Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...
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jeudi 23 septembre 2010

Les valeurs morales

Pour agir, pour choisir entre plusieurs possibilités, nous nous appuyons sur des valeurs morales, c'est à dire sur ce qui est vrai, ce qui est beau, ce qui est bien à nos yeux. Notre système de valeurs, nous le construisons en fonction de ce qui nous a été transmis, de notre histoire, mais aussi des plaisirs et déplaisirs que nous traversons, des peurs, des frustrations, de nos désirs et de nos envies. Du coup – cela peut paraître étonnant à première vue – ce que nous trouvons vrai ou faux, juste ou pas juste est largement influencé à la fois par notre environnement social et culturel et par notre vie émotionnelle ; au point que fréquemment nous nous arrangeons, consciemment ou inconsciemment, pour avoir des idées correspondant à nos besoins.

Quelles sont mes valeurs personnelles ?
La valeur est un point de repère, un critère particulièrement important ; si je ne la satisfais pas, je ressens un mal-être. La valeur c’est quelque chose de vraiment primordial. Mais un certain nombre de valeurs sont inconscientes, on n’y réfléchit pas ; c’est parfois quand on est en difficul-té que l’on se découvre des valeurs. Par exemple, c’est lorsque Florence est tombée malade qu’elle s’est rendue compte que la santé était vraiment une valeur pour elle ; auparavant, elle n’y pensait pas.

Prendre conscience de mes valeurs et de mes croyances peut aider à comprendre ce qui m’empêche de me comporter comme je le souhaiterais dans certaines circonstances. Prendre conscience de mes valeurs, c’est me connecter à ma source d’énergie, à ma motivation profonde. Pour moi personnellement, il peut donc être intéressant de me demander quelles sont mes valeurs : « Qu’est-ce qui est important pour moi ? Qu’est-ce qui me motive ? Qu’est-ce qui me mobilise ? Qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ? »

Puis je peux vérifier si mes valeurs actuelles sont bien à moi. Est-ce que ces valeurs héritées, reçues, transmises, je les ai faites miennes, ou bien sont-elles des « valeurs achetées » ? Si je reconnais que telle valeur n’est plus à moi, je la remercie et je dis stop : c’est une valeur qui m’a bien aidé à un moment donné, mais maintenant je la rends à la vie.

Enfin, je peux me demander comment est-ce que je fais vivre mes valeurs, concrètement. Car la valeur n’est pas une croyance, ce n’est pas simplement ce que je crois de vrai à un moment donné ; c’est ce à quoi j’adhère. Ce n’est pas non plus un besoin : le besoin est quelque chose que je vais prendre à l’extérieur, que je ramène vers moi. La valeur sort de moi vers l’extérieur ; je la sers, presque sans attente par rapport à elle ; je l’honore avec une certaine gratuité.

Il me paraît important de rechercher une certaine cohérence dans sa vie, de chercher à être congruent, c'est à dire de faire vivre ses valeurs dans ses comportements : sinon, si notre apparence est trop éloignée de ce que nous sommes vraiment, nous risquons de ressembler à des coquilles de noix vides !

Renaud CHEREL



Voir aussi dans ce blog :
    Choisir ses critères de qualité
    Transmettre
    Essentiel et accessoire
    Transgression
    Sentiment de culpabilité

Liens externes : 
Quelles sont nos valeurs morales? Dossier de Psychologies.com

mardi 19 janvier 2010

Dix secrets des couples qui durent (7 à 10)

Nous terminons aujourd'hui la liste des dix secrets des couples qui durent.

Prendre du temps ensemble (Photo R. Cherel) 
- Septième secret : se dire merci

Cette façon de faire peut paraître désuète aux yeux de certains, et pourtant… l’habitude de remercier l’autre pour le soutien apporté, pour les plaisirs offerts, pour sa confiance, c’est très constructif. Car après tout, rien ne m’est dû par mon conjoint ou mon partenaire, c’est toujours un cadeau que je reçois de sa part. Cette attitude peut d’ailleurs être étendue à un certain nombre d’autres gestes ou rites : par exemple penser à fêter nos anniversaires respectifs ainsi que notre anniversaire de mariage ; se souhaiter bonjour et bonsoir bien que dormant dans le même lit, etc. Tous ces petits signes, ces petits rites améliorent le vivre ensemble ; finalement, nous redécouvrons là, dans notre vie quotidienne, la vraie raison de la politesse : avant d’être un vernis social, c’est une goutte d’huile dans les rouages de la relation.

- Huitième secret : une part d’admiration

Comment serait-il possible de vivre pendant des années aux côtés d’une personne que l’on mépriserait ou que l’on trouverait totalement ordinaire et banale ? Ou bien l’on finit par être exaspéré, ou bien on s’ennuie mortellement et on a envie d’aller voir ailleurs ! Dans toute relation forte et durable, il y a une part d’admiration réciproque. Cette admiration va plus loin que la surface : si je ne t’aime que pour ta beauté physique ou ta situation financière, je risque un jour d’être fortement déçu(e) ; si je t’aime pour ce que tu es toi, profondément, notre amour a davantage de chances de durer. Même après de nombreuses années vécues ensemble, je m’aperçois que l’autre a encore des trésors insoupçonnés, à condition de cultiver ma curiosité et ma capacité d’émerveillement.

- Neuvième secret : confiance et fidélité

Même à notre époque où l’on dit que les mœurs sont « libérées », je ne suis pas sûr que, dans beaucoup de couples, l’infidélité ne soit pas ressentie par l’un des deux partenaires comme une trahison. La fidélité est une valeur importante, et l’infidélité est une des causes majeures de rupture. Le jour où nous nous engageons dans la voie d’un vivre ensemble en tant que couple, nous décidons de nous faire mutuellement confiance, dans ce domaine comme dans bien d’autres.
Bien sûr, nous ne sommes pas des machines et il peut nous arriver de faillir, c’est pourquoi nous faisons appel au dixième secret.

- Dixième secret : le pardon

Simples humains que nous sommes, nous commettons des erreurs, par maladresse, par faiblesse, par peur et parfois par méchanceté. Il est important de savoir admettre que l’on a fait des erreurs dans notre relation, que l’on s’est trompé et de présenter ses excuses, de demander pardon à l’autre. Symétriquement, il nous est donné dans la vie de couple d’avoir à pardonner à l’autre. Demander et donner le pardon sont des actes forts, parfois difficiles. Mais ce sont des actes importants qui peuvent aider notre couple à grandir.
Attention, pardon n’est pas synonyme de réconciliation, mais nous reviendrons sur ce point une autre fois.

Trouvez votre propre voie, inventez votre couple !

Une dernière remarque, et non des moindres : toutes les recettes du monde ne feront pas durer votre couple de l'extérieur. Les conseils des uns et des autres - que ce soit des proches ou des professionnels - peuvent apporter des informations, un éclairage ; mais c'est à chaque couple d'inventer sa relation, de trouver son propre chemin. Sachant qu'au fil du temps, les contextes sont différents et la relation évolue. Alors, bonne route !

Renaud CHEREL


Voir aussi dans ce blog : 
    Dix secrets des couples qui durent (1 à 2)
    Dix secrets des couples qui durent (3 à 6)
    Pardon et réconciliation
    Masculin-Féminin


lundi 23 novembre 2009

Recevoir la critique

Donner et recevoir sereinement la critique est un art.
Dans le message précédent (voir Critique Constructive), j’ai évoqué comment aborder la critique de façon constructive ; aujourd'hui, voyons comment la recevoir. Généralement, les remarques négatives ne sont pas agréables à entendre. Cela d’autant plus si elles touchent des points sensibles, des zones de fragilité en nous. La plupart du temps, ce n’est pas la critique elle-même qui nous touche, mais les idées et émotions qu’elle suscite.

Alors, comment vivre la critique de façon constructive ?

Question complexe, car liée d’une part à la critique elle-même, la façon dont elle est posée et l’environnement dans laquelle elle se situe et d’autre part à notre histoire personnelle, aux dévalorisations ou humiliations que nous avons pu subir antérieurement. Sans vouloir épuiser ce sujet, je vous suggère quelques pistes, en proposant aujourd'hui des outils utilisables dans l’instant ; lundi prochain, nous en verrons d’autres permettant de retravailler à moyen terme sur votre façon de réagir à la critique.

Écoutez de façon neutre
Plus facile à dire qu’à faire, car parfois nos émotions peuvent nous submerger ! Un premier moyen, c’est de dissocier votre identité du comportement qui a fait l’objet de la critique. Naturellement, cette dissociation est plus difficile quand la critique porte sur votre personne, comme : « T’es qu’un pauvre type ! » ou bien « T’es aussi butée que ta mère ! »
Mais ce genre de phrase est souvent accompagné d’un discours plus important, ce qui nous amène au second moyen : tentez de vous concentrer sur la compréhension du message. Par le contenu et par les émotions exprimées, qu’est-ce que mon interlocuteur veut me communiquer ? Et qu’est-ce que ces émotions que je ressens me disent, à moi ?

Assurez-vous que vous avez compris
Vous pouvez alors dire à l’autre ce que vous avez compris : reformulez ce qu’il/elle vous reproche sans essayer d'interpréter. Posez des questions pour lui permettre de préciser les points vagues ou les généralisations, ses sentiments, les conséquences de votre comportement.

Remerciez votre interlocuteur
Toutes les critiques ne sont pas émises pour vous démolir ! Dans la plupart des cas, la personne a formulé – plus ou moins adroitement – sa critique dans un but d’amélioration. Peut-être d’ailleurs cela a-t-il été difficile pour elle. Si la critique vous paraît fondée, cela vous permet d’avancer. Sinon, c’est quand même pour vous une occasion de ressentir et d'explorer des émotions et leur signification. Plus largement, cela peut vous permettre de mieux comprendre comment les autres perçoivent vos comportements et d’améliorer vos compétences relationnelles.

Réagissez à la critique
Si la critique est fausse, dites-le sans détour, sans justification et sans accusation en donnant les faits et les informations nécessaires. Ceci est en réalité un exercice très difficile pour la plupart d’entre nous et demande un certain entraînement.
Si elle est justifiée ou possible, demandez à votre interlocuteur le comportement qu’il attend de votre part ou ce qu’il propose de faire à la place.

Demandez un délai de réflexion
Dans la plupart des cas, il est possible de dire que vous allez y réfléchir et de proposer un rendez-vous pour en reparler. Nous verrons semaine prochaine comment mettre à profit ce délai.

Renaud CHEREL


Voir aussi dans ce blog :
    Critique constructive
    Profiter de la critique
    Sentiment de culpabilité

dimanche 8 novembre 2009

Renforcer son attitude de gratitude

Apprécier son environnement
(Tableau d'Olga Suvorova)
Revenons de nouveau sur la gratitude dont j’ai parlé la semaine dernière. Pour la pratiquer depuis plusieurs années, je voudrais vous en partager les bénéfices. Cultiver la gratitude, c’est apprécier la nature et votre environnement, votre cadre de vie, c’est donner de l’importance aux relations avec les personnes que vous côtoyez, bref c’est d’aimer la vie. La « Gratitude Attitude », comme certains la nomment, permet de regarder l’avenir plus positivement en savourant le moment présent et peut vous aider à accéder à un sentiment de plénitude et, pourquoi pas, de bonheur.

Apprenez à être reconnaissant et à dire merci chaque jour. Merci tout simplement d’être vivant. En vivant dans un état de gratitude, vous allez attirer des éléments plus positifs autour de vous ! Le philosophe André Compte-Sponville en parle très bien dans son livre Petit Traité des grandes vertus.

Voici donc encore quelques exercices pour renforcer en vous cette attitude de gratitude.

« Ce que j’aime en toi » : notre éducation nous a souvent appris à ne pas dire à l’autre ses qualités, ce que nous trouvons de bien en lui ou en elle. Je vous propose de choisir un moment pour dire à l’un ou l’autre de vos proches (famille, amis) : « Ce que j’aime en toi, c’est… » et de lui dire, sans faux-semblants mais en toute sincérité ce que vous aimez chez cette personne, les qualités que vous appréciez, ce qui vous touche, ou ce que vous admirez en elle. C’est un très beau cadeau que vous lui ferez ainsi.

Remerciez… lorsque vous donnez. J’ai déjà abordé la question de donner et recevoir (lettre 12) : donner n’est pas un acte simple ; apprenez à ressentir le plaisir qu’il y a dans le fait de donner de façon vraie. Et remerciez intérieurement le bénéficiaire de votre don, car celui-ci vous permet sans le savoir d’entrer en contact avec la meilleure part de vous-même. En donnant sans craindre d’être dépossédé, vous prenez conscience de la richesse profonde du partage et de l’échange.
Beaucoup de nos attitudes de méfiance ou d’incompréhension de l’autre sont issues de nos peurs : peur de ne pas être à la hauteur, peur d’être déçu par l’autre, peur d’être jugé. La prise de conscience de ces peurs peut nous aider à les surmonter, mais parfois cela n’est pas suffisant : il nous faut aussi développer la confiance en soi.

De la même façon, abstenons-nous de juger les personnes ; il est plus facile de dire ou de penser : « C’est un violent et un sale type ! » plutôt que : « Il a frappé sa femme quand elle a changé de chaîne de télé ». Cela ne nous empêche pas de juger avec sévérité les actes mauvais, et d’exprimer notre désaccord. Mais celui ou celle qui a commis ces actes que nous réprouvons – et qui peuvent être sanctionnés – demeure une personne humaine, et à ce titre, digne de respect.

En la travaillant au quotidien, la gratitude deviendra ainsi pour vous un moteur pour avancer plus harmonieusement sur votre chemin de vie.

Renaud CHEREL


Voir aussi : Savoir dire merci

dimanche 1 novembre 2009

Gratitude

Ludovic a l’œil critique et peu de choses lui échappent ; il considère ce trait de personnalité comme une qualité et, dans son travail, il réalise d’excellentes performances. Par contre, il reconnaît que son regard critique s’étend à tous les domaines, et que, pour lui, la vie n’est pas une aventure facile. Comme il perçoit le moindre petit défaut, il lui arrive souvent de se montrer cynique ; il ne sait pas s’émerveiller ni dire vraiment merci. Au final, il a du mal à établir des liens avec les autres et il ne peut pas dire qu’il baigne dans le bien-être.

Juliette, de son côté, a tendance à regarder l’avenir positivement, elle savoure tout les bons moments, apprécie la nature et son cadre de vie. Elle ne court pas après la performance à tout prix mais donne de l’importance aux personnes qu’elle rencontre et sait les remercier du fond du cœur. Finalement, elle n’affiche pas les résultats impressionnants de Ludovic mais aime la vie, et malgré les soucis qu’elle rencontre comme tout un chacun, elle éprouve souvent un certain bonheur, une certaine plénitude.

Savoir exprimer sa gratitude
Juliette cultive la gratitude. Considérée comme un devoir moral hérité de notre culture judéo-chrétienne, la gratitude n’est pas une qualité très valorisée dans notre société actuelle. Pourtant, selon un certain nombre d’études américaines en psychologie positive, elle participerait activement à la bonne santé émotionnelle de ceux qui en font un usage régulier. Renforçant les liens sociaux, la gratitude affaiblit aussi les émotions négatives et procure un sentiment de bien-être durable.

Chris PETERSON, professeur de psychologie à l’université du Michigan, a beaucoup travaillé sur la gratitude. Il a coutume de demander à ses étudiants d’écrire une lettre de gratitude à une personne qui a compté dans leur vie. Régulièrement, il fait le même constat : « Écrire ces textes procure à leurs auteurs un sentiment de bien-être durable. »
Voici quelques exercices qu’il conseille :

Le soir, au coucher, revoyez les événements positifs que vous pouvez considérer comme des « cadeaux » de la journée : chacun de ces petits « extras » vaut bien un remerciement !

Cultivez un regard neuf : il est important de prendre le temps d’apprécier tout ce que nous considérons comme normal mais qui nous facilite la vie : l’eau qui coule à volonté, les fruits et légumes en abondance sur la table, l’air et le soleil qui entrent par la fenêtre… Après tout, ils ne sont pas des dus.

Évitez les jugements, les comparaisons, l’envie, qui font gaspiller votre énergie vitale, brident votre confiance et votre curiosité. Cultivez à la place des sentiments d’accomplissement en vous rappelant vos réussites.

Accueillez tristesse, colère, peur ou déception en faisant corps avec ces émotions négatives, sans les nourrir ni les combattre. Cette acceptation permet d’atténuer les « montagnes russes émotionnelles » qui peuvent emporter certains. En cessant de considérer les événements sous un angle « bon » ou « mauvais », vous apprendrez à considérer la vie comme un tout, dont il est possible de goûter sans crainte les différentes saveurs.

Renaud CHEREL


Voir aussi dans ce blog :
    Les bénéfices de la gratitude
    Savoir dire merci
    Donner des signes de reconnaissance
    Humilité et modestie
    Qu'est-ce que l'empathie?

Lien externe :
    Le blog de Bernard Romain

lundi 4 mai 2009

Savoir dire merci

Remerciements (dessin R. Cherel)
Nicolas aime bien rendre service, mais il n’aime pas qu’on le remercie, surtout de manière trop démonstrative : cela le met mal à l’aise. Inversement, lorsque lui-même se trouve en position de remercier, il n’arrive pas à s’exprimer et ne trouve pas les mots adéquats.

Brigitte, elle, n’a pas de problème à remercier, aussi longtemps que les choses se passent dans un cadre prévu, conventionnel : pour son anniversaire ou bien lorsque des invités lui apportent des fleurs. Mais si elle reçoit un cadeau inattendu, ou un geste qui la touche dans des circonstances inhabituelle, elle se sent troublée et ne sait comment réagir.

Il est parfois difficile de dire merci en toute simplicité... Bien sûr, il y a le merci automatique, machinal, que l’on dit quand un commerçant nous rend la monnaie ou que notre voisin nous tend la salière à table. Mais un vrai merci est loin d’être un acte anodin.

Deux psychologues, Robert Emmons et Michael McCullough, ont fait une expérience pendant 10 semaines auprès de plusieurs centaines de personnes distribuées en trois groupes : dans le premier, chacun était invité à tenir un journal du vécu quotidien ; dans le second, seulement des expériences désagréables ; et dans le troisième, la liste des événements dont il pouvait être reconnaissant. A la fin de l’expérience, ce dernier groupe présentait l’état général le plus positif, avec plus d’optimisme, une baisse du niveau de stress et une performance accrue par rapport au début de l’expérience.

Remercier, c’est exprimer sa gratitude. Et il existe un cercle vertueux de la gratitude : plus nous exprimons notre gratitude aux autres, plus nous sommes appréciés, et plus ils sont aimables envers nous et finalement plus nous nous sentons bien. Selon Robert Emmons, la gratitude nous aide à diriger notre attention vers les choses heureuses de la vie et à nous détourner de ce qui nous manque. De plus, elle détourne l’attention du moi et la dirige vers les autres. Inversement, l’ingratitude est destructrice : quand nous ne recevons aucun signe de remerciement après un service rendu, nous le ressentons mal, nous nous sentons blessé, un peu comme si, à travers cette négation de notre geste, c’était notre personne tout entière qui était niée.
« Remercier, c’est donner ; rendre grâce, c’est partager » écrit André Comte-Sponville. Il ajoute : « En remerciant, on se réjouit de ce qui arrive. Le sage se réjouit de vivre, mais aussi d’avoir vécu. »

Alors, ne nous privons pas de dire merci ! Si la formule ne nous vient pas, osons exprimer à l’autre l’émotion qui nous habite, le fait que son geste nous touche. Et même si nous ne savons pas trouver les mots, nous pouvons toujours nous exprimer autrement : par un regard soutenu, par un geste amical, une main serrée longuement. Le non-verbal en dit parfois plus qu’un long discours !

Savoir dire merci à l’autre, c’est aussi dire merci à l’existence, à la vie. C’est faire un petit pas vers le bonheur. Si je n’arrive pas à faire ce petit pas, qu’est-ce qui m’empêche de me faire aider ?


Renaud CHEREL  




Voir aussi dans ce blog : 
    Donner et recevoir
    Gratitude
    Donner des signes de reconnaissance
    Humilité et modestie
    Pratiquer la bienveillance
    Offrir et recevoir des cadeaux


lundi 5 janvier 2009

Donner et recevoir

En cette période de fêtes, il nous arrive d’être en situation de donner et de recevoir, que ce soit des cadeaux ou simplement des souhaits ou des vœux. Et, quand on en parle avec ceux qui nous entourent, on s’aperçoit que ces gestes, donner et recevoir, sont loin d’être aussi simples qu’il n’y paraît et qu’ils peuvent parfois entrainer des questions et des remises en cause.

Christine aime bien la fête, elle adore ce qui brille, elle porte des bijoux qui sortent de l’ordinaire et des robes aux couleurs éclatantes. Xavier, lui, préfère la discrétion, il est mal à l’aise dans les grands groupes et n’aime pas se faire remarquer. Après avoir cherché dans de nombreuses boutiques, Christine a décidé d’offrir à Xavier pour Noël un chapeau très original : « Il commence à perdre ses cheveux, le pauvre chéri, je vais arranger ça ! ». Elle a emballé son cadeau dans un papier superbe avec des rubans or et argent : « Je suis sûre que ça te plaira ! » Quand Xavier ouvre son paquet, il se trouve traversé par différentes émotions contradictoires : jamais il n’osera porter ce chapeau incongru en public ; et de toutes façons il n’a pas besoin de chapeau, il n’est tout de même pas chauve ! Mais il ne veut pas faire de peine à Christine et s’exclame : « Merci, ça me fait vraiment plaisir ! » Christine, qui est fine, sent bien que Xavier ne fait pas montre d’un enthousiasme extraordinaire, mais son attention est détournée par la sonnerie du four où cuit la dinde. Pourtant, au bout de quelques mois, elle se rend compte que Xavier n’a jamais mis ce fameux chapeau...

Le 1er janvier, Marek, le voisin de Jeanine, lui a souhaité la bonne année en lui faisant la bise et lui a offert une jolie boîte de pruneaux d’Agen fourrés au chocolat. Une fois seule, Jeanine se pose des questions : « C’est pas normal qu’il me fasse un cadeau comme ça. Qu’est-ce qu’il a derrière la tête ? Il cherche à me draguer ou quoi ? Ou bien il se moque de moi : il m’offre des pruneaux, comme si j’étais constipée ! »

Ne nous est-il pas arrivé de vivre des situations un peu semblables à celles de Christine et Xavier, ou Marek et Jeanine ? Comme Christine, ne m’arrive-t-il pas d’offrir à l’autre ce qui me ferait plaisir à moi ? Comme Jeanine, ne m’arrive-t-il pas de prêter des intentions cachées à la personne qui me donne ? Et si je lui « prête » ces intentions, ne serait-ce pas parce qu'elles étaient les miennes peut-être au départ ?

Le contenu des cadeaux que nous offrons ou que nous recevons est important, certes ; mais l’essentiel est ailleurs. Il est dans la relation entre les personnes.
Il est vrai que le don peut être une façon d’affirmer son pouvoir sur l’autre. Mais pas forcément.
Il est vrai que recevoir peut être difficile si j’ai l’impression d’être mis sous la dépendance de l’autre. Mais cela dépend aussi de la façon dont je reçois – que ce soit un objet, un compliment, une marque d’attention.
En étant au clair avec moi-même, je serai plus à même de donner et de recevoir simplement et en vérité, que ce soit dans le domaine privé ou le domaine professionnel.


Renaud CHEREL  




Voir aussi dans ce blog :
    Donner des signes de reconnaissance
    Savoir dire merci
    Oser demander
    Savoir demander de l'aide
    Offrir et recevoir des cadeaux

Lien externe : http://jchichegblancbrude.blog.lemonde.fr/2008/04/17/don-philo-mauss/

lundi 24 novembre 2008

Être et Avoir

Désir de posséder
Ce qui me fait différent de l’autre, ce qui fait de moi un être unique, c’est ce que je suis et non pas ce que je possède. Ce que j’ai, les choses que je possède vont et viennent, mais ce que je suis, mon essence demeure.

Pourtant, dans la vie, les choses ne sont pas aussi tranchées. Le langage que j’utilise influence ma pensée et mes comportements, et donc influence ce que je suis. Les objets, les biens que je possède ont eux aussi une certaine influence sur mes attitudes et mes comportements, et sur le regard que les autres portent sur moi. Celui qui possède une voiture fait partie du « monde » des automobilistes ; celui qui a les cheveux blonds est blond. Les deux notions se confondent au point que dans le langage parlé, elles se rejoignent.

Mais réfléchissons aux implications de cette confusion.

Lorsque Julien dit : « Je suis malade... je suis au chômage... », les implications ne sont pas les mêmes que s’il précise : « J’ai mal au ventre... j'ai un emploi à trouver...»

Dans le premier cas, mes paroles laissent entendre que mon être, ce qui me fait moi, est concerné. Dans le second, mon être n'est pas impliqué : une action ciblée peut suffire à changer la situation. La question ne sera pas de ne plus être ou d'être autrement mais de ne plus avoir ou d'avoir autre chose. La première implique l’être de la personne, la seconde l'invite à rechercher concrètement une solution accessible par l'avoir (ou le non avoir)...

Etre et Avoir ne résonnent pas de la même manière en nous, à la fois pour celui qui le dit et pour celui qui le reçoit. Le verbe être aura tendance à me figer dans un état global et à m’y complaire : « Je suis malade... » me place sans m’en rendre compte dans un état, celui de malade. Mon être est malade, tout moi est malade. Alors que « J’ai telle maladie » ou « J’ai attrapé la grippe... » pose une distance entre la maladie et moi.

De la même façon lorsque je m’adresse à l’autre. Ainsi, quand Marie-Jo dit à sa fille: « Tu es stupide ! » ou bien : « Merci, tu es gentille. », ce ne sont pas exactement les mêmes messages que : « Tu n'as pas su faire ceci » ou « Merci pour ta gentillesse. »

Choisir d'utiliser le verbe être ou avoir dans une expression n’est donc pas neutre ! Le verbe avoir aura plus tendance à me positionner sur le moment présent et m’oblige à préciser le lieu ou les circonstances. Il a plus tendance à situer et il me donnera une certaine distanciation par rapport aux personnes et aux événements. Il y a donc, paradoxalement, du détachement dans l’utilisation du verbe avoir.

Utiliser le verbe avoir aura cette conséquence positive de mettre la personne devant son acte, son dire, son faire, sans porter de jugement.

Renaud CHEREL  



Voir aussi dans ce blog : 
    Suis-je ce que j'ai ?
    Etre et paraître
    Donner et recevoir
    Renoncements
    Avarice et radinerie

Lien externe :
    Différence entre avoir et être