Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...

lundi 25 août 2014

Piratage moderne

Pirate des mers du sud

La mésaventure qui m’est arrivée la semaine dernière, à savoir le piratage de mon compte de messagerie professionnelle, m’inspire le sujet de cette lettre.

Dans notre enfance, un grand nombre d’entre nous se sont délectés des aventures de corsaires et de pirates qui écumaient les mers et nous faisaient frissonner de peur, tout en évoquant un monde exotique et fascinant : des îles tropicales, des trésors extraordinaires, des héros courageux ou téméraires, des poursuites haletantes, des faits de bravoure...

Dans la réalité des époques passées, et jusqu’à l’aube du XXe siècle, les choses étaient infiniment plus dures, et les voyageurs qui entreprenaient un périple en mer ou par voie de terre s’exposaient à d’innombrables dangers, dont celui d’être agressé et détroussé par des pirates.

Le piratage physique a beaucoup régressé et se trouve aujourd'hui réduit à quelques régions géographiques limitées dans le monde. Par contre, d’autres types de piratages se sont fortement développés, qui s’attaquent plus à des biens – matériels ou virtuels – qu’à des personnes. La Toile est évidemment un terrain de choix pour les arnaqueurs de tous poils, rivalisant d’imagination pour tirer profit des milliards d’échanges qui s’y produisent.

Ce qui me frappe dans ce piratage moderne, c’est d’abord la réduction des dimensions du monde : les pirates n’ont plus besoin d’être à mes côtés pour m’agresser, il peuvent le faire depuis n’importe quel point du globe. Mon compte a été piraté depuis un pays d’Afrique, et à ceux qui ont répondu au premier message, ils demandaient de verser une somme importante sur un compte en Grèce !

Conséquence de cette observation : le pourcentage de gens malfaisants n’est probablement pas plus élevé qu’avant – à mon avis il est même plus réduit – mais comme nous sommes potentiellement exposés à un plus grand nombre d’individus, les risques d’être soumis à une arnaque ou une action malveillante augmentent mécaniquement.

Autre conséquence : on apprend à travers l’expérience. La plupart de mes correspondants, en recevant un message un peu étrange de demande d’aide, ont immédiatement pensé à un piratage et ont mis le message à la corbeille. En effet, ils avaient déjà reçu ce genre de message à plusieurs reprises. Par contre, d’autres se sont posé la question de savoir s’il y avait du vrai dans cette demande, ce qui m’a valu de recevoir quelques dizaines de coups de téléphone de la part de personnes bienveillantes qui désiraient être rassurées sur ma destinée ! J’ai pu ainsi reprendre contact avec certains que j’avais un peu perdu de vue.

Et cela m’a amené à tirer une conclusion de cette mésaventure : contrairement à ce que pourrait faire croire ce piratage, il existe une réelle solidarité entre les personnes, et le souci de l’autre est bien réel ! Je tiens ici à remercier chaleureusement tous ceux qui m’ont demandé de mes nouvelles et très spontanément proposé de l’aide. Même si tout va bien, cela fait chaud au cœur de savoir que ceux qui vous entourent ne sont pas indifférents à votre sort !

Bravo à tous et merci !


Renaud CHEREL



mercredi 6 août 2014

Poème d'été : Généalogies


J’ignorais jusqu’à peu mes ancêtres lointains :
avant mes grands-parents, les faits et circonstances
de vie de leurs parents, toutes leurs existences
me restaient inconnus. Et puis un beau matin
je me suis dit : « Mon vieux, tu viens d’être grand-père
d’une petite-fille : à toi de lui transmettre
l’esprit de nos aïeux, qui t’ont permis de mettre
en place tes valeurs, et de précieux repères. »

Mes arrière-grands-parents, ceux qui les ont vu naître,
qu’ont-ils fait ? Qu’ont-ils vu ? De quels événements
ont-ils été témoins ? De quels emportements
ou de quelles passions n’ont-ils pu être maîtres ?
Comment ont-ils vécu, quels étaient leurs espoirs,
et quelles ambitions ont-ils bien pu nourrir ?
Ont-ils vu dans leur vie la chance leur sourire ?
Voilà quelques détails que je voulais savoir…

Alors j’ai commencé mes investigations :
un cousin m’a aidé à remonter le temps,
la généalogie familiale en notant
les noms, les lieux de vie, les liens, les professions
de ces individus qui m’avaient précédé
et qui m’avaient légué sans prendre mon avis
les spécificités que j’aurais pour la vie
au physique, au moral, et même mes idées.

Car nous autres humains, nous héritons en fait
d’un grand nombre d’avoirs multiples et divers :
en plus du génétique, c’est tout un univers
culturel et social, coutumes et recettes
qui a été transmis depuis la nuit des temps
des parents aux enfants par les générations
qui se sont succédé, en plus des donations
de leur biens matériels, ou de l'argent comptant.

Et là, nous récoltons, il faut bien se le dire
un paquet de non-dits, de deuils et de dénis
de rancœurs et de drames, d’histoires indéfinies
tout ce que nos parents voulaient ensevelir
pour mieux nous protéger. Des secrets de famille,
des traumatisme anciens, voire plus que centenaires
continuent de hanter les têtes et font l’affaire
des parents, des enfants, des fils comme des filles.

Aussi mon ambition en faisant ce travail,
n’est pas que de répondre à ma curiosité
en fouillant çà et là dans cette humanité,
exhumant du passé quelque belle trouvaille ;
c'est aussi, quelque part, désembrouiller les fibres
ou inverser le cours de certaines tendances
qui ont pu s'imposer dedans la descendance
de quelqu'aïeul ancien... pour devenir plus libre !




Renaud CHEREL


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    Transmettre son expérience

Bibliographie :
J'ai apprécié la lecture de quelques ouvrages qui m'ont aidé à trouver du sens dans les faits tirés ou reçus de la vie de mes ancêtres, en particulier :


Anne Ancelin SCHÜTZENBERGER : Aïe, mes aïeux ! Desclées de Brouwer , coll. la méridienne, Paris 2003, 1e édition 1993, 257 pages.

Psychothérapeute, directeur du laboratoire de Psychologie Clinique à Nice pendant une vingtaine d'années, Anne Ancelin SCHÜTZENBERGER est à l'origine de la psychogénéalogie avec les notions de liens transgénérationnels ou de syndrôme d'anniversaire. Elle montre à travers quantité d'exemples dans cet ouvrage  comment nous sommes profondément influencés, souvent à notre insu, par les générations qui nous ont précédé. 
Cependant, elle montre aussi que nous avons la possibilité de reconquérir notre liberté d'action en prenant conscience de ces liens tissés dans notre famille. 
Cet ouvrage a connu un extraordinaire succès et dépasse actuellement les 350000 exemplaires vendus. 

Anne Ancelin SCHÜTZENBERGER : Exercices pratiques de psychogénéalogie, Petite bibliothèque Payot, Paris 2014, 1e édition 2011, 110 pages.

Si vous désirez travailler sur votre propre arbre généalogique pour découvrir d'éventuels secrets de famille ou simplement prendre conscience de ce que vos ancêtres vous ont légué, ce petit opuscule peut vous aider. L'auteur y résume les cinq notions essentielles à connaître et les pièges à éviter pour construire son génosociogramme.



Isabelle NAIL : Se connaître par la psycho-généalogie - Les racines de l'être, éd. Dervy, coll. Chemins de l'harmonie, 2014 Paris, 282 pages.

Cette psychologue praticienne reprend les notions de psychogénéalogie en partant de sa propre expérience de travail sur son arbre généalogique personnel, les découvertes que cela lui a permis de faire et le chemin personnel qu'elle a pu accomplir grâce à cette technique. Elle relie aussi l'histoire de ses ancêtres à la "grande" histoire, en montrant comment l'environnement socio-culturel a façonné les comportements de nos ancêtres et par conséquent les nôtres. 


lundi 28 juillet 2014

Poème d'été : La magie des mots


Jouer avec les mots, c’est ce qui m’intéresse ;
les tordre en tous les sens, en changer la séquence
en exprimer le jus, découvrir d’autre sens
que le premier venu… Car chaque mot adresse
de par sa construction – ou bien par sa graphie –
à celui qui l’entend, qui y prête attention
la multiplicité des significations
issues de son histoire et sa géographie.

Qu’il provienne du grec antique ou du latin,
d’un quelconque patois, ou de l’arabe encor
chaque mot nous raconte, inscrite dans son corps
une étonnante histoire, que les bénédictins,
les copistes anonymes et tous leurs successeurs
ont à travers les âges réussi à transmettre
jusqu’à nous aujourd'hui. À nous de faire naître
l’envie de proroger ce travail de passeurs !

Donc, travailler les mots et leurs sonorités,
en explorer le sens et l’étymologie
pour les recombiner, c’est pour moi vraie magie.
Le langage dévoile en exclusivité
des rivages infinis à ceux qui, amoureux
des vocables et des sons, se laissent emmener
par leur inspiration et, tout illuminés
par ces nouvelles voies, s’en trouvent fort heureux !

Le charme vient aussi du rythme de la phrase :
tantôt rapide et dru, tantôt dans la lenteur,
au gré des émotions, des idées, des ardeurs
de l’auteur, écrivain et parfois kamikaze,
qui ose se lancer dans des opérations
dont il ne sait l’issue. Car c’est une aventure
que celle dont il vit, celle de l’écriture
qui lui procure tant de vives émotions !

Alors, ayant pris goût à cette construction,
fragile pont jeté du sentiment au verbe,
pour moi qui ne suis qu’un petit poète en herbe,
j’ai très vite perçu combien la séduction
qu’offrait à mon esprit l’écriture en poèmes
me permettait d’ouvrir des horizons nouveaux
et de donner ainsi à mon bouillant cerveau
la possibilité de partir en bohème ! 




Renaud CHEREL


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    Exprimer et libérer sa créativité
    Vive l'écriture!

lundi 21 juillet 2014

Poème d'été : Naissance d'un jour nouveau


Levé tôt ce matin, j’ai gagné la terrasse
pour contempler le ciel encore tout habillé
de son manteau de nuit, avec, éparpillés
des diamants étoilés qui lui conféraient grâce.
Comme s’il se dénudait, de sa chair dévoilant
les rondeurs cristallines, un éclat rosé pointe
vers l’horizon à l’est : l'originale empreinte
de l’aube qui paraît dans son premier élan.

Le jour, sur le coteau, se lève doucement :
enveloppé de brumes, il est dans l’ombre encor ;
couronné de beaux chênes, on dirait le grand corps
d’un énorme animal assoupi faussement
et dont à tout moment on attend le réveil.
Au creux de son giron, des maisons sont blotties ;
je les distingue mal : seraient-ce ses petits
serrés pour la tétée, qui sortent du sommeil ?

Dans le rose naissant du ciel qui s’éclaircit
un troupeau de nuées aux tons bleu-violacé
comme au pré, lentement, prend le temps de passer.
Juste au-dessus de moi, des nuages bas aussi
très paresseusement circulent dans l’azur,
semblable à des vaisseaux chargés de lourds trésors
qui s’en iraient au loin, tout là-bas vers le nord
dans l’océan du ciel, testant sa démesure.

Mais qu’entend-on au loin, quel sont ces gazouillis ?
Voici que brusquement le silence est troué
par le chant des oiseaux célébrant l’arrivée
du bel astre du jour. Car voici que jaillit
comme sous la pression d’un volcan gigantesque
trouant les cumulus, une lave en fusion
qui envahit le ciel de sa brusque intrusion
et colore leurs bords en fines arabesques
.

Ornés de festons d’or, les nuages scintillent
sur le fond bleu du ciel ; c’est alors que surgit,
magnifique, éclatant, tout rempli d’énergie
l’aveuglant dieu soleil dont les rayons qui brillent
inondent tout le ciel. Son orbe safrané
majestueusement émerge à l’horizon
avant de s’élancer, tel un bel étalon
dans sa course diurne : un jour nouveau est né.



Renaud CHEREL


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    Aube

lundi 14 juillet 2014

La fuite est-elle une solution ?


Dans le message précédent, j’ai évoqué l’idée de pouvoir choisir, selon les circonstances, de combattre, de fuir ou de ne rien faire. Prenons l’exemple de la fuite, le fait de s’éloigner en toute hâte pour échapper à quelque chose ou quelqu’un de menaçant, ou de chercher à éviter un risque.

Il arrive à certaines personnes de se retrouver coincées dans un comportement de fuite perpétuelle, laquelle devient leur façon normale de fonctionner. Elles fuient les confrontations, fuient leurs responsabilités, fuient tout ce qu’elles ressentent comme une menace pour leur bien-être et finalement leur existence.

Mais de fuite en fuite, elles risquent d’en arriver à réduire drastiquement leur champ d’activité à quelques nécessités de survie, ou bien de se réfugier dans l’alcool, la drogue ou d’autres conduites addictives pour échapper à la réalité de tous les jours. Ce n’est sans doute pas la meilleure façon de vivre sa vie : même dans des situations compliquées ou dramatiques, il existe probablement d’autres façon de faire face aux événements.

Dans bien des situations, la fuite n’est donc pas la meilleure solution. On peut d’ailleurs conjuguer la fuite de nombreuses manières : se noyer dans l’alcool, abandonner un projet, fuguer, s’adonner aux jeux vidéos de façon excessive, quitter une personne avec qui on était en relation, arrêter une activité, partir et quitter les lieux, s’exiler, donner sa démission... Cependant, fuite n’est pas forcément synonyme de lâcheté, mais parfois au contraire un moyen de survie efficace. Est-ce de la lâcheté que de vouloir changer d’études alors qu’on réalise avoir fait fausse route ? De changer de travail pour évoluer professionnellement, alors qu’on se sentait bloqué dans un poste ? De s’exiler d’un pays où les conditions de vie sont devenues insupportables ou dangereuses pour soi et sa famille ?

La fuite peut être une façon de sortir de l’échec. Par exemple, on peut chercher à s’échapper vers le haut, via l’ascension sociale. On peut profiter d’un départ pour construire une nouvelle vie. Dans une relation toxique, lorsqu’on a épuisé toutes les ressources du dialogue, qu’on n’a plus envie de parler, de se battre, de concilier, il arrive que la fuite s’avère la meilleure solution.

C’est le cas du harcèlement moral, que ce soit dans le lieu de travail ou dans le couple. Le pervers qui fait usage du harcèlement engage une guerre psychologique contre une victime qui a peu de chances de s’en tirer. En effet, il choisit le plus souvent ses victimes parmi des personnes honnêtes et sincères, qui cherchent vraiment à consoler et à réparer, mais aussi naïves, sans trop d’esprit critique, voire fragiles. Ainsi, il peut les amener plus facilement et plus rapidement à subir une relation de dépendance. Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychanalyste, qui travaille depuis de nombreuses années sur le problème du harcèlement, explique bien ce fonctionnement. Pour les victimes de ces pervers, la fuite peut être la seule solution.

Tout est donc affaire de discernement : dans certaines situations, la fuite peut constituer un acte positif, même si elle porte souvent avec elle un parfum d’échec ou de culpabilité.


Renaud CHEREL


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    Faire preuve de courage

lundi 7 juillet 2014

Combattre, fuir ou ne rien faire ?

Lizzie est une battante ; pleine d’une énergie vitale, elle adore les challenges et, face à un obstacle, elle lutte comme une lionne et ses colères sont redoutables. Souvent flamboyante, elle aime bien affirmer qu’elle arrive toujours à obtenir ce qu’elle veut – et c’est en général le cas.

De son côté, Flore n’est pas très mondaine ; elle déteste papoter de tout et de rien et préfère consacrer son temps à des choses plus importantes. Elle utilise une stratégie bien rôdée pour éviter les situations ennuyeuse : elle déserte la place, elle s’éclipse, ou tout simplement elle évite de répondre à certaines invitations.

Ivan, quant à lui, est un calme ; il s’entend plutôt bien avec tout le monde et n’aime pas faire des vagues. S’il sent qu’un conflit risque de survenir, il fait en sorte de ne pas se faire remarquer. Mais dans une discussion, ses collègues ont du mal à savoir quelle est son opinion.

Depuis Henri Laborit, on sait que, face à un danger, nous réagissons instinctivement selon trois modes possibles : le combat, la fuite ou l’immobilité. Ces comportements instinctifs sont hérités de nos premiers ancêtres : ils leur permettaient de faire face à la plupart des situations dans lesquelles leur vie était mise en péril. Dans notre société, les risques physiques sont probablement moindres, mais les occasions de stress se sont multipliées et nous avons conservé la même palette de comportements : le combat se manifeste par l’agressivité, la fuite par l’évitement, et l’immobilité par le fait de ne rien faire, de rester sans réagir face à la situation.

Aujourd'hui, dans notre culture, il semble que l’attitude combative soit davantage valorisée. À l’inverse, la fuite est en général critiquée, car elle est souvent prise comme une manifestation de lâcheté.

Pourtant, chacune de ces trois attitudes, n’est ni bonne ni mauvaise en soi : elle est simplement mieux adaptée à certaines situations et pas à d’autres. L’ennui, c’est que la plupart d’entre nous avons privilégié l’une de ces trois stratégies, et que nous l’utilisons chaque fois que nous nous sentons en danger ou stressés. Comme Lizzie, nous fonçons dans le tas avant même d’avoir complètement évalué la situation ; ou bien, comme Ivan, nous sommes paralysés et incapables de prendre parti ; ou bien encore, comme Flore, nous fuyons. Plutôt que d’éliminer l’une ou l’autre attitude, cherchons à utiliser celle qui nous paraît la plus appropriée aux circonstances :

À la réflexion, il existe vraiment des cas où il est préférable de fuir, de quitter les lieux, des défis où il nous faut nous battre, lutter pour défendre des droits ou des valeurs, et des situations complexes où il vaut mieux ne pas intervenir. Mais encore faut-il pour cela s’être exercé à pratiquer chacune de ces stratégies : sans quoi l’on risque, par la force de l’habitude, de toujours choisir la même, et celle-ci ne sera pas forcément la solution optimale à notre problème. 
Qu’en pensez-vous ?

Renaud CHEREL


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    Colère
    Peurs


lundi 30 juin 2014

Usages de la négation

La notion de négation est une opération complexe de l’esprit qui suppose d’abord une affirmation de la chose que l’on veut nier. La négation n’existe pas chez les animaux, et cela les oblige souvent à montrer l’opposé de ce qu’ils veulent dire. Gregory Bateson cite l’exemple suivant : deux chiens, s’approchant l’un de l’autre, échangent le message : "Nous n’allons pas nous battre." Mais comment s’y prennent-ils ? Pour mentionner le combat sans combattre, ils choisissent de montrer les crocs. Il leur faut ensuite découvrir que mentionner le combat de cette façon n’était en fait qu’une démarche exploratrice.

Chez les humains, le cortex préfrontal, rationnel, a intégré la négation ; mais celle-ci n’existe pas pour l’inconscient, qui s’exprime par images (visuelles ou émanant des autres sens : sonores, tactiles, etc.) Pour en faire l’expérience concrète, je vous demande de ne pas penser à une banane rouge : que se passe-t-il dans votre esprit ?

Le fait que l’inconscient ne comprenne pas la négation a des conséquences très importantes sur la confiance en soi et sur la communication avec les autres.

- Pour la confiance en soi et le développement personnel, l’expérience montre que les résolutions négatives, du genre « je ne dois pas arriver en retard », « je ne vais pas continuer à fumer » ou « je ne suis pas plus bête qu’un autre » n’ont aucun effet. Pour espérer obtenir des résultats, il est impératif de toujours formuler vos résolutions de manière positive ! Émile Coué avait bien compris ce principe quand il avait énoncé sa célèbre méthode.

Dans quelque domaine que ce soit, focalisez-vous sur ce que vous voulez, et non sur ce que vous ne voulez pas. Puisque la négation nécessite d’abord une affirmation, votre attention va nécessairement se porter sur ce que vous cherchez à éviter, qui va donc prendre encore davantage d’importance. C’est un peu comme lorsqu’on apprend à conduire ou à faire du vélo : en se centrant sur la chaussée où il désire passer, le débutant réussit mieux que s'il regarde le mur ou le trottoir qu'il cherche à éviter mais qu'il risque alors de percuter... Personnellement, j'en ai fait l'expérience la première fois que j'ai conduit sur l'autoroute italienne entre le Mont-Blanc et Turin : les Italiens roulent vite et les voies sont plus étroites qu'en France ; dans les tunnels, je regardais loin devant pour bien maintenir mon cap ! Apprendre à se focaliser sur ce que l’on veut plutôt que sur ce que l’on cherche à éviter demande un certain travail. Essayez !

- Pour la communication avec les autres, il se passe exactement la même chose : la négation focalise l’attention sur ce qui est nié. Les parents doivent donc la manier avec doigté. Rappelons que, bien évidemment, les interdits et les limites sont indispensables à la construction de l’enfant. Un enfant sans limites n’est pas libre car il est l’otage de ses pulsions, ni heureux car il vit dans l’angoisse. Ceci étant posé, dans la plupart des circonstances, une approche positive plutôt que négative permettra à l’enfant de se développer et de s’épanouir. « Tu n’as pas le droit de sauter sur le canapé » peut être assorti de « je vois que tu as besoin de sauter, viens, on va à un endroit qui le permet ». De même, dans notre communication avec autrui, favorisons l’expression positive.

Renaud CHEREL


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