Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...
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mardi 12 mai 2015

Faut-il vouloir tout contrôler ?

Philippine reçoit à dîner sa responsable hiérarchique. Elle a décidé de lui cuisiner une nouvelle recette découverte chez des amis ; pour être sûre de son résultat, elle l’a essayée une première fois en famille la semaine précédente. Non seulement elle a pu contrôler les étapes de la confection de son plat, mais les avis de son mari et de ses enfants lui ont permis d’améliorer quelques détails.

Sylvestre travaille comme cadre dans l’édition. C’est un perfectionniste qui cherche toujours à tout contrôler. Très exigeant au travail, il veut que les résultats soient parfaits et ne compte pas ses heures. Ses collaborateurs le redoutent car il est sans cesse sur leur dos et possède un œil de lynx pour déceler le moindre petit manquement ou défaut.

Natacha, mère de trois enfants, cherche à contrôler les différents aspects de sa vie privée : « le contrôle, c’est la sécurité », affirme-t-elle. Elle surveille tout, planifie, anticipe dans tous les domaines, pour réduire au maximum les mauvaises surprises. Elle avoue ressentir une angoisse que les choses lui échappent. « La spontanéité m’a joué de mauvais tours par le passé, alors je fais passer la raison avant l’émotion et la passion. »

Les contrôles sont nécessaires dans certains contextes...
Lorsque nous décidons de mener à bien un projet ou une activité de manière efficiente, il est souvent utile d’exercer un certain contrôle – dans le sens de vérification – sur les différentes étapes, de manière à nous assurer d’obtenir le résultat escompté. De plus, si nous intervenons dans un domaine nouveau, ou si l’activité comporte de nombreuses interactions avec l’extérieur, le contrôle va nous permettre d’améliorer rapidement nos façons de faire. Notons cependant que toute activité ne répond pas forcément à des critères d’efficacité et de performance : certaines d’entre elles sont gratuites ou ne relèvent pas d’une logique rationnelle. Le contrôle n’est donc pas indispensable partout et en toute circonstance.
... mais jusqu'à quel niveau ?
Le contrôle peut être un mécanisme de défense : tourné vers l’extérieur, c’est une tentative de gérer ou de diriger de manière exagérée les événements et les objets de l’environnement, afin de minimiser l’anxiété et résoudre les conflits internes. Le contrôle peut aussi se tourner vers le monde intérieur, en cherchant à maîtriser ses émotions, sa vie affective ou sa spontanéité, au risque de s’épuiser littéralement.

La société très individualiste dans laquelle nous vivons aujourd'hui nous pousse vers une recherche de contrôle toujours plus pressante. Jadis, notre trajectoire était quasiment déterminée dès la naissance. Aujourd'hui, c’est à nous de conduire notre vie ; nous nous sentons responsables et gestionnaires de notre santé et notre bonheur, avec la liberté de choisir nos rencontres, nos activités, notre façon de vivre. Mais cela génère des tensions : la performance et l’efficacité sont très valorisés, alors que notre environnement paraît toujours plus imprévisible. La notion de permanence n’existe plus : l’entreprise où nous travaillons peut être rachetée ou faire faillite sans prévenir, nous changerons probablement plusieurs fois de lieu de résidence dans notre vie et nos relations affectives peuvent être remises en cause.

Alors, comment allier contrôle et lâcher-prise ? Nous le verrons semaine prochaine.


Renaud CHEREL


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    Acquérir la maîtrise
    Faut il chercher la perfection?
    Allier contrôle et lâcher-prise

lundi 6 avril 2015

Autocritique et perfectionnisme

Des amis se retrouvent sur une façon de fonctionner assez voisine.

Hedwige : « Moi, j’ai fortement tendance à m’autocritiquer : j’ai en permanence un tribunal dans ma tête, comme une petite salle d’audience à l’intérieur de moi-même où se passent des jugements ; et la plupart du temps, ces jugements sont négatifs. »

Gabin : « Pour moi, c’est le souci de perfection permanent. J’ai toujours cru que tout le monde avait envie d’être parfait… Et je me suis rendu compte que non, ce n’est pas du tout évident, on n’est pas parfait. Je suis toujours dans l’autocritique, le doute, la colère. »

Émilienne : « Je suis comme toi, j’ai une attention très forte aux petits détails : que tout soit rangé à la maison ; l’exigence sur les résultats scolaires de mes enfants (j’étais institutrice avant…) Je suis dans la peur de l’échec et l’autocritique en permanence : j’aurais pu mieux faire… j’aurais dû mieux faire… »

Désiré : « J’ai en moi une jauge permanente, une évaluation incessante de toute situation, de toute action à prendre. Au travail, ça n’est remis que si j’estime que c’est parfait. Si quelqu’un fait une critique sur ce travail, pour moi c’est une critique personnelle. Mais je ne le montre pas ; je le garde à l’intérieur, car ça ne se fait pas. »

Avoir un regard critique sur soi, c’est une bonne chose, à condition que cette autocritique ne dépasse pas un certain seuil que je qualifierai de destructif. Être critique par rapport à soi-même, c’est être capable de discerner et de reconnaître ses propres limites. Cela s’inscrit dans la reconnaissance de la finitude humaine en général, et de la sienne propre en particulier. L’autocritique qui me permet de reconnaître mes erreurs tout en conservant l’idée que je demeure perfectible est une démarche constructive : elle me permet de discerner et de mettre en œuvre, seul ou avec l’aide de tiers, des améliorations possibles dans mes attitudes et comportements. Par contre, en dépassant ces limites, en me dévalorisant sans cesse, je risque de tomber dans un excès nocif, à la fois pour moi-même et pour les autres.

L’autocritique constante est souvent liée au perfectionnisme, ce souci d’être parfait dans tous les domaines et en toutes circonstances. Ce type de fonctionnement génère souvent anxiété et frustration, aussi bien au travail que dans la vie personnelle et sociale, ainsi qu’une colère souvent contenue mais parfois explosive. Perfectionniste, j’ai l’impression de ne jamais en faire assez, de toujours pouvoir et devoir faire mieux, et je développe un sentiment diffus de culpabilité. Il m’arrive de me sentir coupable pour avoir négligé des détails que les autres ne perçoivent même pas ; d’ailleurs, dans la plupart des cas, ils ne comprendraient pas, même si je leur montrais. Car ce juge impitoyable est à l’intérieur de moi-même.


Accepter de ne pas être parfait, faire du mieux possible et prendre avec simplicité – voire avec humour – les erreurs ou les imperfections résiduelles, c’est une façon de vivre plus harmonieusement ce que j’ai à vivre.


Renaud CHEREL


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    Sortir d'une autocritique malsaine 
    Faut-il chercher la perfection?

lundi 8 septembre 2014

Équilibre entre idéal et réalité

Trouver le juste équilibre
Sans idéal, pas de passion, pas de charisme ni d’enthousiasme ; la vie alors risque de nous paraître terne, monotone, dénuée d’intérêt. Pire, nous risquons de nous concentrer sur ce qui ne va pas, sur la violence et la méchanceté des hommes, sur la cruauté de la nature ou son indifférence, et sombrer dans le désespoir. Il est donc parfaitement normal d’idéaliser certaines personnes, ou des lieux de notre enfance, ou d’autres choses encore. À l’inverse, comme nous l’avons vu semaine dernière, l’idéalisation trop forte d’un être, d’un objet, d’une idée peut nous exposer à terme à la déception, la frustration, voire nous entraîner dans la dépression, quand nous réalisons que cela n’était pas à la hauteur de nos attentes.

Comment alors garder un sain équilibre entre ces deux tendances, sans tomber dans un excès ni dans l’autre ? La psychanalyste Moussa Nabati propose de distinguer l’idéalisation saine, motivée par le désir, de l’idéalisation pathologique, motivée par le besoin vital. Il y a problème dès lors que j’idéalise excessivement un objet unique, et que mon univers tourne exclusivement autour de lui : en son absence, tout s’écroule, rien ne va plus, ma vie n’a plus de sens. 

Reprenons deux exemples de la semaine dernière :
Émilie investit complètement dans la relation amoureuse. Elle explique : « Je suis toujours en train d’essayer d’atteindre la relation parfaite, le partenaire idéal : cela me permettra de retrouver l’état originel de plénitude que j’ai l’impression d’avoir perdu. Le problème, c’est que je n’atteins jamais l’image idéale que j’ai en moi, ce qui me pousse à aller voir ailleurs, à chercher sans jamais trouver. J’en suis consciente, mais je ne peux pas m’en empêcher, je fonctionne comme ça… »

Les attentes d’Émilie sont tellement élevées que personne ne peut y correspondre : elle sera toujours déçue. Une façon pour Émilie de gérer la situation sera de porter davantage son attention sur la qualité de la relation, de chérir son couple, ce qui lui permettra de passer outre les imperfections inéluctables de son partenaire.

De son côté, Frédéric mise tout sur sa réussite professionnelle. Mais à lui seul, le travail ne pourra suffire à son bonheur : tôt ou tard, il risque de rencontrer des déceptions ou des revers, des collègues jaloux ou des supérieurs incompétents, ou un licenciement suite à des difficultés de l’entreprise... Et s’il a négligé les autres domaines de sa vie, il n’aura plus aucune ressource extérieure sur laquelle prendre appui. 

Peut-être Frédéric peut-il faire le point pour discerner si ce travail correspond vraiment à ce qu’il veut, ou bien s’il réalise à travers son métier le rêve d’autres personnes, comme ses parents ? Il cherchera aussi à définir ce qu’il recherche à travers son activité : reconnaissance, sécurité financière, pouvoir ? Il pourra alors légitimer cet élément : « Quelle est la valeur que je sers en poursuivant ce but ? Est-ce vraiment cela qui est important pour moi ? » Puis il placera cette valeur sur un horizon vers lequel tendre.


Renaud CHEREL


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    Idéalisation et dépréciation, mecanisme de défense

lundi 4 février 2013

Faut-il chercher la perfection ?


"L'homme de Vitruve" de Léonard de Vinci : l'homme parfait?
Philémon est épuisé : au bureau, il cherche constamment à ne jamais décevoir et à être irréprochable en exerçant une vigilance de tous les instants. Cela lui demande des efforts extrêmes mais, malgré cela, il ne parvient pas à se prémunir contre tous les imprévus. Quand il doit faire face à une situation non préparée, c’est la panique.

Selma est artiste peintre ; elle a toujours eu le souci méticuleux du détail, et a l’habitude de travailler à son chevalet jusqu’à ce que l’exécution sur le tableau corresponde exactement à l’image qu’elle avait en tête. Elle retire de sa ténacité et de ses efforts soutenus une réelle sensation de plaisir, d’autant plus que ses œuvres sont appréciées du public.

Zita, par peur des critiques, cherche à être parfaite maîtresse de maison, elle passe des heures à astiquer les moindres recoins de son intérieur : « Mon appartement doit être impeccable… Si quelqu’un venait à l’improviste, je ne supporterais pas qu’il puisse voir du désordre ou de la poussière. » Zita est préoccupée par le jugement que l’on pourrait ainsi porter sur elle.

Au travail, Valentin ne peut pas s’empêcher de consacrer du temps et de l’énergie aux petits détails sans importance, au lieu de s’atteler aux points essentiels du projet en cours dans son service. Ses collègues lui reprochent d’avancer trop lentement ; il en retire une opinion négative de lui-même et se sent minable.

Osmonde est un bourreau de travail incapable de se détendre. Très efficace, elle suit ses dossiers heure par heure et ne peut s’empêcher de consulter ses mails professionnels jusque sur la plage. Mais à la moindre erreur ou au simple lapsus, elle se fait intérieurement des reproches acerbes pendant des journées entières.

Faut-il être parfait ? Doit-on chercher la perfection ?

Nous vivons dans une société qui nous pousse à faire toujours mieux, à être toujours plus performants, non seulement dans la sphère professionnelle, mais dans tous les domaines de la vie. Le désir de s’améliorer est certainement très positif ; mais lorsqu’il se transforme en volonté acharnée de perfection, il peut provoquer des dégâts, à notre détriment et à celui de notre entourage.

D’un côté, le souci de perfection peut nous fournir une grande énergie motrice : il nous pousse à mener à bien nos projets et nous fournit la motivation nécessaire pour persévérer face au découragement et aux obstacles qui ne manquent pas de se dresser sur la route. Avec le risque de déborder sur d’autres domaines de la vie.

De l’autre, le perfectionnisme devient toxique quand on s’efforce compulsivement et sans trêve d’atteindre des buts irréalistes et que, face à l’échec, on n’en retire qu’amertume et auto-jugement négatif. Il peut mener à la procrastination quand il sert à reporter les tâches à plus tard : « Je ne peux pas démarrer ce projet tant que je ne maîtriserai pas parfaitement la procédure ». Au final, il peut se traduire par une faible productivité.

Il s’agit donc de trouver le bon dosage entre les deux, en acceptant de ne pas être parfaits !


Renaud Cherel



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