informe, je me renseigne et une fois que j’estime avoir les éléments nécessaires, je décide. Parfois les gens sont trop compliqués, ils se créent des obstacles là où il n’y en a pas… De toute façon, pour avancer, il faut trancher, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, non ? »

Les choses ne sont pas compliquées de la même façon pour Didier, Raphaëlle, Agnès ou Hervé. Si l’on se réfère au dictionnaire :
Complexe : (du latin plectere : tresser, entrelacer) : qui contient, qui réunit plusieurs éléments différents.
Compliqué : (du latin plicare : plier, replier, enrouler) : qui possède de nombreux éléments dont l’agencement matériel ou logique est difficile à comprendre, ou le rend difficile à faire.

Autrement dit, l’adjectif « complexe » se restreint à décrire les faits ou la situation observée ; par contre, le mot « compliqué » renvoie à un jugement, une évaluation sur la difficulté induite par la situation ou le fait observé. C’est pourquoi les choses s’avèrent plus ou moins compliquées par leur nature mais aussi selon notre personnalité, notre façon de voir le monde.

Le monde est certainement complexe, mais c’est nous qui le rendons compliqué !


Renaud CHEREL




Voir aussi dans ce blog :
    Catégoriser a ses limites

Liens externes :
    le blog de Thierry Crouzet

dimanche 28 août 2011

Réaliser son projet

Nous avons vu dans le message précédent (voir Du rêve au projet) comment transformer un rêve en projet. Une fois mon point de départ défini et mon projet établi – où est-ce que je veux aller, en partant d’où ? – il me reste à parcourir un certain nombre d’étapes pour parvenir à mon objectif.

- Les enjeux
Un premier élément important, c’est de prendre conscience des enjeux qui se jouent derrière l’action que je décide d’entreprendre. En effet, les enjeux contribuent puissamment à la motiva-tion. Souvent les enjeux sont en partie inconscients, et il est parfois difficile de les mettre à jour. Une façon simple de les débusquer, c’est de me poser la question : que se passera-t-il si j’atteins mon objectif ? Je tente d’énumérer les diverses conséquences, directes et indirectes, pour moi, pour les autres et pour l’environnement, de l’action projetée. Sans oublier, naturellement, la question alternative : que se passera-t-il si je n’atteins pas cet objectif ? Quels inconvénients, quels ennuis risquent de découler de la non-réalisation de l’action ? On sera surpris de constater que les réponses à ces deux questions ne sont pas forcément symétriques. L’ensemble de ces enjeux constitue une source d’énergie pour alimenter ma motivation.

- Les moyens
L’étape suivante consiste à passer en revue les moyens dont je dispose pour mener à bien cette action, les ressources, les stratégies qu’il m’est possible de mettre en œuvre. Dans cette étape, il est important d’être le plus ouvert, le plus spontané, le plus créatif possible, sans jugements ou critiques. Dans cette étape, je laisse fonctionner mon hémisphère droit, plus intuitif, sans laisser intervenir mon hémisphère gauche qui risque de casser mon élan créatif.

- Les obstacles
Ensuite seulement j’utilise ma rationalité pour examiner les obstacles, les difficultés et porter un jugement critique sur les idées qui me sont venues dans l’étape précédente. Parmi les obstacles, il y a évidemment ceux d’origine externes en termes de moyens matériels, de financement, de relationnel, de temps, etc. Mais il y a aussi les obstacles d’origine interne : manque de réelle volonté, manque de confiance en soi, l’ensemble de mes croyances limitantes qui peuvent générer une résistance, voire un sabotage de mon propre projet.

- Le plan d'actions
À partir de tous ces éléments, j’élabore alors un plan d’actions, une liste concrète des choses à faire étape par étape, avec un calendrier. Une bonne manière de fixer ce plan d’action est de l’écrire noir sur blanc.

- Les contrôles
Enfin – et c’est un point important – je prévois une façon de suivre ou de contrôler l’avancement de mon projet, à chacune des étapes, jusqu’à son accomplissement. À noter qu’il demeure souvent un « reliquat non résolu » : le monde n’étant pas parfait, certaines choses ne sont pas réalisées, ou pas exactement comme prévu, malgré tous mes efforts. Admettre cette part non résolue m’évite de tomber dans le perfectionnisme et dans la culpabilité qui lui est associée.

Une fois arrivé au bout de mon projet, je me rends compte que, dans bien des cas, ce n’est pas tant le résultat final qui m’a apporté le plus de satisfaction, que le chemin emprunté pour y par-venir. Même si la société actuelle nous dit le contraire, je crois que le parcours nous apporte plus que l’arrivée !


Renaud CHEREL




Voir aussi dans ce blog :
    Rêves et projets
    Du rêve au projet
    Enjeux

Liens externes :
    http://dreamshake.com/

Bibliographie : 

DELOURME Alain : Construisez votre avenir : Du rêve à la réalisation de votre projet de vie, éd. du Seuil, Paris 2006.

jeudi 7 juillet 2011

Du rêve au projet

Du rêve au projet (dessin R. Cherel)
Nos rêves font partie de notre imaginaire, ils sont impalpables, immatériels et, dans le langage courant, on oppose facilement le rêve à la réalité. Alors, comment passer du rêve à la réalité, comment transformer mes rêves en projets réels, palpables et réalisables ? Voici, de manière tout à fait indicative, quelques étapes qui peuvent éventuellement aider à faire ce parcours.

- D’abord, prendre conscience que tout projet implique un choix : en choisissant d’opter pour ceci plutôt que pour cela, je prends une option parmi plusieurs possibles, et par conséquent je renonce à ces autres possibles. Alors que le rêve autorise tous les choix imaginables tant qu’il demeure à l’état de rêve, sa transformation en projet va en quelque sorte le cristalliser dans le réel. Cette question du renoncement est donc un premier obstacle à surmonter, qui peut s’avérer relativement difficile. L’expérience de l’accompagnement de personnes dans des périodes de transition me fait dire que cette étape n’est pas aussi aisée qu’il n’y paraît. Elle peut être franchie en répondant le plus précisément possible à la question : « Qu’est-ce que je veux, au fond ? Quel est mon désir ? » Sortir du flou, du vague de mon imaginaire pour énoncer concrètement ce à quoi je veux arriver est une excellente manière de transformer mon rêve en projet.

- Un second élément susceptible de m’aider est la prise en compte de la situation de départ : d’où est-ce que je pars ? Par rapport à ce que je désire, où est-ce que j’en suis actuellement ? Cet état des lieux me permettra de faire l’inventaire des atouts que j’ai en main.

- Mon projet se concrétise par un ensemble d’actions organisées pour atteindre mon objectif, mon but. Pour que mon rêve devienne projet, il est donc nécessaire de poser une première action. Celle-ci peut être, pourquoi pas, de faire part de mon rêve à quelqu’un d’autre. Là encore, partager mon rêve, ce n’est pas si simple : je prends le risque de subir le jugement de l’autre, qui peut réagir négativement : « Mais tu es fou ? C’est infaisable ! Tu n’y arriveras jamais ! »

Cette éventualité peut me conduire à garder mes rêves pour moi, plutôt que de subir les jugements des autres… avec le risque que mon rêve ne se réalise jamais. Ou bien cette contrainte agit comme un moteur : elle m’oblige d’une part à préciser ce que je veux, à mettre mon désir en mots ; je suis amené à le définir clairement, à construire en quelque sorte un argumentaire. Ce faisant, je prendrai de l’assurance, j’affermirai ma foi en ce projet et en mes possibilités de le mener à bien. D’autre part, cela me conduit aussi à choisir le bon interlocuteur à qui confier ce rêve qui m’habite, la personne qui saura m’encourager tout en apportant une critique bienveillante : car celle-ci me permettra d’affiner mon projet, d’en éclairer les points faibles afin de les améliorer.

Dans une dernière partie, nous verrons semaine prochaine les étapes :
Du projet à sa réalisation concrète.


Renaud CHEREL



Voir aussi dans ce blog :
    Rêves et projets
    Les risques de l'utopie
    Développer son imagination

mardi 5 juillet 2011

Rêves et projets

Armel est un homme d’action ; quand il a un projet en tête, il travaille énormément pour arriver à le réaliser. Il s’accroche à son objectif, il s’organise pour le mettre en œuvre, trouve les ressources nécessaires, se fait conseiller pour les éléments qu’il ne maîtrise pas, remue ciel et terre pour parvenir à ses fins. Il ne se lance pas dans cinquante activités à la fois mais généralement, les projets qu’il décide de démarrer arrivent à leur terme, et il est apprécié pour cela dans son travail.

Projets (Photo R. Cherel)
Cédric adore faire plusieurs choses en même temps et se lancer dans de nouvelles activités. Très créatif, il est enclin à lancer de nouvelles idées, à prévoir des projets multiples et alternatifs. Si le projet en cours ne marche pas, ce n’est pas trop grave car il en a d’autres de rechange. Par contre, une fois le projet lancé, il aura davantage de mal à le gérer au quotidien. C’est pourquoi certains de ses collègues se montrent critiques à l’égard de Cédric : ils reconnaissent qu’il a beaucoup d’idées intéressantes mais déplorent qu’il n’aille pas jusqu’au bout de ses idées.

Hamida aime bien, elle aussi, se projeter dans l’avenir ; mais, contrairement à Cédric qui au départ voit surtout les côtés positifs du projet, elle a tendance à percevoir rapidement les obstacles qui risquent de se dresser au cours de sa mise en place. Elle possède une bonne capacité à anticiper les inconvénients qui pourraient découler du choix de telle ou telle solution, et n’a de cesse qu’elle ait trouvé une parade.

Jeannot, lui, préfère vivre au jour le jour en accueillant simplement les événements qui surviennent au quotidien. Il n’a pas de rêve précis et ne cherche pas à anticiper sur l’avenir : « à chaque jour suffit sa peine, dit-il, on verra bien ce qui arrivera demain. » Il n’aime pas trop avoir des échéances serrées, des dates limites pour rendre son travail car cela le stresse ; il préfère prendre son temps, travailler à son rythme. « Ils me fatiguent, ceux qui courent sans arrêt pour faire ceci ou cela. À quoi bon ? »

Pascale rêve de choses qu’elle aimerait bien faire un jour, mais cela reste à l’état de rêves sans se concrétiser, et Pascale se persuade que, de toute façon, son rêve ne se réalisera pas. Elle se laisse parfois aller au regret : elle aurait aimé par exemple ouvrir un restaurant bio. Une copine lui avait proposé de s’associer avec elle et elle a refusé. Depuis, Pascale ressasse cette occasion perdue : « J’aurais dû m’y lancer quand j’avais trente ans, mais j’étais coincée à ce moment-là et maintenant c’est trop tard… Ah, si j’avais su… ».

Chacun a sa façon de rêver, au fond. Ces rêves nous font du bien tant qu’ils ne nous enfoncent pas dans le regret et la culpabilisation. Et un rêve a bien souvent en lui la possibilité de se transformer en projet. Comment ?


Renaud CHEREL



Vous pouvez lire aussi dans ce blog des articles sur la même thématique :
    Du rêve au Projet
    Imagination

jeudi 2 juin 2011

Couleurs : noir et blanc, gris, rose et brun

Hors des principales couleurs que nous avons examinées dans les lettres précédentes, je vous propose, parmi les myriades de teintes possibles, de nous attarder sur cinq d’entre elles.

Le blanc peut se situer aux deux extrémités de la gamme chromatique. Absolu, il peut exprimer soit l’absence, soit la somme des couleurs ; valeur limite, il symbolise à la fois la naissance et la mort ; c’est ainsi la couleur du passage d’un état à un autre, de la transfiguration. Sur l’axe Est-Ouest des mutations, le blanc de l’aube est comme un silence avant tout commencement, toute naissance. Le blanc, symbole de pureté, est une promesse, blanc de la robe de la future mariée – le rouge lui succèdera –, blanc du champ opératoire où jaillira le sang vital sous le bistouri du chirurgien. Le blanc facilite la clarté mentale, nous encourage à clarifier les confusions ou les obstacles, provoque la purification des pensées ou des actions pour redémarrer.

Zèbres de Vasarely
Le noir, comme le blanc, est aussi absence ou somme des couleurs. Associé aux ténèbres primordiales, il se situe sur l’axe Nord-Sud des transcendances et il exprime l’état de mort accomplie. Par extension, il exprime le renoncement au monde ; mais paradoxalement, le noir est celui du ventre du monde, riche de potentialités latentes, souvent associé avec le rouge de la vie. Associé à la nuit, il évoque la puissance de l’inconscient, mais aussi la mélancolie, le pessimisme : les idées noires... C'est une couleur classique pour l'habillement, probablement parce qu’elle fait apparaître le porteur plus mince et plus sophistiqué, avec une image de puissance, d’élégance peu manipulable et riche de potentialités.

Quelques logos basés sur le noir et blanc

Note : je donne ici mon commentaire à partir de ressentis personnels sans préjuger de la stratégie de communication des marques.

Avec son panda en noir et blanc, WWF peut se vanter d'avoir créé un des logos les plus populaires, reconnu dans le monde entier. Le WWF bénéficie de l'image positive du panda, animal à la fois extrêmement sympathique avec son apparence de gros nounours, et émouvant par son faciès de clown triste et son statut d'espèce menacée. Notez l'utilisation très astucieuse de la disposition du noir et du blanc, qui amène l'œil à reconstituer la tête et le dos de l'animal alors qu'ils ne sont pas délimités.

Le logo d'Adidas, quant à lui, a évolué vers la simplicité, ne conservant que les trois lignes horizontales noires accolées au nom de la marque. Arborant une élégance simple, il s'appuie sur la symbolique du noir et du blanc en tant que potentialité, promesse. Les trois lignes me font penser au trigramme du ciel, l'un des graphismes constituants des hexagrammes du Yi jing, le Traité des mutations chinois.

Le gris ou argenté, en équilibre entre les extrêmes du noir et du blanc, est le centre du monde de la couleur. De ce fait il est la couleur de l'intellect, du contrôle de soi, de la connaissance et de la sagesse. Il est aussi perçu comme durable, classique et raffiné. Évoquant l’âge mûr, le gris confère une image d’autorité et de dignité.

Quelques logos basés sur le gris
J'ai eu un peu plus de mal à trouver des logos entièrement gris : généralement cette couleur neutre est utilisée pour mettre en valeur d'autres couleurs.
Mais certains ont su l'utiliser avec bonheur. Par exemple, la marque automobile Honda a fort bien tiré parti des nuances de gris dans l'élégant logo en relief apparaissant sur ses modèles. Le H de Honda est inscrit dans un rectangle qui lui confère un cadre solide, mais dont la rigueur est très adoucie par l'arrondi des angles et la courbure des côtés. Les jambages du H, légèrement écartés, donnent une impression d'ouverture et de liberté, accentuée par l'espace plus large au-dessus qu'en dessous de la traverse. Le tout renvoie une image de discrète distinction.

Un certain nombre d'Ecoles de Commerce du groupe ESC ont choisi le gris pour leur logo. J'ai retenu celui de celle de Rennes que je trouve intéressant pour plusieurs raisons. Le graphisme me paraît un peu maladroit, un peu naïf, comme s'il avait été créé par un amateur, impression renforcée par le choix de la police de caractères. Mais en même temps il se dégage de l'image un certain dynamisme, et l'idée de faire figurer une panthère grise au lieu d'une panthère noire renforce l'idée aérienne suggérée par l'aile sur le dos de l'animal.



ancien logo                               nouveau logo     
Logitech, le fabricant suisse en matériel électronique (notamment les souris d’ordinateur), a redessiné son logo en janvier 2012, en modifiant la typographie, qui devient plus ronde, en diminuant la taille de l’emblème qui prend moins de place, et surtout en remplaçant la couleur avec effets 3D par un dessin en gris : il en résulte une image moins ludique, à la fois plus sérieuse et plus professionnelle.

Le rose s’obtient par le mélange de la passion du rouge avec la pureté du blanc. Si le blanc domine, le rose clair évoque la jeunesse, l’amusement ; et quand le rouge domine, le rose est plus sensuel et passionné sans être trop agressif. Le rose est la couleur du bonheur et de la régénération, c’est pourquoi une attraction vers le rose peut être signe d'un désir de retourner aux jours plus insouciants de l'enfance.

Les roses lumineux, comme le rouge, stimulent l'énergie et peuvent augmenter la tension artérielle, la respiration, les battements de cœur, et la fréquence du pouls. Ils encouragent également l'action et la confiance.

Quelques logos basés sur le rose

Vinone, une marque de vins, tire parti d'un rose qui rappelle la couleur de ce breuvage, tout en étant  fort éloignée de sa teinte réelle, car personne n'a jamais vu un vin rose bonbon. Le message est donc fortement orienté vers l'image ludique et insouciante, même si le cadre rectangulaire et le soulignement du nom lui apportent un peu de sérieux. Là aussi, la bouteille et le verre sont suggérés par du vide, le blanc n'étant pas délimité.

Avec les poupées Corolle, le rose est clairement celui de l'enfance, et plus précisément le monde des petites filles qui demeurent, même à notre époque, les principales utilisatrices des poupées. Dans ce graphisme rose sur rose, tout est dans la douceur et la tendresse des courbes est soulignée par le coeur figuré en place du second O de Corolle. La petite feuille de vert tendre vient apporter une petite note écologique à l'ensemble.  

La couleur marron – ou brune – est celle de la glèbe, du sol, de notre terre, associée à toutes les choses naturelles ou organiques. Chez les Romains c’était un symbole d’humilité et de pauvreté, repris par le vêtement de bure monastique. Le brun indique la stabilité, la fiabilité, une certaine simplicité abordable et apporte un sentiment de complétude, stabilise, confère une connexion à la terre, donne un sens d’ordre.

Quelques logos basés sur le marron

Jeff de Bruges a naturellement choisi la couleur du chocolat pour mettre en valeur ses produits. Pas de grande originalité ici: le nom est inscrit dans un rectangle - la tablette de chocolat - ; la police de caractère est très classique et sa couleur bleue pâle se rapproche de la complémentaire du marron.


La commune balnéaire de la Grande Motte, non loin de Montpellier, a choisi une approche plus originale. Le choix de la couleur marron est-il une allusion à la motte de terre ? Je n'en sais rien, mais en tout cas ce logo me paraît réussi, qui évoque à la fois par les bulles et leur légèreté les vacances et les loisirs et par la couleur marron la ruralité, la terre, la stabilité et le sens pratique.


Renaud CHEREL



Quelques expressions françaises basées sur ces couleurs
Beaucoup d'expressions utilisent les couleurs, dans leur sens littéral ou symbolique. En voici une liste non exhaustive.
Blanc
Expression
Signification
Aliment/ animal (poisson, viande, pain, fourmi, ver, raisin, vin...) blanc
Aliment ou animal de couleur claire, par opposition à celui de la même espèce d'une autre couleur (raison noir, vin ou viande rouge, etc.)

Année blanche
Année scolaire ou universitaire que des troubles sociaux ou politiques ont empêché de valider.

Arme blanche
Arme à lame, par opposition à arme à feu.

Avoir/ Donner carte blanche
Avoir/ Donner toute latitude.

Avoir un blanc
Avoir la mémoire défaillante pendant un court moment.

Balle à blanc
Munition pour pistolet ou fusil ne contenant que la charge explosive, sans balle (projectile).

Blanc
Silence dans une conversation.

Blanc, Blanche
Homme, femme de type caucasien, personne à la peau claire.

Blanc-bec
Jeune homme ignorant et fat (dont la bouche n'est pas encore assombri par la moustache).

Blanc bonnet et bonnet blanc
La même chose sous deux formes ou appellations différentes.

Blanche
(Musique) une note dont la durée est de deux temps. Ou une bière blanche (de couleur claire).

Blanchir l'argent sale
Faire en sorte que l'argent gagné illégalement se retrouve dans le circuit normal.

Blanchir sous le harnais
Acquérir de l'expérience.

Bruit blanc
(acoustique) Son composé de toutes les fréquences audibles.

Bulletin blanc
Bulletin de vote vierge, vide (voir vote blanc).

Chauffé à blanc
Porté à une température telle que le métal ou l'alliage devient blanc ; ou (sens figuré) très remonté.

Colère blanche
Forte colère : "être blanc de colère".

Connu comme le loup blanc
Très connu, connu de tous, en parlant d'une personne.

Cordage blanc
(marine) Cordage qui n'a pas été goudronné.

Coupe blanche, à blanc-estoc
Abattage total d'une forêt (couper à blanc).

De but en blanc
Brusquement, sans prévenir, à l'improviste.

Donner un blanc seing
Donner son aval sans limite.

Éléphant blanc
Gouffre financier, projet démesuré.

En blanc
Sans écriture (pour un document). Chèque en blanc : sans indication du bénéficiaire.

Être blanc-bleu
Avoir une réputation intacte.

Être blanc comme neige
Ne rien avoir à se reprocher, être innocent.

Être blanc comme un linge/ comme un cachet d'aspirine
Avoir l'air pâle, livide de peur ou de maladie.

Examen blanc
Examen-test.

Faire chou blanc 
Ne pas avoir l'effet escompté, échouer. Anciennement: "faire coup blanc".

Fixer quelqu'un dans le blanc des yeux
Le regarder avec assurance, impudence.

Hisser le drapeau blanc
Se rendre, capituler.

Manger son pain blanc
Faire le plus facile, traverser la période la plus heureuse.

Marquer d'une pierre blanche
Mettre parmi les jours fastes dont on gardera la mémoire.

Moine blanc
Moine cistercien.

Montrer patte blanche
Satisfaire aux critères d'entrée.

Oie blanche
Jeune fille naïve, candide, innocente.

Or blanc
Richesse représentée par la neige et le tourisme qui y est lié. Ou ancien nom du platine (aujourd'hui, alliage d'or et de palladium ou de nickel).

Page blanche
Page vierge.

Pages blanches (France)
Annuaire téléphonique des particuliers.

Passer une nuit blanche
Ne pas dormir de la nuit.

Petit blanc
Verre de vin blanc ; ou (Belgique) un petit verre d'alcool de Genièvre ou de Pecket

Peur blanche
Forte peur.

Russe blanc
Russe pro tsariste.

Saigner à blanc
Épuiser, exploiter.

Salle blanche
Pièce dont l'atmosphère et l'empoussièrement sont contrôlés.

Sauce blanche
Sauce faite de farine et de beurre qu'on n'a pas fait roussir.

Se faire des cheveux blancs
S'inquiéter assez fortement.

Semaine du blanc
Période consacrée par les magasins à la vente de linge de maison.

Sortir blanchi
Conserver son intégrité morale.

Tirer à blanc
Réagir, protester sans obtenir de résultats.

Vers blancs
Vers non rimés.

Voix blanche
Voix sans timbre.

Vote blanc
Vote d'abstention ou de rejet, protestataire.


Voir aussi dans ce blog :
    Couleurs : rouge et orangé
    Couleurs : jaune et vert
    Couleurs : bleu et violet
    Symboles