Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...

lundi 17 septembre 2012

Donner du sens


Aube sur le lac Brome (Photo Anne Jutras)
Il nous arrive parfois de nous poser des questions sur le sens de notre vie. Ne suis-je que le produit, pour ainsi dire mécanique, d’une suite de hasards aveugles et ma vie n’est-elle rien de plus au fond que les mouvements d’une feuille ballotée par les caprices du vent ? Ou bien ai-je une part de liberté personnelle qui me permet de décider et de poser des actes responsables ? « Une des plus belles caractéristiques de l’être humain, c’est peut-être d’être un donneur de sens » écrit le psychiatre Christophe André. Le fait de trouver du sens à son existence est indéniablement un facteur d’équilibre personnel.
Si oui, je crois que ma vie a un sens, alors je peux en prendre davantage conscience, et travailler à cette recherche de sens grâce à une pratique quotidienne. Une des façons de réaliser cela, c’est de mieux vivrel’instant présent. Comment ?

En m’extrayant de mes comportements habituels
Dans certaines situations vécues comme stressantes, j’ai recours aux mêmes réactions, avec les mêmes pensées qui reviennent sans cesse tourner dans mon esprit. Je peux m’en écarter pour prendre conscience de moi-même et de mon environnement. Par exemple, si je suis bloqué devant un feu rouge, je puis sortir de mon énervement qui ne change rien à la situation mais qui, à la longue, nuit à ma santé ; réaliser que je suis vivant et que la situation n’est pas une catastrophe. Si je suis en train de patienter dans une salle d’attente, plutôt que de pester contre l’agent de l’administration ou le médecin, profiter de ce temps pour respirer, m’installer plus confortablement, être attentif aux personnes qui sont autour de moi et éventuellement échanger avec elles.

En étant présent à mes cinq sens
Nos cinq sens sont nos fenêtres sur le monde, mais il nous arrive de l’oublier… Souvent, propulsé en avant par mes projets ou perdu en arrière dans mes regrets, je ne suis pas là, dans l’instant présent. Je peux y revenir en étant conscient de ce que perçoivent mes sens. Ainsi, je profite de ma pause repas pour admirer les plats et mon environnement ; écouter la conversation et y prendre part, ou simplement être attentif à l’ambiance sonore ; ressentir le contact de la table et de la chaise ou bien le souffle de l’air sur mon visage ; percevoir les odeurs qui m’assaillent et les identifier ; savourer le plat que je goûte en tentant d’y discerner les divers ingrédients. Bref, me sentir vivant.

En redécouvrant la beauté des petites choses ordinaires.
Dans l’accomplissement de mon travail, plutôt que de fulminer contre tel collègue désagréable ou telle tâche répétitive, je peux retrouver le sens de mes gestes quotidiens, comment ils s’inscrivent dans un ensemble plus vaste. Et retrouver la beauté de chaque geste lorsqu’il est bien exécuté. Et si, en fin de compte, je trouve que ce que je fais n’a plus beaucoup de sens pour moi, qu’est-ce qui m’empêche de rechercher – sans pour autant me précipiter – une autre activité dans laquelle je m’accomplirais davantage ? 

Renaud CHEREL



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    Dans tous les sens
    Registres sensoriels

Liens externes :
  Les belles photos d'Anne Jutras : au fil de l'eau

lundi 10 septembre 2012

Reprise d'activité


Bâtir son projet et le mettre en oeuvre...
Avec la rentrée des classes pour les plus jeunes, c’est aussi pour beaucoup d’adultes la reprise d’activités ou la mise en place de nouveaux projets et, peut-être, de résolutions. Tous ces changements, même s’ils reviennent chaque année, peuvent provoquer chez certains de l’angoisse, du stress, un sentiment de confusion, alors que d’autres au contraire se sentent stimulés par cette reprise d’activités. On peut se sentir dépassé, contrarié ou frustré et vivre plus ou moins difficilement la reprise d’un rythme soutenu. Comment gérer au mieux cette transition ? Quelques idées :

Faire des listes
En période de reprise, un facteur de stress peu être la peur d'oublier quelque chose. Pour éviter de dépasser les dates limites, une bonne solution est de faire des listes. Celles-ci peuvent être classées par ordre chronologique, en notant les choses à faire chaque jour sur un calendrier par exemple, ou par thématique. On peut très bien les commencer très en avance et les compléter au fur et à mesure que les idées nous viennent… ou que les circonstances l’imposent.

Ne pas faire trop de choses en même temps
En contexte de changement, si la pression ressentie est forte, nos compétences cognitives régressent. Il faut en tenir compte, et se limiter dans le nombre d’options ou de choses à démarrer. Par exemple, si l’on s’est donné des résolutions pour cette rentrée, plutôt que de vouloir changer dix choses que l’on ne tiendra pas, se limiter aux trois ou quatre qui nous paraissent les plus importantes.

Se coucher plus tôt
Souvent, les vacances entraînent des décalages de nos horaires quotidiens. Pour se réadapter au rythme normal, notre corps a besoin d’une période de transition. C’est pourquoi il est bon de l’anticiper quelques jours avant en se couchant un peu plus tôt et éventuellement en programmant l’heure du réveil un peu plus tôt également.

Ranger et nettoyer
Au bureau et à la maison, il se peut qu’on ait accumulé des affaires, des dossiers ou des papiers parmi lesquels on ne se retrouve plus très bien ; avant de redémarrer un nouveau cycle, il peut être utile de faire un bon nettoyage, de trier ce qui est important et de le classer correctement, puis d’archiver ou de jeter le reste. Non seulement les dossiers rangés permettent généralement d’être plus efficace, mais un environnement clair et bien disposé influence positivement notre état d’esprit.

Mettre à jour ses démarches administratives et/ou de santé
C’est peut-être le moment de faire le point par rapport aux dossiers en attente pour les régler rapidement avant d’être pris de nouveau par le quotidien ; peut-être aussi le temps de faire un check-up santé…

Relativiser
Sous pression, on peut avoir tendance à dramatiser. Même si la reprise du travail peut être source de contrariétés et que l’on craint de faire – ou d’avoir fait – des erreurs, celles-ci sont à relativiser. Un peu de recul, en regardant ce qui peut vraiment se passer au pire, peut permettre de dédramatiser la situation et de trouver des solutions pour minimiser les dégâts.


Renaud CHEREL



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    Rentrée
    La rentrée
    La reprise
    Redémarrage

lundi 3 septembre 2012

Chaleur humaine


Couverture du CD "Chaleur humaine" - Uman, 1992
Cet été, la chaleur a fini par revenir, elle qu’on attendait depuis longtemps, au moins dans la moitié nord de la France… et puis elle est repartie, mais nous espérons bien avoir un automne clément.

Notre corps, lui, est homéotherme : autrement dit, quelle que soit la température extérieure, celle de notre corps demeure constante, contrairement à celui d’animaux comme les insectes ou les reptiles, dont la température varie avec l’environnement extérieur. C’est dire que notre corps doit continuellement s'adapter au changement pour maintenir sa température constante ; c’est ainsi que, pour un type d’activité donnée, certaines températures sont plus confortables que d’autres. Par exemple, on sera plus à l’aise dans un environnement frais pour exercer une activité physique intense, et dans un environnement plus chaud lorsqu’on reste immobile.

Mais, plus étonnant, ces sensations de température ont des répercussions aussi sur nos ressentis et, à l’inverse, nos émotions influent sur notre sensation de chaud et de froid. Ainsi par exemple, des chercheurs canadiens ont montré que les personnes qui venaient de subir une exclusion sociale donnaient une estimation plus basse de la température de la pièce où elles se trouvaient et avaient davantage envie de boire et manger des aliments chauds. Et d’autres études montrent que la proximité affective que ressentent les gens est supérieure quand la pièce où ils se trouvent est à 23°C plutôt qu’à 17°C.

La chaleur humaine est donc d’abord physique : pour beaucoup de gens, le contact avec le corps d’une autre personne, dont la température est la même que la leur, procure une forte sensation de sécurité. Cette sensation est probablement associée aux premiers sentiments vécus dans le ventre maternel, cet environnement idéal où la température constante est adaptée au fœtus qui reste en contact permanent avec sa mère.

Ainsi, le fait de toucher une personne – avec son accord, car on accède là à la sphère intime – peut aider grandement à la communication, dans la mesure où ce geste est accompli avec respect. Dès l'instant où l'on est en contact avec la chaleur corporelle d'une personne, on entre dans son intimité. Indépendamment de la sexualité, le contact corporel peut jouer un grand rôle dans nos rapports familiaux et amicaux.

Dans son sens plus large, la chaleur humaine se manifeste par une écoute, une attention à l’autre pris comme une personne, et donne à l’aide sa vraie dimension. Une aide délivrée avec froideur perd une partie de son effet. Le psychothérapeute Thierry Tournebise tient à distinguer chaleur humaine et affectivité : cette dernière, comprise comme une compensation de nos manques, risque d’étouffer l’autre. L’affectivité peut facilement mener à utiliser l’autre ; en ce cas, elle oppresse, elle prend la liberté, elle brise l’autonomie. Au contraire, la chaleur humaine désintéressée exprime de la présence, de la considération ; elle respecte la liberté de l’autre et elle sécurise. La chaleur humaine n’est pas la fusion avec l’autre, c’est au contraire une capacité à être distinct sans être distant, à être proche de l’autre tout en restant soi-même.

Comprise dans ce sens, l’exercice de la chaleur humaine apportera beaucoup dans notre vie, autant sur le plan personnel que professionnel.

Renaud CHEREL




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    La tendresse
    Amitié

lundi 23 juillet 2012

Relations humaines


Sortir de soi pour créer une relation (Le Petit Prince et le Renard)
Dans le dernier message, nous avons brièvement évoqué les notions de « dedans » et de « dehors » ; aujourd'hui j’aimerais examiner, en ce qui nous concerne, les relations qui peuvent exister entre le « dedans » et le « dehors ».

Une chose est certaine : notre « dedans » ne peut pas physiquement exister sans la présence d’un « dehors », et il ne peut pas se maintenir sans prélever constamment des ressources dans ce « dehors » : notre corps ne peut survivre sans consommer de l’air, de l’eau, de la nourriture. Mais il ne survivra pas non plus sans restituer à l’extérieur un certain nombre de déchets ; il y a donc continuellement des échanges entre le « dedans » et le « dehors », et cela est vrai pour tous les organismes vivants.

Si nous considérons maintenant les activités proprement humaines, mentales, psychologiques et spirituelles, nous pouvons faire le même constat : ces activités ne peuvent se maintenir que par un échange continu avec l’extérieur. Pour me développer en tant qu’être humain, j’ai besoin d’être en contact avec le monde, de recevoir des stimuli, des informations, des manifestations d’émotions et j’ai aussi besoin d’émettre des opinions, des questions, des émotions. L’immense majorité des humains que nous sommes a besoin d’échanges continus, même si quelques individus exceptionnels sont capables de s’en passer pendant une partie de leur vie, comme les ermites ou certains yogis.

Nous avons besoin d’échanger, certes, mais en protégeant notre intériorité : un échange équilibré suppose d’avoir les moyens de résister aux tentatives éventuelles d’intrusion, d’envahissement ou d’accaparement de la part de l’autre. Mais sans tomber dans la fermeture, le repli sur soi, la méfiance indue qui risquent de conduire à l’isolement.

Inversement, cela suppose de savoir résister aux tentations de posséder ou contrôler l’autre ou de vouloir tout savoir de lui : il est nécessaire que chacun puisse conserver son jardin secret. Et c’est là que la difficulté surgit : la ligne de frontière est étroite entre l’ouverture à l’autre et la réserve nécessaire pour protéger notre intimité, entre la trop grande discrétion et le risque d’envahissement ; fluctuante, cette frontière est sans cesse négociée en fonction du statut de l’autre et de notre degré d’implication avec cette personne.

Cette négociation est délicate et difficile, notamment dans les situations de crise, et chacun de nous est amené à en traverser. Mon expérience m’amène à constater que beaucoup de difficultés auxquelles nous sommes confrontés ne viennent pas tant des situations en elles-mêmes que de notre façon de gérer nos relations avec les autres dans ces circonstances.

Dans notre société actuelle, les possibilités de communication sont infiniment plus vastes qu’elles n’ont jamais été. Mais cela ne va pas sans revers ; la quantité ne remplace pas la qualité, et le nombre d’« amis’ dans les réseaux sociaux d’une personne n’est pas forcément proportionnel à la qualité de ses relations. Il me semble important de préserver un certain nombre de relations autres que superficielles, qui m’engagent et qui engagent l’autre, et en qui je peux faire confiance.

Renaud CHEREL



Message en rapport avec le thème dans ce blog :
    Chaleur humaine
    Reformulation
    Compétition et concurrence
    Tutoiement et vouvoiement
    Les neurones miroirs
    Amitié

Liens externes :
    Le blog de Bernard Romain   (Article à propos d'Édith Stein : intériorité et altérité).

lundi 16 juillet 2012

Dedans, dehors


Dedans et dehors sont deux mots qui possèdent une formidable puissance d’évocation. Sans chercher à être exhaustif, voici quelques pistes.

Le mot « dedans » peut évoquer le lieu où j’habite, appartement ou maison, avec ses caractéristiques concrètes, un endroit protégé de l’extérieur par des murs ou des cloisons, confortable, où règne une certaine chaleur et où je me sens en sécurité. Il peut aussi évoquer l’idée de caverne, de grotte, de profondeur, avec d’autres caractéristiques : creux, sombre, humide. Cela peut évoquer la symbolique maternelle : le sein maternel, la matrice, le ventre, l’utérus et par extension la symbolique du sexe féminin. Ou bien, dans la sphère sociale, le cocon familial, les proches, le cercle des amis intimes. « Dedans » peut évoquer des actions : faire entrer, accueillir chez soi, écouter avec bienveillance, mais aussi consoler, envelopper, materner. Au contraire, rester en dedans peut parfois rappeler la notion de fermeture, le retrait, le repli sur soi, l’enfermement.
L’automobile est à mon sens un objet moderne qui concentre ces différents aspects, une sorte de « dedans » transportable avec tous ses fantasmes.

Le « dehors » est plutôt associé aux éléments naturels, au vent, au froid et aux dangers qui sont souvent perçus comme venant de l’extérieur : ennemis, prédateurs, accidents, événements imprévus. La recherche des causes admet souvent un agent extérieur. D’un autre côté, l’extérieur est aussi symbole d’ouverture, source de découverte, de nouveauté, de surprise, d’aventure et de liberté. Le dehors, c’est l’altérité, la différence, vers laquelle nous sommes attirés par la curiosité, l’envie de connaître ou de découvrir… « Dehors » renvoie davantage à la symbolique paternelle qui ouvre à la notion de tiers, l’autre, l’inconnu, l’étranger, le prochain, le différent mais aussi le rival, la compétition. 
« Dehors » évoque l’espace, ou même les grands espaces comme la mer, le désert, espace qui peut être infini. « Dehors » invite à des actions comme s’éloigner, voyager, parcourir, se perdre, vagabonder. Mais aussi ouvrir, sortir, permettre, libérer…

Le psychologue américain Frederic Hudson notait que, dans la société plus traditionnelle qui nous précédait, la plupart des gens se conformaient aux us et coutumes de leurs temps, et leurs codes de vie étaient souvent dictés par le dehors : l’appartenance à un groupe social, à une religion, leur niveau de richesse, leur sexe, etc. Leur vie était surtout influencée par des facteurs extérieurs. Aujourd'hui, ces influences existent toujours et on ne saurait les négliger ; mais, dit Hudson, les gens se définissent moins par ces éléments extérieurs et plus par le dedans ; l’individu est plus amené à se prendre en charge en posant des questions du type : « Qu’est-ce je vais faire dans ma vie ? » Dans la société moderne, il y a davantage de possibilités de choix, moins de repères externes, et chacun est poussé à se référer davantage à des repères internes, ce qui peut éventuellement générer plus d’anxiété. D’où le recours éventuel à des personnes telles que les psychothérapeutes ou les coachs, dont les services sont davantage sollicités aujourd'hui qu’hier.

Vais-je rester dans ma bulle ? (Photo R. Cherel)

Renaud CHEREL



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    Se situer dans l'espace
    Regards par la fenêtre
    Relations humaines
    Ouvrir des possibles
    Locus de contrôle
    Extraversion, introversion
    Guérir-guérison active et guérison passive

lundi 9 juillet 2012

Curiosité : défaut ou qualité ?


Quelques amis discutent autour d’un verre à propos de la curiosité.

Eloi en fait l’éloge : « Combien de fois n’ai-je pas entendu cette phrase : la curiosité est un vilain défaut ? Pourtant, c’est la curiosité qui fait avancer la science, qui nous pousse à découvrir sans cesse des choses nouvelles et à progresser. Sans la curiosité, on en serait encore à l’âge des cavernes ! »

Delphine n’est pas tout à fait du même avis : « La curiosité, c’est bien ; si c’est pour acquérir un savoir, c’est sympa… mais ça dépend dans quel sens on parle de curiosité… Il y a un sens moins noble, celui de farfouiller dans la vie des gens. »

Eloi reprend : « La curiosité, pour moi, c’est un moteur : je m’intéresse à tout ! J’aime ce qui est plein de potentialités et la curiosité m’est nécessaire pour ne pas sombrer dans la morosité. Moi, je ne cherche pas vingt ans sur un sujet ; je cherche à comprendre les grandes lignes, comment ça marche. Après, je n’ai plus de curiosité sur ce truc-là et je passe à autre chose…Vous êtes curieux, vous aussi ? »

-« Moi, dit Delphine, ma curiosité, elle est pratique : je cherche à connaître les intentions des gens, question de ne pas me faire avoir... Mais je n’ai jamais été prise en défaut d’être trop curieuse : je me suis toujours arrêtée au bon moment. »

-« Moi aussi, j’aime changer, j’aime découvrir, je suis curieuse, répond Candice. Je vois un intérêt dans les choses nouvelles, j’ai une curiosité à assouvir, ça m’apporte des émotions intenses ; et puis quand j’en ai fait le tour, très vite ça m’ennuie. Ce que j’aimais bien faire devient ennuyeux dès que ça tombe dans la routine. »

Muriel exprime les choses autrement : « La curiosité ? Moi, ce qui m’importe, c’est de connaître la vérité ; sur les questions importantes, je me suis fait une idée de la vérité. Mais, depuis quelque temps, j’essaye de regarder comment s’interprète la vérité ailleurs. Ainsi j’ai réalisé que ma vérité n’est que la mienne, parfois, c’est une remise en question et c’est douloureux. »

Florian est plus dubitatif : « Est-ce que j’ai de la curiosité ? Je ne sais pas… je ne suis pas sûr… à vrai dire je n’ai pas creusé le sujet… Je crois que je ne suis pas quelqu’un de très curieux. Je pourrais dire que ma curiosité est tardive : les questions me viennent trop tard, quand on est passé à autre chose ; alors, bon, je me tais. »

Ainsi, comme beaucoup d’autres traits, la curiosité présente à la fois des aspects positifs et négatifs, et chacun l’utilisera à sa manière. Elle peut être considérée comme positive lorsqu’elle nous aide à comprendre le monde. Mais en société, la curiosité peut parfois heurter la sensibilité ou les intérêts d’autrui et être ressentie comme gênante ou envahissante, de façon variable selon la sensibilité de l’interlocuteur et des codes sociaux.

Et vous, comment considérez-vous la curiosité ?

Renaud CHEREL



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lundi 2 juillet 2012

Pardon et exigence


Oriane et Maurice se disputent régulièrement, et leurs scènes sont parfois assez violentes : la dernière fois, Oriane a lancé des insanités à la tête de Maurice qui a réagi en giflant sa compagne. Cependant, très souvent, les choses se terminent un peu de la même façon : après qu’Oriane ait pris de la distance, Maurice revient tout penaud vers elle en lui disant qu’il regrette ce qu’il a fait et qu’il ne recommencera plus. Oriane lui reproche vivement son comportement puis, la plupart du temps, devant l’attitude contrite de Maurice, elle finit par lui répondre qu’elle lui pardonne et ils se réconcilient sur l’oreiller. Mais insensiblement la situation se dégrade et Oriane a l’impression que peu à peu ils entrent dans une spirale de violence dont ils n’arrivent plus à se dégager…

Tous les pédagogues le savent : le pardon doit se conjuguer avec l’exigence. Le pardon, tel que nous l’avons défini précédemment, n’a rien à voir avec le laisser-faire, le laxisme ou l’excès d’indulgence. Compris dans ce sens, non seulement le pardon a peu de valeur, mais il risque d’entraîner des conséquences négatives, il devient toxique  pour la relation.

Ainsi, une étude étalée sur quatre ans effectuée par un psychologue américain auprès de jeunes couples mariés montre que la façon d’exprimer le pardon influe sur leurs relations : les couples ayant déclaré être relativement indulgents maintenaient un niveau d’agressions stable (agressions psychologiques et physiques). Les couples moins indulgents, au contraire, connaissaient une baisse de ces mêmes agressions après plusieurs années de mariage. L’auteur, qui a aussi étudié le comportement de délinquants, interprète ces résultats de la façon suivante : le fait de trop facilement pardonner peut conduire l’autre à se sentir libre de récidiver ; inversement, la fermeté pousse l’autre à prendre davantage en considération les conséquences indésirables de ses actes.

Comme on l’a vu précédemment, le pardon n’est pas l’excuse ni l’oubli, il n’enlève pas la responsabilité de la faute commise. Si ces conditions ne sont pas respectées, les interlocuteurs risquent de glisser, comme Oriane et Maurice, dans la relation dite du « triangle dramatique ». C’est un scénario relationnel toxique décrit par le psychologue Karpman : les protagonistes vont se situer dans l’un des trois rôles symboliques de Victime, Persécuteur ou Sauveur. Quand une personne utilise l’un de ces rôles (par exemple la Victime), il y a de grandes chances qu’elle entraîne l’autre à jouer un rôle complémentaire (le Sauveur ou le Persécuteur). Ainsi, dans une altercation, Maurice peut être le Persécuteur et Oriane la Victime. Mais l’expérience montre que souvent, les interlocuteurs passent d’un rôle à l’autre selon les moments : du rôle de Victime, la personne peut par exemple passer à celui de Persécuteur. Quand Maurice vient s’excuser auprès d’Oriane, il peut entrer dans le rôle de Victime, tandis qu’Oriane peut facilement passer dans le rôle du Persécuteur… et ainsi de suite. Sortir de cette dynamique triangulaire n’est pas chose aisée.
Le triangle dramatique de Karpman
L’acte de pardonner n’est donc pas anodin : il doit garder son caractère exceptionnel et doit être utilisé avec discernement.

Renaud CHEREL



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