Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...

lundi 5 janvier 2015

Faut-il avoir de l'expérience ?

Discussion entre collègues à la pause café.

« C’est très contradictoire, remarque Anne : d’un côté les entreprises ne veulent pas embaucher des jeunes sous prétexte qu’ils n’ont pas d’expérience, et de l’autres elles licencient des seniors qui ont cette expérience, car elles jugent qu’ils ne peuvent plus s’adapter aux changements.

- Oui, les choses évoluent, répond Bruno. Du temps de mes grands parents, on restait toute sa vie dans le même emploi, et l’expérience était valorisée ; les anciens apprenaient aux jeunes les ficelles du métier. Mais aujourd'hui, la créativité et l’innovation sont prioritaires, et avoir trop d’ancienneté dans une même activité peut être considéré comme un handicap.

- C’est vrai pour la concurrence entre entreprises, ajoute Gabriel : quand on est passé de la photo argentique au numérique, certaines de celles qui avaient le plus d’expérience, comme Kodak, ont finalement déposé le bilan, devancées par d’autres, complètement nouvelles sur le marché de la photo, mais plus innovantes, comme Sony.

- Cette tendance n’est pas limitée à la vie professionnelle, constate Édith. Avant, l’expérience de la vie était censée apporter une certaine sagesse qui était valorisée dans la société. Aujourd’hui, au contraire, la jeunesse est valorisée, on cherche à rester jeune et le fait d’avancer en âge est considéré comme une déchéance. »

Qu’est-ce que l’expérience ? C’est une connaissance de la vie acquise par des situations vécues, et dont on a tiré des enseignements. Il ressort de cette définition que l’expérience s’acquiert en deux temps : dans un premier temps, réceptif, je reçois des informations de la réalité, je vis une situation dont certains éléments (ou la totalité) sont nouveaux ou inconnus pour moi. Puis vient un second temps, plus actif, pendant lequel j’analyse ce que j’ai vécu pour en tirer des leçons ou adapter mes comportements à l’avenir dans des situations semblables. Ces deux démarches ne sont pas forcément conscientes et verbalisées : l’enfant qui se brûle en approchant sa main du feu en tire une expérience, sans pour autant avoir fait un raisonnement explicite.

« La sagesse est fille de l’expérience. » disait Léonard de Vinci.

Autoportrait de Léonard de Vinci

Ainsi définie, l'expérience est irremplaçable : personne ne peut faire mon expérience à ma place. Mon expérience personnelle est le fruit de la confrontation entre d'une part ce que je suis, avec ma personnalité, mon histoire, mon environnement propre, et d'autre part les événements qui me touchent.

Le problème, dans une société qui évolue sans cesse et très rapidement, c’est que les stratégies mises en place et consolidées pour faire face à un certain type d’environnement se trouvent vite obsolètes quand l’environnement est modifié. Par conséquent, ce sont les individus ou les groupes les plus souples et les plus adaptables qui s’en sortiront le mieux.

Mais la capacité à s’adapter est elle-même, au moins en partie, le fruit de l’expérience ; même si certains individus sont plus adaptables que d’autres, cette capacité n’est pas totalement innée. Et si personne ne peut transférer vraiment sa propre expérience à autrui, on peut cependant transmettre des outils : nous le verrons dans le prochain article.


Renaud CHEREL


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