Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...
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mardi 1 novembre 2016

Souviens-toi que tu vas mourir


Il est de tradition, dans les pays d’influence chrétienne, d’aller se recueillir sur les tombes de nos proches le 1e novembre (jour de la Toussaint) ou le lendemain (commémoration des défunts), coutume assez répandue en France, même parmi les non-croyants. À l’origine, le choix de la date a probablement été lié à la symbolique de cette saison d’automne, marquée par la diminution de la longueur des jours, par la chute des feuilles et l’arrivée des premiers froids, ainsi que de la mise en hibernation de certains animaux, tous signe d’un ralentissement de la vie dans la nature et indirectement annonciateurs de la mort. Les pratiques funéraires figurent parmi les caractéristique des êtres humains, et nos ancêtres les plus reculés marquaient déjà leur respect envers les morts.

Il est certainement bon de trouver quelques occasions dans l’année de songer à notre fin dernière. Car dans la vie quotidienne, pris par nos activités et nos préoccupations, nous n’y pensons pas trop. Ou plutôt, nous éloignons cette perspective de notre conscience, car au fond la mort, qui représente le mystère ultime, la mort nous effraie. Et tous nos divertissements ne seraient que des moyens d’échapper à la pensée de notre condition mortelle.

Et pourtant, lorsqu’on y songe, on découvre que la mort est intrinsèquement liée à la vie, comme l’ombre à la lumière, comme les deux faces d’une même pièce. Il n’y a pas de vie sans mort ; on peut même ajouter que, dans ce monde matériel qui nous entoure, il n’y a pas d’existence sans mort. Tout doit mourir, tout doit partir. Tous les hommes mourront un jour, toutes leurs réalisations, toutes les villes et les monuments qu’ils ont construits périront. Même les plus hautes montagnes, l’Everest et tous les orgueilleux pics de l’Himalaya disparaîtront un jour, de même que notre terre, le soleil et toutes les étoiles… Mais cela est évidemment bien loin de nous.

Bien plus près, je peux évoquer le fait que je suis d’une certaine façon mort à ce que j’ai été : je ne suis plus le bébé que j’étais il y a quelques décennies, ni l’enfant ou l’adolescent que je fus, avec ses projets, ses interrogations et ses contradictions. Non seulement je ne peux pas revenir en arrière dans mon passé, mais si j’y revenais, je ne serais pas la même personne, car riche d’une autre histoire. Il faut donc me faire une raison : ce temps-là ne sera plus jamais et c’est donc une petite mort dont j’ai à faire le deuil. À chaque étape de ma vie, nourrisson, enfant, adolescent, jeune adulte, adulte, vieillard, décrépit, j’ai à porter le deuil de celui que j’étais et que je ne serai plus jamais. En poussant ce raisonnement à sa suite logique, je peux dire que, d’une certaine façon, je meurs à chaque instant que je vis, puisque je ne suis plus ce que j’étais précédemment.

Ces réflexions vous donnent peut-être le tournis, mais ce me semble être une façon de faire face à l’idée de votre mort. Memento mori : souviens-toi que tu vas mourir.



Renaud CHEREL

Vous pouvez lire aussi dans ce blog des articles sur la même thématique :
    Finitude: nous sommes des êtres finis
    Nous sommes mortels
    Les étapes du deuil
    Croissance et décroissance personnelle

mercredi 10 novembre 2010

Transmettre

Que transmettrons-nous à nos petits-enfants ?
Nous venons de traverser les journées du patrimoine, qui nous permettent chaque année de faire revivre la mémoire de nos prédécesseurs à travers les œuvres qu’ils nous ont laissées… Mais quelles traces laisserai-je, moi ?

Gaston se pose la question, et cela le préoccupe : « J’aimerais bien laisser une trace, ne pas disparaître complètement de la mémoire des autres. Mais comment faire ? Je ne suis pas un grand artiste, ni un inventeur génial, et encore moins un homme politique connu… »

Cette question, Véronique ne se la pose même pas : « À ma mort, dit-elle, je disparaitrai complètement, pouf ! Et rien ne restera de moi, je me dissoudrai dans le Néant. Alors je profite de la vie au jour le jour, tout simplement ! »

Le souvenir d’une personne, dit-on, ne subsisterait en moyenne que sur deux ou trois générations… À la quatrième, l’oubli est souvent complet. Pour vous en convaincre, répondez à cette simple question : que sais-je de la vie de mes arrière-arrière-grands-parents (c'est à dire les grands-parents de mes grands-parents) ? Sauf si l’un de vos aïeux a été un personnage célèbre, il y a de grandes chances pour que vous n’en ayez qu’une idée très confuse, voire même pas la moindre idée.

Quelle trace laisserai-je donc auprès de ceux qui me suivront ? Il est probable qu’on m’oubliera, moi aussi, et que dans quatre générations personne ne saura plus qui j’étais. Et pourtant, beaucoup d’hommes et de femmes ont eu le désir de laisser une trace sur la terre, ne serait-ce que par l’intermédiaire de leur descendance. Ce désir explique probablement bien des œuvres, dont la durée de vie est souvent supérieure à celle de leur créateur. Combien de monuments et d’œuvres d’art, combien d’entreprises et de projets, et même combien de lois et de réformes ont vu le jour grâce à cet aiguillon ?

Pourrait-on dire que ce désir de laisser une trace est spécifique à la période moderne? Il semblerait que, dans le contexte de notre société, il est amplifié par l’individualisme ambiant. Dans l’Antiquité, beaucoup d’œuvres étaient anonymes, même si quelques grands noms sont parvenus jusqu’à nous. Et l'on ne retrouve pas non plus cette tendance dans les sociétés plus communautaires ou celles dites primitives.

Mais il existe des traces plus immatérielles, maintenues par la transmission orale : quoi de plus fugitif ? Et pourtant, force est de constater que les grands maîtres spirituels n’ont pour la plupart rien construit ni rien écrit. Ni Bouddha, ni Lao-Tseu, ni Confucius, ni Socrate, ni Jésus-Christ n’ont fait construire de monuments ou laissé une seule ligne écrite : tout a été consigné par leurs disciples. Et pourtant, par la transmission de leurs enseignements, leur mémoire est encore bien vivante après de nombreux siècles.

Ainsi peut-on se poser la question autrement : qu’est-ce que j’aimerais transmettre et qui, finalement, portera un peu de mon empreinte ? Quelles valeurs aimerais-je aider à subsister après moi ? Cela m’est-il indifférent ou bien me tient-il à cœur ? Si oui, cela vaut sans doute la peine d’examiner la façon dont je sers ces valeurs, et peut-être de m’employer à mieux les faire vivre dès aujourd'hui…



Renaud CHEREL



Voir aussi dans ce blog :
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    Question d'âge
    L'éducation des enfants
    Poème d'été : Généalogies
    Transmettre son expérience
    Vive l'écriture!
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