Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...
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mardi 8 novembre 2016

Excès ou modération?


-« Je fais tout à l’excès, affirme Charlotte, je fonce tout de suite. La nourriture, j’arrive pas à m’arrêter. Excès dans mes paroles, après j’ai des regrets : ça va vite, je le sors, et puis je me dis : "Merde !" mais c’est déjà parti…

- Pour moi, je réagis à tout au quart de tour, rétorque Abel. Je suis le dernier de six enfants : pour exister, il fallait faire du bruit. Aujourd'hui, je prends ma place avec violence là où je vis et dans mon travail. Ça ne me facilite pas toujours la vie, parce que dans mes excès il n’y a pas de mesure, évidemment. J’aime la vitesse : je compense en faisant de la moto à 250 km/h, c’est jouissif.

- Euh… Ce n’est pas exactement mon comportement, glisse Edgar. Je suis assez prudent et j’ai plutôt tendance à examiner la situation avant de me lancer dans quelque chose. Comme le dit le proverbe, je préfère tourner sept fois ma langue dans ma bouche avant de parler. Du coup, je laisse parfois passer les occasions sans les saisir…

- Pour moi, l’excès est du côté émotionnel, explique Églantine ; mes émotions sont intenses, je passe par des hauts et des bas sans arrêt. Par exemple tombe facilement amoureuse, mais très vite il y a des grains de sable, les défauts de l’autre deviennent insupportables et la relation ne dure pas très longtemps. Après la rupture, je regrette et je me reproche la façon dont je m’y suis prise. »

« L’excès nuit en tout », affirme un dicton. Mais, du point de vue personnel, les choses ne sont pas aussi simples, car certaines personnalités ont plus que d’autres une propension à faire des excès. Ces personnes ont en général un formidable appétit de vivre et veulent ressentir tout à fond, sans demi-mesure. En général, ce sont des personnes directes, qui disent ce qu’elles pensent sans ambages ; les hésitants les ennuient et elles ne supportent pas ceux qui « tournent autour du pot ». Elles ont du mal à mesurer les « dégâts collatéraux » de leurs dires ou de leurs actes, et pour cette raison font souvent peur à leur entourage. Ayant tendance à faire des excès, ces individus – mais pas seulement ceux-là – peuvent tomber dans des comportements d’addiction et de dépendance : drogue, jeux, sexe, alcool, tabac…

Églantine, elle, présente un autre type de personnalité excessive, caractérisée par une instabilité affective. Celle-ci est liée à un profond sentiment d’abandon contre lequel elle lutte en idéalisant son partenaire. Mais celui-ci n’étant pas parfait, il ne tarde pas à se montrer inférieur à l’image projetée sur lui, d’où la rupture. Églantine, qui n’est pas bête, se rend bien compte de ce qui se passe, mais elle vit son comportement comme irrépressible.

Peut-on supprimer ses excès ? Sauf accident, on ne peut pas changer le fond de sa personnalité ; par contre, on peut en modifier l’expression ; d’ailleurs, l’expérience aidant, beaucoup de gens se modèrent avec l’âge. Nous examinerons quelques moyens dans le prochain message.



Renaud CHEREL



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    Frugalité
    Les conflits: comment les gérer?
    Écorce des arbres, écorce des hommes


lundi 24 novembre 2014

Cultivez la douceur avec fermeté

L’alliance de la douceur et de la fermeté confère une grande force à ceux qui savent la pratiquer. Ne sommes-nous pas attirés par les personnes qui exercent leur force avec douceur et dont la présence dégage une impression de sécurité ? Au contraire, face à une personne dure, la relation est plus difficile : certains ont tendance à se rebeller, d’autres se sentent insécurisés et cherchent à fuir, d’autres encore ne disent mot et se soumettent à contrecœur. Mais dans le domaine professionnel, tout nous incite à penser que la douceur n’est pas de mise : dans un univers de concurrence et de performance, ce sont les durs, les mordants, les requins qui sont gagnants ; les doux n’y ont pas de place.

La douceur, ça se cultive...
Pourtant, on peut être doux et fort à la fois ; la plus grande force n’est pas celle qui s’exprime dans l’explosion de la violence. Les adolescents le savent bien, qui poussent leurs parents à leurs limites : quand la colère explose, on sent bien qu’on s’est laissé déborder et qu’au fond c’était un signe de faiblesse. De par sa nature, la douceur refuse la violence ; utilisée avec discernement, elle éloigne les menaces et les offenses envers soi-même et envers les autres. Inversement, la douceur n’est pas mollesse, qui n’offre aucune résistance à la pression et se laisse écraser. La mollesse conduit au laxisme, lequel laisse tout faire sans s’y opposer et renonce à l’exigence, par confort ou parfois par principe.

Ainsi, la douceur n’exclut pas l’exigence, et on peut être doux tout en demeurant ferme et solide : ferme sur ses convictions et ses valeurs, doux dans la façon de les exprimer et de les partager, en restant à l’écoute de celles des autres. Car le doux cherche le bien de l'autre et fait en sorte de ne pas le blesser. Il est en relation dans l’empathie, la bienveillance, la prévenance. Le doux est patient, il écoute, console et encourage son vis-à-vis sans chercher à s’imposer par la force. 

Cultivez la douceur, et elle se développera en vous, elle deviendra progressivement une ressource sur laquelle vous pourrez compter dans vos relations avec les autres. Comment s’y prendre ?

Première étape : la douceur passe d’abord par le corps. Je peux installer de la douceur dans ma manière d’agir, de non-agir ou de réagir. Je peux agir sur le ton de ma voix, dans un débit moins précipité, éventuellement dans la lenteur du geste pour éviter la brusquerie. Je peux mettre de la douceur dans le choix de mes paroles et préférer parfois le silence à l’intervention verbale rapide, mais cassante ou maladroite.

Seconde étape : faire de la douceur un état d’esprit, une qualité du cœur qui enveloppe sans étouffer, qui préfère laisser pousser patiemment, un mode de relation qui veille sans surveiller. Pratiquée ainsi, la douceur deviendra peu à peu un état d’être qui, une fois appliqué à ma pensée, à mes paroles et à mes gestes, va renforcer ma sérénité mais aussi le sentiment de sécurité des personnes qui m’entourent.


Renaud CHEREL


Vous pouvez voir aussi dans ce blog des messages sur la même thématique :
    Dureté ou douceur
    Communication non défensive

lundi 17 décembre 2012

Pourquoi la violence ?


Semaine dernière j’ai évoqué des exemples de comportements destructifs : si minimes soient-ils, ils témoignent, me semble-t-il, de cette pulsion de mort nommée thanatos par Freud, qui se manifeste en nous presque quotidiennement dans de petits actes tels que ceux-là, mais qui peut parfois surgir avec grande violence.

L’actualité, telle qu’elle nous est présentée, est remplie de violence : il suffit de parcourir les pages de son journal habituel, d’écouter les informations à la radio ou de les regarder à la télévision pour y être plongés jusqu’à saturation. La violence fascine et fait vendre, à en croire la proportion de romans, de films, de jeux vidéo dont elle constitue l’un des ressorts principaux.

Le mot violence vient du latin vis, force ; or la force nous est nécessaire pour survivre : c’est dire l’aspect duel de la violence. C’est pourquoi la violence à la fois nous repousse et nous attire, nous inquiète et nous captive, nous détruit et nous protège.

La violence constitue l’un des trois réflexes de survie instinctifs, face à une situation de danger vital : soit rester paralysé et faire le mort, soit prendre la fuite, soit attaquer. Ces réactions réflexes, héritées de nos lointains ancêtres, ne sont pas pathologiques, mais elles sont la plupart du temps inadaptées à la complexité des situations sociales que nous vivons aujourd'hui.

Ainsi on peut avoir recours à la violence, physique ou verbale pour de nombreuses raisons qui n’ont pas grand-chose à voir avec une situation de danger vital :

Carmen, très susceptible, se sent souvent atteinte par les propos de son entourage et sait utiliser des mots très durs pour riposter à ce qu’elle ressent comme des agressions. Souvent même, se disant que la meilleure défense, c’est l’attaque, elle anticipe en plaçant quelques remarques bien senties avant même que son interlocuteur ait pu s’exprimer.

Delphin a tendance à se réfugier dans l’alcool pour échapper aux difficultés du quotidien (réflexe de fuite) ; mais quand il a bu, il devient agressif et la moindre contradiction provoque ses accès de violence, souvent contre ses proches.

Amaury, cadre compétent et ambitieux, sait très bien utiliser la menace et la manipulation pour amener d’autres personnes de son entourage professionnel à servir ses intérêts propres.

Betty se rend compte qu’elle est parfois très violente envers ses enfants ; stressée par les soucis de la vie quotidienne, elle se laisse emporter par la colère et les punit de façon disproportionnée par rapport à la gravité de leurs actes.

Martial devient très agressif lorsqu’il est au volant de sa voiture, n’hésitant pas à faire des manœuvres dangereuses pour doubler un automobiliste qu’il considère comme un rival, ou agonir d’injures un conducteur hésitant.

Samson aveuglé par les Philistins. (Rembrandt)
Dans ces exemples comme dans bien d’autres, l’appréciation du danger est extrêmement subjective et varie d'une personne à une autre : elle dépend beaucoup de notre sentiment de sécurité intérieure. En se faisant aider, il est possible cependant d’apprendre à repérer ces moments de bascule où nos actes nous échappent, pour être capable de choisir un comportement alternatif plus adapté à la gestion de la situation.


Renaud CHEREL



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    Destructivité
    Communication non défensive
    L'agressivité passive, mécanisme de défense

Liens externes :
    Pistes de recherche/violence(s) étude très intéressante de Nelly Derabours sur différentes approches de la violence.

lundi 10 décembre 2012

Destructivité


L’autre matin, je suis allé faire un tour dans la forêt qui s’étend non loin de chez moi ; il faisait froid mais beau et, chemin faisant, je fus émerveillé par la quantité de champignons tout frais sortis de terre, qui étincelaient dans les rayons obliques de ce soleil d’automne. Je fus frappé en particulier par l’élégance de quelques coprins pies dont la robe en noir et blanc éclaboussait d’une grâce fragile le fossé d’une route forestière. Je me promis de revenir avec mon appareil photo pour en immortaliser quelques-uns.

Coprin pie (photo R. Cherel)
Après le déjeuner, je repartis donc dans l’intention de parcourir en sens inverse le même circuit. Dans le sous-bois, je débusquais quelques belles amanites, mais j’attendais avec impatience de retrouver mes coprins. Hélas ! Ils étaient situés à quelques dizaines de mètres d’un parking, et cela suffit pour les rendre très vulnérables : je les retrouvais réduits en miettes, dispersés en tous sens, et l’herbe piétinée aux alentours me laissait penser qu’un promeneur les avait sans doute détruits à grands coups de pieds. Face à ce désastre minuscule, je me sentis à la fois surpris et attristé. Oh, me dira-t-on, il n’y a pas là de quoi en faire toute une histoire ; un ou deux malheureux champignons n’ont aucune espèce d’importance, il y en a des millions d’autres dans les forêts d’alentours, leur disparition ne représente rien !

Peut-être, mais cela ne m’empêche pas de me poser des questions sur les comportements humains : l’individu qui a commis ce crime infime avait-il besoin de dissiper son énergie, ou bien d’évacuer son stress ? Pourquoi ce geste de destruction gratuite, aux dépens d’un être vivant qui ne lui avait rien fait ? Je ne peux pas répondre à ces questions, bien sûr ; mais je ne peux m’empêcher de penser que ce type de comportement est l’indice d’une violence bien plus générale. Faut-il le dire, ce n’était pas la première fois que je constatais de tels comportements : je me souviens par exemple d’une fine toile d’araignée aperçue un matin le long d’un chemin, scintillant au soleil avec ses gouttes de rosée comme autant de joyaux, miracle fragile de beauté éphémère. Je décidais de la prendre en photo ; mais le temps de retourner chez moi pour chercher mon appareil, lorsque je revins sur les lieux une demi-heure après, la petite merveille avait disparu et la branche qui la soutenait gisait sur le sol, brisée et piétinée.

Pourquoi faut-il que certains d’entre nous éprouvent depuis l’enfance ce besoin de détruire systématiquement ce qui est fragile et vulnérable ? Que dire du comportement banal de ces enfants qui fouettent les feuilles des arbres avec un bâton pour les réduire en bouillie, ou écrasent à coups de talon des insectes qu’ils ont pu attraper ? Quelle jouissance se cache-t-elle sous ces comportements ? Serait-ce lié au fait que ce qui est différent nous insupporte ? Est-ce en raison d’une sensation diffuse de notre propre vulnérabilité, qui nous pousserait à détruire plus vulnérable que nous ?

Nous en reparlerons dans le message suivant.

Renaud CHEREL


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