Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...
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lundi 27 avril 2015

Volonté

Nelly et Sylviane discutent de leurs enfants préadolescents.

-« Joachim a beaucoup de volonté, explique Nelly. Quand il a décidé de faire quelque chose, il le fait. Souvent il m’étonne : s’il rencontre des obstacles, il serre les dents, il les surmonte et va jusqu’au bout de ce qu’il a décidé.

- C’est un peu le contraire pour Valéry, soupire Sylviane : je trouve qu’il n’a aucune volonté. Il est influençable, il ne sait pas ce qu’il veut. Il me donne toujours l’impression de suivre l’avis du dernier qui a parlé.

- Je suis assez fière de Joachim, même si parfois c’est un peu difficile. L’autre fois, il voulait absolument se rendre chez un copain qui l’avait invité alors qu’il n’avait pas fini ses devoirs. Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu : parce que je le veux, un point c’est tout !

- Je ne suis pas si fière de Valéry, il me paraît mou. J’essaye de le secouer, de le pousser à faire ses choix et être plus volontaire, mais j’ai bien du mal… »

Qu’est-ce que la volonté, au fond ? Concrètement, cela paraît facile à définir : la volonté est le libre choix de faire ou ne pas faire quelque chose, décidé après réflexion, en ayant pesé les conséquences de cette décision.

Mais dans la réalité quotidienne, nous constatons qu’une décision volontaire va être influencée par différents facteurs. D’une part, les circonstances extérieures : par exemple l’invitation du copain de Joachim, qui agit comme un déclic. Et d’autre part, l’état interne de la personne : son humeur, son état de stress, de fatigue ou de forme, sa vision du monde, son tempérament… Par ailleurs, nous pouvons avoir des motifs d’agir moins avouables que ce que nous laissons paraître : la peur du ridicule, le désir de prendre sa revanche, le besoin irrépressible d’avoir toujours raison…

L'enfant aura-t-il la volonté d'attendre comme prescrit
dans l'exercice, ou bien mangera-t-il la friandise ?
Une bonne proportion de nos actes sont automatiques : habituellement nous ne réfléchissons pas à notre façon de respirer, de marcher, ou même d’engager une conversation anodine avec quelqu’un. D’autres au contraire sont pesés et réfléchis : ils sont dits volontaires. Mais la différence entre les deux n’est pas si nette. Quand Joachim répond « parce que je le veux ! », on peut se demander si c’est vraiment une décision volontaire ou s’il cède inconsciemment à un désir. Dans ce dernier cas, peut-on encore parler de libre choix ? 

D’une manière plus large, supposons que Joachim choisisse de faire des études de médecine pour exercer plus tard ce noble métier qui consiste à sauver des vies. Il va devoir étudier, faire des efforts pendant de nombreuses années, tendu vers le but à atteindre. Mais toutes ces actions volontaires de Joachim sont liées au besoin de surpasser son père, lui-même médecin, pour compenser un puissant sentiment d’infériorité. Dans cette démarche volontaire viennent donc se mêler conscient et inconscient.

Nous pourrions multiplier les exemples : dans la plupart de nos décisions volontaires, nos raisons conscientes se mélangent avec d’autres plus inconscientes, nos désirs, nos besoins, nos systèmes de valeurs.


Renaud CHEREL


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lundi 30 juin 2014

Usages de la négation

La notion de négation est une opération complexe de l’esprit qui suppose d’abord une affirmation de la chose que l’on veut nier. La négation n’existe pas chez les animaux, et cela les oblige souvent à montrer l’opposé de ce qu’ils veulent dire. Gregory Bateson cite l’exemple suivant : deux chiens, s’approchant l’un de l’autre, échangent le message : "Nous n’allons pas nous battre." Mais comment s’y prennent-ils ? Pour mentionner le combat sans combattre, ils choisissent de montrer les crocs. Il leur faut ensuite découvrir que mentionner le combat de cette façon n’était en fait qu’une démarche exploratrice.

Chez les humains, le cortex préfrontal, rationnel, a intégré la négation ; mais celle-ci n’existe pas pour l’inconscient, qui s’exprime par images (visuelles ou émanant des autres sens : sonores, tactiles, etc.) Pour en faire l’expérience concrète, je vous demande de ne pas penser à une banane rouge : que se passe-t-il dans votre esprit ?

Le fait que l’inconscient ne comprenne pas la négation a des conséquences très importantes sur la confiance en soi et sur la communication avec les autres.

- Pour la confiance en soi et le développement personnel, l’expérience montre que les résolutions négatives, du genre « je ne dois pas arriver en retard », « je ne vais pas continuer à fumer » ou « je ne suis pas plus bête qu’un autre » n’ont aucun effet. Pour espérer obtenir des résultats, il est impératif de toujours formuler vos résolutions de manière positive ! Émile Coué avait bien compris ce principe quand il avait énoncé sa célèbre méthode.

Dans quelque domaine que ce soit, focalisez-vous sur ce que vous voulez, et non sur ce que vous ne voulez pas. Puisque la négation nécessite d’abord une affirmation, votre attention va nécessairement se porter sur ce que vous cherchez à éviter, qui va donc prendre encore davantage d’importance. C’est un peu comme lorsqu’on apprend à conduire ou à faire du vélo : en se centrant sur la chaussée où il désire passer, le débutant réussit mieux que s'il regarde le mur ou le trottoir qu'il cherche à éviter mais qu'il risque alors de percuter... Personnellement, j'en ai fait l'expérience la première fois que j'ai conduit sur l'autoroute italienne entre le Mont-Blanc et Turin : les Italiens roulent vite et les voies sont plus étroites qu'en France ; dans les tunnels, je regardais loin devant pour bien maintenir mon cap ! Apprendre à se focaliser sur ce que l’on veut plutôt que sur ce que l’on cherche à éviter demande un certain travail. Essayez !

- Pour la communication avec les autres, il se passe exactement la même chose : la négation focalise l’attention sur ce qui est nié. Les parents doivent donc la manier avec doigté. Rappelons que, bien évidemment, les interdits et les limites sont indispensables à la construction de l’enfant. Un enfant sans limites n’est pas libre car il est l’otage de ses pulsions, ni heureux car il vit dans l’angoisse. Ceci étant posé, dans la plupart des circonstances, une approche positive plutôt que négative permettra à l’enfant de se développer et de s’épanouir. « Tu n’as pas le droit de sauter sur le canapé » peut être assorti de « je vois que tu as besoin de sauter, viens, on va à un endroit qui le permet ». De même, dans notre communication avec autrui, favorisons l’expression positive.

Renaud CHEREL


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lundi 19 mai 2014

Comment éviter les gaffes



Certains d’entre nous sont plus sujets que d’autres à commettre des « bourdes », des maladresses sociales ou matérielles qui peuvent avoir des conséquences désagréables, à la fois pour soi et pour les autres. Est-il possible de supprimer, ou au moins de diminuer la fréquence de tels actes manqués ?


Selon les conceptions de la psychanalyse, l'acte manqué est en quelque sorte un acte réussi, puisque le désir inconscient qui était sous-jacent a fini par s’exprimer. La personne croit échouer, mais au fond elle a satisfait son désir inconscient.

Plusieurs approches peuvent permettre de limiter la répétition de ces actes manqués.

La première consiste à identifier, à repérer quel peut être le désir inconscient qui cherche à se satisfaire par l’intermédiaire de la maladresse commise. Le fait d’amener à la conscience ce qui n’y était pas peut dédramatiser la chose et permettre de mettre en place des stratégies constructives. Si Yoann peut retrouver la raison pour laquelle il en veut à son client, si Olivia peut regarder en face sa peur de la douleur et Nancy reconnaître la rivalité qui l’oppose à sa belle-sœur, et si Mathieu peut identifier le sentiment qu’il éprouve envers Arielle, chacun d’eux aura fait un premier pas vers la solution de son problème.


Notons cependant que cette identification n’est pas toujours aisée : notre inconscient ne se dévoile pas si facilement, et il peut arriver que d’autres, mieux que nous-mêmes, arrivent à discerner ce qui se passe en nous. C’est pourquoi le recours à une tierce personne peut nous être utile, en prenant soin de bien choisir cette personne : ami(e) ou proche – à condition d’avoir un regard bienveillant – médecin, coach, psychothérapeute…

Une technique préconisée par certaines approche – comme la PNL – consiste à visualiser la scène lors de laquelle on redoute de commettre des maladresse : l’entrevue d’embauche redoutée, la rencontre avec tel client stratégique, l’explication avec le conjoint ou les beaux-parents sur un point délicat… Au lieu d’éviter d’évoquer la situation que l’on craint, il s’agit au contraire de la visualiser comme un film, qu’on déroule mentalement de manière favorable. En se projetant le film plusieurs fois dans sa tête, on créera des conditions intérieures plus favorables et on augmentera les chances que tout se passe bien.


Une autre approche consiste à agir sur le corps, dont les tensions retentissent sur notre fonctionnement psychique. Il s’agit de créer un calme physique qui, tout naturellement, procurera un calme intérieur. On pourra utiliser pour cela les techniques de respiration et de méditation, la pratique régulière du yoga ou du tai-chi, la marche ou la pratique d’un sport ou même simplement le fait de s’isoler dans un lieu tranquille avant d’entrer dans la situation redoutée.


Enfin, si malgré toutes ces précautions, le lapsus est commis, la gaffe est réalisée, la façon dont nous réagissons peut faire la différence. Dans certaines circonstances, le fait de rester naturel, de continuer sur sa lancée peut être la meilleure solution. Dans d’autres, il est préférable d’assumer sa maladresse en reconnaissant qu’elle était provoquée justement par la peur de froisser l’autre.


Renaud CHEREL


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    Actes manqués

lundi 12 mai 2014

Actes manqués

Yoann a envoyé à son directeur commercial la copie du mail qu’il vient d’expédier à un client important, assortie d’un commentaire peu flatteur sur celui-ci. Malheureusement, il s’aperçoit avec consternation qu’en voulant faire vite, il a mis le client en question comme destinataire.


Au moment d’aller chercher sa fille à la sortie de l’école, Olivia réalise qu’elle a complètement oublié son rendez-vous chez le dentiste en début d’après-midi. Elle rappelle le cabinet pour reprendre un rendez-vous, mais comme elle a un peu honte de son oubli, elle invente une excuse en expliquant qu’elle était obligée de garder sa fille malade à la maison.

En cadeau d'anniversaire, Nancy a reçu un vase en porcelaine de la part de sa belle-sœur. Le lendemain, au moment d’y mettre des fleurs, elle fait un geste maladroit et renverse le vase qui se fracasse sur le sol de la cuisine. Nancy en est vraiment désolée et décide de ne pas en dire un mot à sa belle-sœur.

Nancy a-t-elle vraiment renversé le vase par hasard ?
En rentrant chez lui, suite à une visite chez Arielle, une connaissance, Mathieu s’aperçoit qu’il a oublié son parapluie chez elle. Il en est ennuyé car la météo annonce une semaine pluvieuse et cette personne habite assez loin de chez lui…

Ces erreurs, ces petits « ratés » dans la vie quotidienne sont appelés actes manqués. Il y a plus de 100 ans, Sigmund Freud a montré qu’ils n’étaient pas le fruit du hasard, mais plutôt la révélation involontaire de ce qu’on ne peut pas – ou n’ose pas – exprimer consciemment. Il se crée un conflit intérieur entre un désir inconscient et la volonté consciente, et l’acte manqué constitue un compromis pour tenter de résoudre ce conflit.

Reprenons nos exemples.
Yoann avait peut-être envie d’exprimer directement à son client tout le mal qu’il pensait de lui, mais les règles commerciales lui interdisaient de le faire. Son erreur lui a permis d’atteindre ce but.

Si Olivia a oublié son rendez-vous, c’est que la perspective d’une séance chez le dentiste n’était probablement pas très agréable pour elle et lui faisait peur. Son oubli lui a permis de réaliser son désir inconscient : éviter de souffrir.

Au fond, Nancy en a toujours secrètement voulu à sa belle-sœur de lui avoir « volé » son frère, dont elle était très proche. En cassant le vase, n’exprime-t-elle pas le fait qu’elle ne veut rien recevoir de sa belle-sœur ?

Sans se l’avouer vraiment, Mathieu éprouve plus que de la sympathie pour Arielle. Son oubli involontaire va créer une occasion supplémentaire de retourner chez elle et de lui parler, ce qui constitue finalement une perspective très agréable…

Certaines personnes sont coutumières de ces actes manqués et collectionnent les oublis, mais aussi les bourdes et les gaffes au point d’en subir des conséquences sociales ; d’autres le sont moins. La fatigue, le stress, le défaut d'attention, en diminuant le contrôle sur soi, peuvent favoriser la production d’actes manqués. L’usage d’alcool ou de drogues accentue encore cette tendance, bien évidemment.

Peut-on corriger, ou au moins diminuer cette propension ? Oui, nous le verrons dans le prochain article. 

Renaud CHEREL



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lundi 20 janvier 2014

Interprétation des rêves

Joseph interprétant le rêve de Pharaon (James Tissot)
L’interprétation des rêves est un art extrêmement ancien dont on retrouve les traces, dans la plupart des civilisations, sur plusieurs millénaires. Elle a donné lieu à une littérature extrêmement abondante. N’étant pas moi-même onirologue (spécialiste des rêves), je ne prétends pas donner de recette infaillible d’interprétation, mais simplement, en me basant sur des conseils de spécialistes et sur une expérience personnelle de plusieurs années dans ce domaine, de proposer quelques indications à qui cherche du sens à ses rêves. Un approfondissement éventuel passera par un travail accompagné par un praticien expérimenté.
L’interprétation passe par plusieurs étapes.

Enregistrement du rêve
La plupart des rêves sont très éphémères, bien souvent ils s’effilochent dès le réveil ; il est donc important d’en recueillir le maximum d’éléments le plus vite possible avant qu’ils ne se soient évanouis. On peut par exemple disposer de quoi écrire près de son lit, ou encore d’un dictaphone pour les raconter avant même de se lever.

On a plutôt intérêt à avoir une certaine assiduité dans l’enregistrement de ses rêves, car ils se présentent souvent par séries à l’intérieur desquelles ils se complètent ou se répondent : l’inconscient est souvent répétitif.

Le scénario
Le rêve comporte en général plusieurs scènes, parfois sans lien apparent entre elles. Il s’agit donc de reprendre ses notes pour identifier chacune des scènes, puis dans un second temps de décrire brièvement ce qui se passe dans l’ensemble du rêve avec son fil conducteur : le scénario. Il peut être intéressant d’ajouter un titre au rêve, qui en soulignera l’orientation générale.

Les associations d’idées
Ensuite, l’on peut examiner chaque scène et les résonnances que cela évoque en nous. Une des méthodes consiste à travailler par association d’idées : installé dans un lieu calme et confortable, on laisse venir librement les idées ou images associées à la scène évoquée, sans en rejeter aucune, par exemple du fait de son absurdité ou de son peu d’importance. Souvent, ces associations d’idées permettent de trouver un sens à une scène auparavant incompréhensible.

La symbolique
Ce travail sera facilité par l’examen des symboles que chaque scène contient. Un symbole est un objet ou un fait naturel de caractère imagé (on peut le dessiner) qui évoque, par sa forme et sa nature, une association d’idées spontanées (dans un groupe social donné) avec quelque chose d’abstrait ou d’absent. Le symbole a un sens général mais il est aussi influencé par la personnalité et l’histoire du rêveur.

En dehors des symboles, l’inconscient joue aussi fréquemment sur le langage : mots à double sens, origine du mot (étymologie), etc. Penser aussi aux assonances, beaucoup utilisées par l’inconscient (par exemple, la mer = la mère ou l’amer ou l’âme erre).

Le décodage
En dernier lieu, on reprend pour chaque scène chacun de ses éléments en extrayant la signification qu’il peut avoir en fonction des indices glanés précédemment. Ce qui permet, à terme, de décoder le message du rêve : ce que notre inconscient cherche à nous dire par l’intermédiaire du rêve.

Renaud CHEREL


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    Rêves nocturnes
    La force des symboles

Symbolique des couleurs :
    Couleurs : rouge et orangé
    Couleurs : jaune et vert
    Couleurs : bleu et violet
    Couleurs : noir et blanc, gris, rose et brun

Sites externes :
 http://www.psychologies.com/Therapies/Psychanalyse/Reves/Articles-et-Dossiers/Sachons-utiliser-nos-reves
    http://reve.l.free.fr/index.html

Bibliographie :
Pratique :
Marielle LAHEURTE : 50 exercices pour décrypter ses rêves, éd. Eyrolles, Paris, 2013, 120 pages.
Ce petit opuscule fournit des outils simples pour apprendre à programmer et enregistrer ses rêves, interpréter les symboles qu'ils contiennent de façon personnalisée, les utiliser pour effectuer de meilleurs choix dans sa vie.






Approfondi :
Tobie NATHAN : La nouvelle interprétation des rêves, éd. Odile Jacob, Paris, 2011, 246 pages.

Tobie NATHAN est professeur de psychologie à l'université Paris VIII, spécialisé en ethnopsychiatrie. Tout au long de sa carrière de thérapeute, il a travaillé avec des patients et des collègues de cultures différentes, et il a puisé dans son expérience personnelle très variée pour écrire ce livre. Il a cherché aussi à croiser les données récentes issues de disciplines comme la neurophysiologie, la psychophysiologie, la psychanalyse mais aussi la mythologie.


Classiques :
Sigmund FREUD : Sur le rêve, éd. Folio Essais, Paris 2012, 147 pages. Titre original : Über den Traüm (1901)

Dans cette brève étude, le père de la psychanalyse expose sa méthode d'interprétation des rêves pour accéder à l'inconscient, méthode dont les outils sont directement empruntés à la psychanalyse. Il porte essentiellement son attention sur les procédés du "travail du rêve" en les illustrant par de nombreux exemples tirés de sa propre expérience ou de celle de ses patients.




Carl Gustav JUNG : Sur l'interprétation des rêves, Le livre de Poche, Paris, 2012, 317 pages. Titre original : Seminare : Kindertraüme, publié en 1987 à partir de séminaires tenus entre 1936 et 1941.

Après sa rupture avec Freud, Jung développa une méthode différente d'interprétation des rêves qui, sans renier l'apport de son ancien maître, essayait de dépasser ce qu'il considérait comme une fixation sur la théorie de la libido. Dans cet ouvrage, il passe en revue les grands systèmes d'interprétation des rêves depuis l'Antiquité et tente d'en expliquer les ressorts. 

lundi 13 janvier 2014

Rêves nocturnes

Tout le monde ou presque rêve la nuit – hormis quelques cas qui relèvent de la pathologie ou de personnalités tout à fait exceptionnelles – et chacun peut s’en souvenir, même ceux qui ont l’habitude de se réveiller le matin en ayant l’impression de ne pas avoir rêvé pendant la nuit.

Pour se souvenir de ses rêves, il existe une technique très simple : il suffit de décider, le soir, au moment de s’endormir, que l’on se souviendra de son rêve – ou de ses rêves – le lendemain matin, et de disposer à proximité de son lit de quoi écrire le contenu de ces rêves. Le fait même d'avoir pris cette décision sera intégré par l'inconscient, qui s'exprime dans les rêves, et il y a de grandes chances pour qu'au réveil on se souvienne d'éléments de rêves. Avec un peu de pratique, les souvenirs deviendront de plus en plus précis. 

Rêve (peinture R. Cherel)
Quel est l’intérêt des rêves, quel avantage peut-on avoir à se souvenir de ses rêves ? Le père de la psychanalyse, Sigmund Freud, affirmait qu’ils constituent la porte royale vers notre inconscient. Or, chacun de nous a accumulé dans son inconscient un trésor extraordinaire : la quasi-totalité des expériences de notre vie y reposent et sont encore disponibles, même si consciemment nous n’y avons pas accès. Selon un autre grand nom de la même discipline, Carl Gustav Jung, les rêves contribuent à l’équilibre psychique de l’individu en puisant non seulement dans son inconscient mais aussi dans l’inconscient collectif, à savoir une expérience rassemblée pendant des millénaires par nos ancêtres. Par ailleurs, notre inconscient fonctionne de façon très différente de la conscience, qui est plus rationnelle. Il est capable de faire des rapprochements entre des éléments parfois très éloignés, de faire apparaître des connexions entre des faits ou des expériences très variés, permettant d’envisager la question sous un jour nouveau et parfois, de façon intuitive, d’anticiper d’une certaine manière ce qui peut arriver.

Cauchemar (dessin R. Cherel)

Notre inconscient constitue donc une ressource très précieuse, mais il est souvent comme un coffre dont nous aurions égaré la clef. Alors, si les rêve en sont la clef, s’ils nous offrent un accès, même partiel, à ce continent inconnu qu’est notre inconscient, pourquoi s’en priver ? De ce fait, de manière très concrète, on peut se servir de ses rêves comme des voies vers les ressources de notre inconscient pour résoudre un certain nombre de problèmes : il suffit de se les poser le soir avant de s’endormir. Alors, avec un peu de pratique et après quelques essais, on s’apercevra dans un certain nombre de cas que le rêve propose une ou des solutions intéressantes et souvent originales au problème posé. D’ailleurs, certaines découvertes seraient directement issues de rêves : on cite par exemple la structure de la molécule de benzène vue en rêve par Auguste Kekulé, ou bien la composition, par Giuseppe Tartini, de la Sonate du diable qu’il avait entendue en rêve. Reste bien sûr un travail délicat à réaliser : celui de l’interprétation de nos rêves. 

C’est ce que nous pourrons aborder dans le prochain message. 


Renaud CHEREL


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lundi 1 juillet 2013

Ambiguïté des mots

Ambiguïtés du langage (dessin R Cherel)
La plupart des mots ne sont pas neutres, ils sont connotés : en plus de leur sens ordinaire – ce que les linguistes appellent leur dénotation –, on vient leur ajouter d’autres sens selon le contexte. Pour un locuteur donné, les mots sont comme des objets précieux qui lui ont été transmis ; ils sont enveloppés de plusieurs couches de papier cadeau. On peut observer d’abord des couches liées à l’usage de ce mot depuis sa naissance, il y a un an, un siècle, ou un millénaire, usage lié à histoire collective de la société : la signification d’un mot donné a évolué avec le temps.

Prenons par exemple le mot formidable, qui vient du latin formido signifiant crainte, effroi, terreur : à l’époque de la Renaissance, formidable désignait ce qui inspire une grande crainte. Il était synonyme d’effrayant, redoutable, terrible. Puis, au XIXe siècle, sa signification a été restreinte : ce dont la taille, la force, la puissance est très grande ; il était alors synonyme de puissant, considérable, stupéfiant. Actuellement, c’est devenu un superlatif exprimant l’admiration, synonyme de fabuleux, fantastique, génial…

Ensuite – et ce sont les travaux des psychanalystes qui ont révélé cet aspect – notre inconscient, féru de jeux de mots, opère constamment des déplacement de sens, des inversions, des associations, des métaphores... Il va jouer avec la prononciation des mots : ainsi, pour un locuteur français, le mot mère peut être rapproché de mer ou encore maire (ce qu’on appelle des homophones), mais aussi d’autres mots par l’intermédiaire d’expressions orales. Ainsi, « c’est ta mère » peut être entendu comme « c’est amer » ; « ma mère » comme « mammaire » ; « ô mère » comme « Homère », etc. Notez que, dans une langue étrangère, les correspondances ci-dessus n’existent pas, mais sont remplacées par d’autres. Par conséquent, la traduction d’un mot ne peut jamais être exacte, car le cortège d’associations évoquées est différent d’une langue à l’autre.

Enfin, le mot est revêtu d’une couche personnelle de sens : il transporte avec lui les circonstances dans lesquelles il a été reçu par le locuteur. Quand un sujet prononce le mot « mère », ce mot évoque pour lui une certaine image – en général sa propre mère – laquelle s’accompagne d’une certaine ambiance émotionnelle liée à sa propre enfance. S’il a le souvenir d’une enfance heureuse et d’une mère aimante, il est probable que les connotations seront positives ; à l’inverse, si son enfance a été malheureuse, il est fort possible que le mot « mère » soit connoté plus négativement, par exemple en lien avec le mot « amer ». De plus, cette couche personnelle évolue avec l’histoire du locuteur : par exemple, les connotations attachées au mot « mère » sont souvent différentes après le décès de celle-ci. Pour une femme qui devient mère à son tour, le sens du mot s’enrichit d’une connotation nouvelle liée à sa propre expérience de la maternité.

Cette ambiguïté des mots est-elle un obstacle à la communication, ou bien favorise-t-elle la relation ? Nous examinerons cette question dans le prochain message. 


Renaud Cherel



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    Reformulation
    Paradoxes de la vie ordinaire

Liens externes :
    Si vous êtes intéressé(e) par l’ambiguïté linguistique, lisez cet article de Danièle Fleury : 
   Ambiguité linguistique