Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...

vendredi 14 mai 2010

Notre vision du monde n'est pas le monde


Vision déformée ? (Photo Renaud Cherel)
Des invités entrent dans une pièce où un énorme bouquet de roses trône sur la table. Paule juge le bouquet magnifique et bien équilibré ; Cindy le regarde à peine car elle n’aime que les œillets ; Jack n’a pas vu le bouquet car il est absorbé par une discussion sur la politique avec Youri. Quant à François, il bat précipitamment en retraite en éternuant car il est allergique aux fleurs. C’est alors que la maîtresse de maison explique que, connaissant François, elle a acheté des fleurs artificielles… Aussitôt, François se sent mieux et sa toux disparaît.

Ces personnes n’ont pas perçu la réalité de la même façon. Pour comprendre un peu mieux ce qui se passe, nous allons distinguer trois niveaux :
- le niveau de la réalité des choses elles-mêmes, en dehors de nous en tant qu’observateurs ;
- le second niveau, c’est l’image de la réalité que nous recevons par nos sens : par exemple nous pouvons voir, toucher un bouquet de fleurs, sentir son odeur ;
- le troisième niveau, c’est la représentation mentale que nous nous faisons de cette perception de la réalité transmise par nos sens.

Ainsi, nous faisons inconsciemment un tri dans les messages que nous envoient nos sens et nous construisons chacun une réalité, cohérente avec nos expériences antérieures. Ce que nous savons déjà influence fortement nos perceptions : tout se passe comme si nous mettions des filtres entre la réalité et nous-mêmes, filtres construits au cours de notre histoire personnelle. Ne nous est-il pas arrivé par exemple, en entendant parler une langue inconnue, de ne pas pouvoir distinguer les un des autres des sons qui paraissent pourtant fort différents à la personne dont c’est la langue maternelle ?

Notre vision du monde, c’est en quelque sorte une carte qui nous permet de nous y retrouver dans le monde. Mais nous savons bien qu’il existe toutes sortes de cartes ; pour le même lieu, une carte routière ne me donne pas les même renseignements qu’une carte touristique ou qu’une carte géologique… et chacune de ces cartes n'est pas mise à jour au même rythme. De la même façon, ma carte personnelle du monde ne possède que certains éléments qui pour moi font sens : elle est beaucoup plus simple que le monde réel, et elle évolue en fonction d'un certain nombre de paramètres personnels.

Chacun a donc sa carte personnelle du monde, et on peut considérer que les unes et les autres sont bonnes ; l’important est de prendre conscience qu’il existe d’autres cartes du monde que la nôtre. Il existe d’autres manières de voir les choses, de comprendre les événements, de sentir ce qui se passe, que celle que nous utilisons habituellement. Dans notre société où nous sommes soumis constamment à un bombardement d’informations multiples et de points de vue différents, la capacité à intégrer d’autres visions du monde est un atout précieux. Pourquoi ne pas acquérir cette capacité ? Un travail sur soi avec une personne extérieure (par exemple un coach) peut nous permettre d’avancer plus vite dans ce domaine.

Renaud CHEREL


Voir aussi dans ce blog : 
    Points de vue
    Visions du monde
    Observation et jugement
    Tirer parti de mes ennemis

Liens externes :
Alfred Korzybski énonça le premier l'aphorisme fameux : "La carte n'est pas le territoire" comme une des prémisses de sa théorie de sémantique générale, dont le succès fut assez extraordinaire. Si vous vous intéressez à cette théorie, une bonne introduction en est faite sur le site suivant :
http://inventin.lautre.net/livres/Semantique-generale-Korzybski.pdf

jeudi 8 avril 2010

La course au bonheur (suite)


Dans le message précédent (voir Course au bonheur), j’ai parlé d’un certain nombre d’obstacles au bonheur. Supposons maintenant que vous ayez supprimé ou surmonté ces obstacles : vous gagnez suffisamment d’argent, vous êtes en bonne santé, vous n’êtes pas spécialement envieux ni jaloux des autres… est-ce que pour autant vous vous trouverez parfaitement heureux ?

Il y a de grandes chances pour que la réponse soit non. En fait, la question est mal posée ; elle suppose que le bonheur est le point final, l’aboutissement d’un processus : le bonheur serait assuré définitivement une fois ce point atteint. En réalité, ce point n’existe pas : ceux qui se sont nourri de cette croyance n’ont reçu que déception.

Alors le bonheur, c’est quoi ? Il y a mille façons de répondre, mais je dirais que le bonheur est un cheminement. Plutôt que de me demander si j’ai atteint le bonheur, je peux me poser la question : « Comment puis-je être plus heureux ? » car, où que je sois sur mon chemin, je peux continuer à avancer ; je peux aller plus loin sur ce chemin qui va vers l’infini.

Le bonheur, on ne le trouve pas, on le fait. Le bonheur ne dépend pas de ce qui nous manque, mais de la façon dont nous nous servons de ce que nous avons. (Arnaud DESJARDINS) J’aime à penser, comme lui, que nous sommes pour quelque chose dans notre bonheur. Cette croyance qui est la mienne est confirmée par mon expérience et celle d’un grand nombre de personnes qui ont réfléchi et travaillé à être plus heureuses.

Dans notre cheminement personnel, nous pouvons être amenés à considérer d’un autre œil les choses qui nous entourent et les événements qui nous arrivent. Bien sûr, beaucoup d’événements de notre vie adviennent en dehors de notre contrôle, ils nous sont imposés de l’extérieur. Mais nous avons aussi prises sur un certain nombre de choses : qu’en faisons-nous ?

Ce chemin de la vie est parfois en ligne droite et parfois sinueux, il peut être plat ou bien difficile à monter, et de temps en temps il y a un arbre tombé en travers du chemin. Mais le voyageur avisé regarde au loin vers où il va et en même temps reste attentif à l’endroit où il met le pied. En d’autres termes, le bonheur est fait à la fois du sens que nous donnons à ce que nous faisons et du plaisir que nous en retirons au quotidien.

Pascal travaille dur, et il gagne beaucoup d’argent, Isabelle sort beaucoup et adore s’acheter de nouveaux vêtements, Louise se dépense sans compter pour les multiples associations dont elle fait partie : mais dans quel but font-ils cela, au fond ? Quel sens cela a-t-il pour eux ? Est-ce que leur activité est en accord avec leurs valeurs les plus profondes ? Répondre à ce genre de questions, ce n’est pas tomber dans l’idéalisme béat, bien au contraire ; car sans but ultime, sans vocation, nous ne pouvons réaliser pleinement notre potentiel de bonheur !

Renaud CHEREL



Voir aussi dans ce blog :
    La course au bonheur

Liens externes : 
   Psychologies.com / Nous avons pris un cours de bonheur

Bibliographie :

Tal Ben SHAHAR : L'apprentissage du bonheur - Principes, préceptes et rituels pour être heureux, éd Belfond, coll. L'esprit d'ouverture, 2008. Titre original : Happier: Learn the Secrets to Daily Joy and Lasting Fulfillment.

Un livre qui fait du bien à lire ! Il développe l'idée des trois pieds sur lesquels s’appuyer pour être bien dans ce qu’on fait : la compétence, le plaisir et le sens. Beaucoup d’exercices à faire qui nous aident à mieux discerner notre chemin personnel.




Yu Dan : Le bonheur selon Confucius – Petit manuel de sagesse universelle, éd. Belfond, Paris 2009 (éd originale en chinois, 2006), 182 pages.


Yu Dan est diplômée de littérature chinoise, professeur à l’université de Pékin. Ce petit livre résume une série de cours télévisés qu’elle avait donnés à Pékin sur les Entretiens de Confucius. Elle y reprend certain nombre d’enseignements de Confucius, vieux de 2500 ans, en les restituant, par un commentaire approprié, dans un cadre contemporain. Très direct et accessible, cet ouvrage nous permet d’approcher des éléments de sagesse universelle qui nous parlent encore aujourd'hui.

jeudi 1 avril 2010

La course au bonheur

Le bonheur est un sujet à la mode. Depuis quelques années, les économistes se sont emparés de cette notion : en juin 2007 l’OCDE organisait un forum mondial attaché à la mesure du bonheur, et en 2009 Nicolas Sarkozy déclarait faire prendre en compte le « bien-être humain » et porter cette notion nouvelle au Nations-Unies. Le constat est simple : une grande partie du monde s'enrichit ; pourtant, la proportion de personnes dans les pays développés qui se déclarent "très heureuses" dépasse rarement les 30 % : un taux relativement faible, qui remet en cause la sacro-sainte croissance économique comme unique source de progrès.

Mais le bonheur est-il mesurable ? Est-il même définissable, car quoi de plus fugitif au fond que le sentiment d’être heureux ? Le mot vient de bon et heur (terme dérivé du latin augurium, pré-sage, chance) : état de complète satisfaction de tous les penchants humains.

Si ce bonheur semble souvent nous échapper, c’est qu’il rencontre beaucoup d’obstacles :
- Le manque d’argent ou de moyens matériels. Cependant, le manque d’argent est-il vraiment un obstacle au bonheur ? Ne vous est-il pas arrivé une fois ou l’autre de rencontrer des gens heureux qui ne possédaient rien, et des gens très malheureux qui disposaient de gros moyens financiers ? La question reste donc ouverte.

- Les ennuis de santé sont probablement un des obstacles majeurs à l’accession au bonheur. Et pourtant, là encore, on peut rencontrer des personnes malades ou fortement handicapées qui disent être heureuses. Plus étonnant : cet homme, handicapé après un grave accident de la route, qui reconnaissait que, sans cet accident, il n’aurait jamais su ce qu’était le bonheur

Alors, les obstacles au bonheur seraient-ils davantage intérieurs qu’extérieurs ? Je peux en tout cas en énumérer quelques-uns :
- L’envie, par la comparaison avec les autres : l’autre a quelque chose, que je n’ai pas. Cela peut concerner n’importe quel domaine : des possessions matérielles, des relations, des talents, du pouvoir. Je pense alors que je ne me sentirai pas heureux tant que je ne possèderai pas ce qu’il a.

- Le regret, par la comparaison du présent avec le passé : avant c’était mieux, j’avais moins de soucis qu’aujourd'hui, les choses étaient plus faciles, les gens étaient plus aimables… on peut trouver une infinité de raisons de justifier cette position.

- La peur de l’avenir : aujourd'hui cela pourrait être bien, mais ça ne durera pas, cela ne peut pas durer car il y a tel ou tel risque pour moi-même, pour ma famille, pour mes proches, pour mon groupe, pour mon pays… Et la crainte de ce risque futur assombrit le présent que je vis aujour-d'hui.

- La peur du regard des autres : je ne peux pas exprimer ce que je pense, ce que je suis vraiment ; ou bien je ne peux pas dire non, je ne peux pas refuser ce qu’on me demande. Dans tous ces cas, je me sens malheureux mais je préfère cela au risque d’être jugé et en dernier ressort, exclus, rejeté par le groupe auquel j’appartiens.

Renaud CHEREL


Voir aussi dans ce blog : 
    Suite de la course au bonheur
    Plantes et bien être
    La joie
    Comment réussir sa vie

Bibliographie : 

Dans ce livre assez dense, le psychiatre Christophe André aborde tous les aspects de l’estime de soi. Après avoir, dans une première partie, défini l’estime de soi, il propose des attitudes et des solutions concrètes pour prendre soin de soi et pour mieux vivre avec les autres. Il aborde ensuite la dynamique de l’action et termine sur le sens que l’on peut donner à sa vie.






Lien externe : 
    Psychologies.com : Une nouvelle psychologie positive

mardi 30 mars 2010

Histoire de changer

L'imaginaire des artistes nous montre comment des changements progressifs
peuvent aboutir à une transformation radicale.
Pendant très longtemps en Occident, on s’est appuyé sur la notion de stabilité. La vision de l’univers était simple : la terre était au centre et tout tournait autour d’elle. Le cosmos était une horloge bien huilée ; les planètes et les étoiles étaient fixées sur des sphères dont le mouvement autour de la terre était parfaitement rôdé et prévisible : pas de changement.

Le cosmos est bien loin de nous, me direz-vous ; mais le même ordre, la même constance était recherchée dans la vie : chaque personne avait une place bien définie dans la société, le métier se transmettait de génération en génération, l’existence était réglée par des coutumes sinon immuables, du moins peu modifiables. Il était difficile pour un individu de sortir de la voie qui lui était tracée depuis sa naissance par son environnement, sauf exception bien entendu.

Et puis ce bel ordre immuable s’est trouvé ébranlé, à la fois par la découverte de peuples aux coutumes complètement différentes et par l’avancée des sciences dans tous les domaines. « Et pourtant, elle tourne ! » s’exclame Galilée à propos de la terre, quand il découvre qu’elle tourne autour du soleil. Notre vision du monde a complètement changé. À partir du moment où l’on admet que les choses ne sont plus fixes mais en constant changement, notre interprétation des faits se modifie. Aujourd'hui, nous sommes héritiers de la théorie de la relativité générale et de la théorie quantique, qui font une place énorme à la notion de changement. Nous admettons, du moins en théorie, que tout change, que rien n’est constant.

Le psychologue américain Frederic Hudson propose de changer selon quatre principes :

1. Linéaire - Cyclique
Autrefois on pouvait imaginer sa vie linéairement, comme un fleuve. Aujourd'hui une personne va avoir en moyenne trois ou quatre activités professionnelles successives dans sa carrière ; il peut être alors plus utile de prendre un modèle cyclique que linéaire. La vie est alors représentée par une série de cycles que l’on va successivement traverser.

2. Dedans - dehors
Aujourd'hui, l’individu est davantage amené à se poser des questions du type : «Qu’est-ce je vais faire dans ma vie ? » Il a davantage de possibilités de choix, moins de repères externes, plus de repères internes, ce qui peut éventuellement générer plus d’anxiété. D’où l’intérêt d’avoir un coach pour être accompagné à certains moments clés.

3. Le besoin continu de formation
Autrefois, on suivait une formation quand on était enfant, et celle-ci était utile tout au long de la vie. Aujourd'hui, non seulement la durée des études s’est allongée, mais on a besoin d’apprendre en permanence, car les références du passé ne fonctionnent plus dans un certain nombre de domaines. Il est donc indispensable d’apprendre à apprendre.

4. L’auto-renouvellement
Aujourd'hui, dans beaucoup de domaines, on se rend compte que la croyance en la permanence est une illusion – ce qui rejoint certains courants de pensées orientaux comme le Taoïsme. C’est le changement et même le chaos qui dominent. Et dans ce monde changeant, le fait de s’appuyer sur des valeurs fortes est un atout non négligeable. Quelles sont mes valeurs ?

Renaud CHEREL



Voir aussi dans ce blog :
    Permanence et changement
    Résistance au changement
    Périodes de transition

lundi 29 mars 2010

Permanence et changement

Sandrine traverse une période délicate de changement dans sa vie. Elle a décidé de se faire accompagner par un coach, qui va l’aider à trouver en elle-même les ressources nécessaires pour opérer ce changement.

Mais parler de période de changement implique qu’en dehors de cette période, Sandrine reste Sandrine, égale à elle-même. Sachant que toutes les cellules de son corps se renouvellent à un rythme relativement rapide – sauf les cellules nerveuses, qui changent aussi, mais beaucoup plus lentement – et que la plupart d’entre elles n’existaient pas il y a six mois, comment peut-elle affirmer sa permanence en tant que sujet ? Est-ce que Sandrine est réellement la même personne, ou bien est-elle différente de ce qu’elle était il y a six mois, il y a un an, dix ans ? Quel rapport y a-t-il entre l’enfant qu’elle était à l’âge de cinq ans et l’adulte qu’elle est aujourd'hui ? Son voisin Paul qui a sombré récemment dans la dépression est-il le même que celui qu’elle connaissait l’année précédente, plein de joie et d’optimisme ?

Toutes ces questions, bien évidemment, des millions de gens les ont posées avant nous. Car la vie est mouvement, changement ; et ce qui ne change pas meurt inexorablement. On pourrait répondre que l’unité de l’individu est un trompe-l’œil, une illusion ; chaque personne est en réalité une foule, une construction de milliards de cellules différentes en perpétuel changement, en réaménagement constant. Une autre proposition de réponse est l’approche de la Gestalt : le tout est bien plus que les parties qui le constituent, il est d’une autre nature ; ainsi, le tout demeure au-delà de l’aspect transitoire de ses parties.

Edgar MORIN utilise une image très parlante à ce propos : le tourbillon dans un torrent nous semble stable, alors qu’il est changeant à tout instant, puisque les particules d’eau qui le composent ne font qu’y passer ; tout en étant stable il n’est jamais le même, et son existence même dépend du flux de l’eau qui le constitue : que le flux d’eau s’arrête, et le tourbillon disparaît, il meurt.

Souvent, dans la rencontre entre un flux et un obstacle, il se crée un tourbillon, c'est-à-dire une forme organisée constante et qui se reconstitue sans cesse elle-même (…). C’est dire qu’un ordre organisationnel (tourbillon) peut naître à partir d’un processus qui produit du désordre (turbulence).
Edgar MORIN, Introduction à la pensée complexe

Mais la question demeure : ce tourbillon est-il une entité en soi, ou bien n’est-ce qu’un concept, créé par l’observateur ? À beaucoup d’égards, nous sommes comparables à ce tourbillon ; notre être matériel dépend entièrement des flux entrants et sortants : flux d’air, de nourriture, etc., mais aussi flux d’informations, d’émotions, de choses partagées... Donc ce qui me constitue au plus intime corporellement ne serait-il en réalité qu’un ensemble éphémère et changeant ?
La permanence de l’individu ne serait-elle alors qu’un leurre, un artefact ? À moins que ce rôle ne soit dévolu à ce qu’on appelle l’âme ?... à chacun de répondre…

Renaud CHEREL


Voir aussi dans ce blog : 
    Histoire de changer
    Changement et blocages
    Résistance au changement
    Déménagement
    Comment gérons-nous l'imprévu ?
    Changer d'habitude
    Nomades et sédentaires

jeudi 25 mars 2010

Visions du monde

Notre vision du monde n’est pas le monde : cette affirmation peut sembler ridicule de banalité, et pourtant… dès qu’on cherche à gratter la surface des choses, on se rend vite compte du fait suivant : l’on a facilement tendance à penser que le monde est réellement ce que nous croyons qu’il est. Je vois, je touche, j’entends ces choses, donc elles sont vraies, et elles sont vraiment comme je les perçois. Du coup, je m’étonne que les autres ne soient pas d’accord avec moi, même parfois sur des points qui me semblent tellement évidents… Il me faut faire un minimum d’effort pour réaliser que chaque personne a sa propre vision du monde, et que ma vision est différente de celle des autres. Prenons un exemple :

Amélie et Daniel, Myriam et Jack ont passé une semaine de vacances ensemble à la neige, dans un chalet qu’ils ont loué. Amélie le trouve très cosy ; elle était vraiment contente de partager des moments chaleureux avec ce petit groupe qu’elle connaît depuis longtemps. Daniel, lui, a apprécié surtout la proximité des pistes ; il a eu la satisfaction d’avoir amélioré ses performances depuis l’année passée. Myriam a trouvé ce chalet un peu tristounet ; elle se pose des questions sur sa relation avec Jack, qui lui semble lointain depuis quelque temps. Quant à Jack, il n’a pas trop fait attention au chalet, il ne saurait même pas le décrire : il était préoccupé par le prochain rachat de son entreprise par un concurrent…

Supposons maintenant que vous vouliez savoir comment était ce chalet en montagne… selon la personne à qui vous aurez posé la question, l’image que vous en recevrez sera bien différente ! Ce genre d’expérience, nous le vivons tous les jours, et pourtant… Combien de fois nous arrive-t-il de croire que notre vision du monde est réellement le monde ?... Et ne nous arrive-t-il pas d’essayer de persuader les autres que c’est la vraie ?

Nous ne percevons donc pas le monde tel qu’il est : tout ce que nous voyons, tout ce que nous entendons, tout ce que nous sentons et goûtons, tout cela est coloré, influencé par notre histoire personnelle, par ce que nous avons vécu, expérimenté auparavant. De plus, notre représentation du monde est fortement influencée aussi par notre culture, notre époque, le milieu social dans lequel nous évoluons.

Et alors, me direz-vous, qu’est-ce que ça change ? Eh bien, cela change énormément de choses dans nos rapports avec les autres ! A partir du jour où je comprends vraiment que ma représenta-tion du monde n’est pas le monde, je suis amené à admettre que la représentation de l’autre a de la valeur. Il me sera plus facile de tenter de comprendre son point de vue, même si comprendre l’autre ne signifie pas approuver, être d’accord avec, avaliser ses décisions.
Admettre que ma vision du monde n’est pas le monde, c’est aussi admettre la différence de points de vue, et c’est à partir de là que naît le dialogue.

Renaud CHEREL


Voir aussi dans ce blog : 
    Points de vue
    Notre vision du monde n'est pas le monde
    Observation et jugement
    Reformulation
    Point aveugle
    Le langage influence-t-il notre pensée?
    Qu'est-ce que la vérité?


mardi 23 mars 2010

Les atouts de nos émotions

Nous avons vu dans le message précédent (voir Les émotions) l'importance des émotions dans notre vie. Les émotions ne sont ni bonnes, ni mauvaises en soi : tout dépend de ce que j’en fais, quel comportement j’adopte… Très souvent, ce que nous percevons comme défauts, ou comme faiblesses, ce sont les excès de comportement qui en découlent et non pas les émotions elles-mêmes.

En y regardant de près, chaque état de défense évoqué semaine dernière est aussi une force, qui lui correspond comme les côtés pile et face de la même pièce. L’usage modéré, non excessif de l’émotion nous donne accès à cette force.

Ainsi, le côté positif de la réaction agressive liée à la colère, c’est l’action, l’efficacité, la capacité de trancher, de décider…
Le côté positif de la réaction de repli liée à la tristesse, c’est l’envie de comprendre, la réflexion, l’analyse et la synthèse…
Le côté positif de la réaction d’agitation liée à la peur, c’est la capacité de rebondir, de prendre des initiatives, d’imaginer des solutions…

Par ailleurs, nos émotions sont des outils puissants si l’on sait les mobiliser au moment opportun. Ainsi, en faisant appel à une émotion positive de maîtrise et de confiance en elle, Julie pourra faire face à sa situation de stress, grâce à la technique d’ancrage acquise en coaching, et Jean pourra canaliser sa colère.

Le Message TU
Le message TU est la plupart du temps utilisé spontanément. C’est ainsi que Jean s’adressait à Corinne :
« Corinne, TU me reproches sans arrêt… (jugement)
« TU me scies le dos, tu m’énerves… (sentiment)
« TU ne pourrais pas arrêter un peu ton cinéma ? (changement de comportement)
Corinne se sent injustement accusée. Bien souvent, le message TU tue la communication !

Le Message JE
L’idéal, c’est de nommer l’émotion en question, ce qui permet à l’interlocuteur de comprendre ce qui se passe. Prendre la responsabilité de ce qui se passe en soi.
« Corinne, JE me suis senti en colère… (sentiment)
« quand TU m’as demandé… (comportement)
« parce que JE me suis dit que tu me reprochais… (interprétation)
« et ce que JE demande à l’avenir c’est de… (changement)

Le message JE est très efficace à condition d’être clair et précis : Jean prend bien soin de nommer le sentiment précisément ; il explique clairement l’interprétation qu’il attribue au comportement de Corinne ; il est spécifiques sur ce comportement (c’était tel jour, à tel moment) et sur le changement souhaité. Surtout, il évite de généraliser « tu es toujours ceci ou cela… » : ainsi, il n’enferme pas Corinne dans un stéréotype, mais au contraire lui fait savoir qu’elle conserve sa liberté d’agir en face de lui.

Le Message JE, bien utilisé dans la communication de couple, fait des merveilles. Mais il est efficace aussi dans d’autres contextes, en particulier le domaine professionnel !

Selon Daniel Goleman, la capacité à bien gérer nos émotions est une forme particulière d'intelligence, l'intelligence émotionnelle. Et, bonne nouvelle, celle-ci peut se développer en mettant en place des apprentissages, comme toute forme d'intelligence !

Voir aussi dans ce blog :
    La joie
    Comment cultiver nos formes d'intelligence
    Intuition

Bibliographie : 

Aimelet-Perissol Catherine : Comment apprivoiser son crocodile, éd. Robert Laffont, Paris 2002.

Après avoir passé en revue les principales émotions, l’auteure propose une approche concrète de la gestion de ses émotions, avec des exercices facile à mettre en œuvre. Intéressant et pratique, même si certains fondements théoriques utilisés dans ce livre sont considérés aujourd'hui comme un peu dépassés.





Goleman Daniel : L’intelligence émotionnelle, éd. Robert Laffont, 1999. Éd. originale : Emotional Intelligence - Why it can matter more than IQ, Bantam Books, New York 1995 – 358 pages. 




Existe aussi en format Poche.


L’intelligence n’est pas qu’une question de QI. Dans ce livre qui est devenu un bestseller international, Goleman montre que notre perception de l’intelligence est bien trop étroite et met en évidence d’autres capacités qui ont des conséquences énormes sur la façon dont nous menons notre vie et interagissons avec les autres.