Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...
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lundi 15 février 2016

Intuition

On parle volontiers d’intuition féminine ; en réalité, nous possédons tous cette capacité. Les grands artistes, les créateurs, les explorateurs, les scientifiques et les chercheurs, qu’ils soient hommes ou femmes, utilisent leur intuition, qu’Einstein définissait comme une « sensation au bout du doigt ». Pour vous et moi, l’intuition peut se manifester par une certitude immédiate, par une petite voix intérieure, ou bien encore par des sensations corporelles qui jouent le rôle d’avertisseurs. Encore faut-il se mettre à l’écoute de ces manifestations particulières : car l’intuition se cultive, se travaille et s’aiguise au quotidien. Certains prennent en compte très facilement leur intuition dans les décisions de la vie quotidienne, d’autres au contraire l’ignorent ou bien la refoulent comme si c’était une mauvaise conseillère.

Roland Jouvent, professeur de psychiatrie, explique : « La capacité intuitive consiste à percevoir des éléments contextuels et à les agencer de manière adaptative pour trouver une solution nouvelle dans un programme préétabli ou dans une situation répétitive. ».

Contrairement à l’intelligence rationnelle qui analyse les faits et qui se base sur des éléments comme la répétition pour en tirer des règles logiques, l’intuition fonctionne d’une manière globale, en prenant en compte l’ensemble des informations dont nous disposons via nos différents sens : on peut parler d’un fonctionnement holistique. Elle est capable d’intégrer l’ensemble des données de notre environnement, en utilisant notamment des informations sensorielles captées par notre cerveau mais qui demeurent en dessous du seuil de conscience. Par ce moyen, notre cerveau parvient directement aux conclusions pertinentes et nous permet de prendre des décisions rapides et efficaces sans avoir eu conscience des perceptions subliminales auxquelles il a eu recours pour ce faire.

Une façon de voir l''intuition qui associe à l'intelligence rationnelle
(en bleu) l'intelligence émotionnelle (en vert)

Ainsi branchés sur nos sens, réceptifs à nos émotions et à notre « petite musique intérieure », nous pouvons percevoir ce qui est vraiment bon ou mauvais pour nous. Quelle relation laisser tomber et sur laquelle investir ? Quelle proposition refuser ou au contraire accepter ? Quel risque prendre, quelle direction suivre ? Puis-je faire confiance à cet interlocuteur ? L’intuition peut s’avérer une boussole efficace, une invitation à l’autonomie, et nous fournir la capacité de décider au plus près de nos besoins, de nos envies et de nos compétences. C’est ainsi que notre intuition peut améliorer grandement nos choix et finalement notre vie.

Pourtant, bien des gens étouffent leur intuition pour privilégier la logique. Les conséquences en sont d’autant plus fortes quand on se trouve dans une activité relationnelle, que ce soit dans la vie privée ou le domaine relationnel. Les managers les plus charismatiques sont ceux qui font appel à leur intuition. En laissant leur réflexion prendre des détours qui peuvent paraître irrationnels, ils gagnent en perspicacité et décident plus sûrement, car ils prennent en compte l’ensemble du contexte, à la fois technique et humain.

Qu’est-ce qui nous empêche de faire confiance à notre intuition et de l’utiliser plus fréquemment ? Les obstacles sont peut-être liés à notre éducation, qui valorise la rationalité, surtout pour les garçons. Nous verrons dans le prochain message comment se débarrasser de ces obstacles pour libérer notre intuition.


Renaud CHEREL


Vous pouvez lire aussi dans ce blog des articles sur la même thématique :
    Libérer son intuition
    Prise de décision
    Les atouts de nos émotions
    Etre présent à mes cinq sens

lundi 9 juin 2014

Paradoxes de la vie ordinaire

"Relativité", gravure présentant des paradoxes visuels.
(M.C. Escher)
Dans la vie ordinaire, il nous arrive, parfois volontairement et parfois sans nous en rendre compte, de manier le paradoxe ou de nous trouver dans des situations paradoxales. Je veux parler ici des paradoxes au sens de contradictions logiques, au moins dans leur apparence. Voici d’abord quelques affirmations paradoxales : 

- « Cette proposition est fausse » : si la proposition est fausse, ce qu’elle affirme est vrai, donc elle n’est pas fausse.     
- « Je suis un menteur » : si je suis un menteur, mon affirmation est vraie, donc je ne mens pas : je ne suis pas un menteur.                    
On voit là une propriété de tous les paradoxes logiques, à savoir la circularité.

Certaines situations paradoxales peuvent avoir des conséquences graves. Quand Léon ordonne à sa fille : « Sois spontanée ! », c’est une demande évidemment impossible à tenir : si Roseline obéit à son père, elle n’est plus spontanée. L’injonction paradoxale, étudiée par Gregory Bateson sous l’appellation double contrainte, consiste à placer une personne entre deux obligations contradictoires, la première étant consciente et l’autre non. Ces situations peuvent avoir des conséquences très négatives pour la personne qui y est soumise. Et pourtant, nombre de parents, parfois sans s’en rendre compte, soumettent leurs enfants à des situations de ce type.

On trouve également des doubles contraintes dans le cadre du travail. Par exemple, la situation de Paulette dont la charge de travail est devenue tellement importante qu'elle n'est plus capable d'y faire face. Si elle fait une partie de son travail, elle sait qu'une autre tâche ne sera pas réalisée. D'un autre côté, si elle ne le fait pas, ce ne sera pas fait. Et si elle travaille d’arrache-pied pour concilier le tout en sacrifiant sa vie privée, sa hiérarchie, considérant qu’elle est capable de le faire, lui ajoutera une nouvelle tâche : c’est un cycle sans fin, dont elle risque de sortir par un burn-out, un épuisement physique, émotionnel et mental.

D’autres propositions paradoxales plus générales, comme « il est interdit d’interdire », ou bien « il ne faut jamais dire jamais »… s’avèrent moins toxiques, parce que la personne qui y est soumise est dans une relation moins intense émotionnellement (dans le cas de la relation parent-enfant), ou avec des enjeux moins forts (risque de perte d’emploi) que dans la double contrainte.

Il peut aussi arriver que l’on s’empoisonne la vie par des auto-injonctions paradoxales, du genre « je dois prendre du plaisir » ou « il faut que je sois heureux ». En se donnant à soi-même pour obligation d’atteindre un état censé naître spontanément, on a peu de chances d’atteindre l’objectif fixé.

Autre situation : Maxime, en rentrant du travail, déverse sa tension et sa mauvaise humeur sur sa compagne, Tessa, alors qu’il affirme l’aimer plus que tout : paradoxalement, c’est auprès de ceux qui leur sont les plus proches que beaucoup de gens vont consentir à exprimer leurs émotions les plus négatives.

Alors, peut-on se sortir des situations de paradoxe ? Nous examinerons
un certain nombre de moyens dans le prochain message.

Renaud CHEREL


Ce message vous a plu ? Vous pouvez voir aussi dans ce blog :
    Ambiguité des mots

Liens externes :
M.C. Escher a exécuté de très nombreux dessins présentant des paradoxes visuels. Pour plus de détails, consulter le site officiel  http://www.mcescher.com/

lundi 21 octobre 2013

Moyens pour influencer autrui

Les moyens utilisés pour influencer autrui sont aussi vieux que l’humanité : l’histoire d’Adam et Ève est une histoire de persuasion, dans laquelle le serpent convainc Ève de manger le fruit défendu, puis à son tour elle persuade Adam d’en faire autant.

Bien évidemment, l’utilisation de certains moyens peut poser des problèmes éthiques. Mais justement, le fait d’être informé de ces moyens augmente notre liberté face aux messages que nous recevons, car l’on peut penser qu’un homme averti en vaut deux. Voici donc quelques-uns de ces moyens parmi les plus classiques.

La persuasion logique
Appuyée sur la démonstration logique : la cause A entraîne l’effet B, lequel a pour conséquence C, etc. Cette technique, utilisée très fréquemment pour convaincre l’autre, suppose que celui-ci ne fonctionne que rationnellement. Or, l’expérience nous montre que nos convictions et nos décisions sont soumises à bien d’autres facteurs que la simple raison. Les démonstrations rationnelles, si elles ont leur intérêt, sont dans beaucoup de situations bien insuffisantes pour emporter l’adhésion.

Le renforcement de la crédibilité de la source
Une source crédible est plus influente. Le fait de faire référence à une autorité reconnue dans le domaine concerné (par exemple le témoignage d’un prix Nobel de médecine pour parler de l’efficacité d’un médicament) renforce la crédibilité de la source. Un autre moyen de renforcer sa crédibilité, moins connu, consiste à glisser dans l’argumentaire un élément mineur allant dans le sens contraire à la position défendue : la source du message paraît ainsi plus honnête et plus crédible.

L’attractivité de la source
De nombreuses études ont montré que le message sera d’autant plus facilement accepté que la personne émettrice est plus attractive, par sa beauté physique, son charme, sa séduction ou tout autre élément lié à la communication non verbale. C’est pourquoi un certain nombre de publicités utilisent des top-modèles ou des célébrités dans leurs annonces.

L’attrait de la nouveauté
Un grand nombre de messages publicitaires utilisent cet effet émotionnel, basé sur la curiosité naturelle de l’être humain, curiosité que l’on retrouve d’ailleurs chez la plupart des animaux.

L’appel à la peur
C’est un moyen utilisé assez couramment, par exemple en France depuis quelques années dans les campagnes anti-tabac. Mais si, dans une certaine mesure, la peur augmente l’efficacité de la persuasion, ce moyen est en réalité très délicat à utiliser. En effet, dès que le message génère une angoisse trop forte, le public ciblé adopte un comportement défensif d’évitement et va ignorer le message.

L’effet de contraste
La technique consiste à formuler une demande très difficile à satisfaire, pour en proposer ensuite une seconde, plus raisonnable (représentant ce que l’on veut réellement obtenir). Cette dernière est interprétée comme une concession importante de la part du demandeur, ce qui déclenche, par réciprocité, une concession également importante chez la personne sollicitée.

La pression du groupe
Tout groupe exerce une influence sur ses membres, qui pour la plupart cherchent à être dans la norme du groupe auquel ils appartiennent (même si quelques-uns se rebellent contre cette norme). Un message conforme ou proche des normes du groupe sera plus facilement accepté.


Renaud Cherel


Cet article vous a plu ? Vous pouvez aussi trouver dans ce bloc d'autres articles sur le même thème :
    Influencer ou être influencé
    Convaincre ou persuader

dimanche 14 juin 2009

Congruence

Depuis toujours, les plus anciens ou plus expérimentés d’entre nous donnent des conseils d’éducation aux jeunes parents. Je ne sais pas s’il existe « une bonne » façon d’éduquer les enfants. Mais il est essentiel, me semble-t-il, de garder une certaine logique. Pour illustrer cela, prenons l’exemple de Bernard et Céline, parents de trois enfants de 6 à 11 ans (c’est une histoire vraie).

Céline est partie en déplacement pour 15 jours, laissant la gestion de la maisonnée à Bernard. Celui-ci est partisan d’une certaine sévérité car à son avis l’enfant « se pose en s’opposant », il a besoin d’un ensemble de règles bien définies sur lesquelles s’appuyer. Mais pour Bernard, il est nécessaire aussi que cet ensemble soit cohérent. Sans aucune règle, il pense que plus tard le jeune aura du mal à s’adapter à la société, où il est nécessaire de s’adapter à un certain nombre de contraintes si l’on ne veut pas se marginaliser.

Cependant, avec trop de règles, on tue la curiosité, l’esprit d’initiative de l’enfant et donc ses possibilités d’épanouissement futur. Et, par expérience Bernard sait que l’enfant accepte assez facilement un ensemble de règles si elles correspondent à une certaine équité.

Pendant l’absence de Céline, Bernard a demandé, aux trois enfants d’assumer un certain nombre de services à la maison. En particulier, ils sont tenus de faire leur lit le matin. Si le lit n’est pas fait le soir quand il rentre du travail, le responsable écope d’une amende de 0.20 Euros à payer sur son argent de poche ; la somme, faible, est importante proportionnellement aux économies des enfants et elle compte beaucoup psychologiquement. Les enfants, en tout cas, se plient sans problème à cette règle.

Ce jour-là, pressé par une urgence au travail, Bernard n’a pas fait son lit. Les enfants s’en sont rendus compte à midi ; et le soir, quand il est rentré du travail, la première chose qu’ils lui ont dite, c’est : « Papa, tu n’as pas fait ton lit, tu dois payer une amende ! » Il a bien fallu qu’il s’exécute. Il a donc sorti vingt centimes de ma poche et leur a demandé de les verser dans une cagnotte commune, ce qu’ils ont fait.

On peut discuter des méthodes d’éducation de Bernard. Mais on ne peut pas lui reprocher d’être incohérent dans son comportement vis-à-vis des enfants. De même que le législateur qui édicte des lois n’est pas en dehors de la loi, la logique voulait que Bernard ne soit pas exclu de la règle édictée par lui-même, concernant les lits faits avant le soir. En coaching, pour désigner cette cohérence, cette adéquation entre ce que l’on dit et ce que l’on fait, on parle de congruence, un terme emprunté aux mathématiques. Etre congruent, c’est une excellente façon à la fois de bien vivre et d’être pédagogue !
Triangles congruents

Renaud CHEREL  



Voir aussi dans ce blog :

    Education des enfants
    Mensonge ou vérité ?
    Autorité ou autoritarisme
    Comment gérer mes contradictions
    Fidélité et engagement