Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...

mardi 18 octobre 2011

Se recentrer dans l'ici et maintenant

Dans la vie courante, nous sommes fréquemment en fonctionnement automatique : nous avons mis en place depuis très longtemps des ensembles de comportements adaptés à certaines situations, et nous les exécutons sans plus y penser. C’est ainsi que nous accomplissons, sans vraiment y prêter attention, un certain nombre d’actions quotidiennes plus ou moins complexes. Cela peut être très variable : se laver les dents ou bien faire ses achats express dans les rayons du super-marché local ; répondre à la salutation d’une personne connue ou bien exécuter certaines tâches professionnelles.

Chacun de nous a ainsi ses schémas de comportements ; ceux-ci nous sont extrêmement utiles car ils nous permettent d’améliorer notre efficacité : quand nous avons appris à conduire, toute notre attention était concentrée sur le maniement des pédales et du levier de vitesse, sur tous les détails qui permettent de manœuvrer le véhicule. Par conséquent, il nous était difficile de soutenir une conversation un peu élaborée ou de goûter notre environnement. Ayant acquis les réflexes nécessaires au fil des kilomètres, notre conduite est devenue automatique et nous pouvons mieux apprécier le paysage ou discuter avec notre voisin en conduisant.

Par contre, ces schémas ne sont pas toujours adaptés à la situation. C’est le week-end ; Guillaume prend sa voiture pour aller faire une course et, pendant le trajet, des préoccupations professionnelles lui traversent l’esprit. Lorsqu’il s’arrête, il constate qu’il s’est garé devant son bureau… il a retracé automatiquement, sans s’en rendre compte, son itinéraire quotidien de la semaine ! Ce genre de mésaventure peut nous arriver dans n’importe quel domaine où nous avons mis en place des automatismes qui, si nous n’avons pas conscience, peuvent rogner sur notre liberté. C’est le cas notamment dans mes modes de relations aux autres ; souvent je constate que « je ne peux pas m’empêcher de…, c’est plus fort que moi » ; mais dans ce domaine relationnel, j’en ai moins facilement conscience, alors que mes réactions un peu stéréotypées sont souvent assez évidentes aux yeux de mon entourage.

Le recentrage est un outil qui me permet de prendre une distance par rapport à mes automatismes pour mieux vivre dans le présent. Le but du recentrage, c’est de me distancier de ces fonctionnements égotiques pour redevenir une personne libre et avoir le choix du mode de relation le plus adapté à la situation – et non plus dans une compulsion. Peut-être que mon comportement automatique était le plus adapté à la situation, et je décide de le conserver ; mais j’ai prise sur la situation et je peux en décider autrement.

Les exercices de recentrage permettent de me remettre dans l’ici et maintenant. De renoncer aux jacasseries mentales, à mes préoccupations mentales pour être à ce qui est là. Si je suis triste, j’accueille cette tristesse et je ne me sauve pas ; je reviens à mon corps, à ma respiration. J’ai l’esprit que s’évade parce que je suis triste ? Je le constate et je reviens dans mon corps.

Renaud CHEREL

Exercices de recentrage.

Voir aussi dans ce blog :
    Vivre l'instant présent
    La solitude
    La nostalgie n'est plus ce qu'elle était

jeudi 13 octobre 2011

Défauts et qualités

Peut-on considérer nos défauts sans nos qualités ? Les uns et les autres ne sont-ils pas liés comme les deux faces d’une même pièce de monnaie ? J’aime à dire que beaucoup de nos défauts sont l’exagération de nos qualités.
Selon le Petit Robert, une qualité, c’est d’abord un élément de la nature d’un être, permettant de le caractériser. Et un défaut, c’est avant tout l’absence de ce qui serait nécessaire ou désirable ; un manque, une pénurie de quelque chose.
Pourtant, quand on considère la liste des défauts que l’on attribue généralement à une personne, ce sont souvent des excès plutôt que des manques qui sont montrés du doigt. Prenons quelques exemples.
Madeleine est timide, elle a les plus grandes difficultés à s’exprimer en public ; elle ressent cela comme un énorme défaut. En même temps, en petit comité, en situation de dialogue, elle est sensible et réceptive et d’ailleurs on vient facilement se confier à elle ; très attentive dans son travail, elle a la confiance de sa responsable ; par sa position en retrait, elle est plus à l’écoute et montre davantage de recul et d’objectivité pour traiter certains dossiers. Madeleine possède d’indéniables qualités ; son problème réside dans l’excès de sa timidité.
Pierre-Yves est économe, et cette qualité lui permet de gérer son budget sans problème ; malgré leurs revenus modestes, avec sa femme, ils ont pu acheter une petite maison sans se surendetter. Mais il en vient parfois à exagérer, à pinailler pour des détails et son sens de l’économie bascule dans l’avarice : ses amis le traitent de pingre, de radin. Son sens de l’économie, devenu compulsion, est ressenti comme un défaut : à lui de trouver le délicat équilibre entre les deux.
Nathalie est très curieuse, elle s’intéresse à tout ; cela lui a beaucoup été reproché dans son enfance : ses parents ne manquaient pas de lui rappeler que « la curiosité est un vilain défaut ». Pourtant, c’est cette curiosité qui lui a permis d’avancer, de faire d’excellentes études scientifiques et d’obtenir un diplôme d’ingénieur ; elle exerce actuellement une profession intéressante liée à la veille technologique. Parfois cependant elle agace ses amies par ses questions qui sont ressenties comme indiscrètes : à Nathalie de discerner la frontière ténue entre les deux…
Statue de Corot
(Photo R Cherel)
Nous pourrions continuer la liste, et constater que, bien souvent, un défaut est l’expression d’un excès, et que, selon les situations, le curseur doit être positionné différemment, avec discernement.
Une autre image : nous possédons tous des ombres et des lumières. Mais sans les ombres, comment peut-on distinguer le relief ? Voici une statue de Corot et de sa muse. Si elle est trop dans la lumière, nous ne distinguons aucun détail et n’a pas beaucoup d’intérêt. Avec les ombres, par contre, voici qu’apparaissent les reliefs et les charmes de cette composition.

Mes ombres ne sont pas des handicaps mais plutôt des atouts, des forces potentielles me permettant d’évoluer, d’aller de l'avant. Mes qualités et mes défauts sont un tout : qu’est-ce que je décide d’en faire ?

Renaud CHEREL


Voir aussi dans ce blog :
    Les talents
    Lespoints faibles
    Curiosité : défaut ou qualité ?

Liens externes :
    Mes défauts sont mes qualités

lundi 10 octobre 2011

Un être unique et merveilleux

Nous sommes à la fin de l’été, et déjà les feuilles de certains arbres changent de couleur, adoptant des tons plus dorés. Les feuilles commencent à tomber des arbres et à s’accumuler çà et là au gré des tourbillons de vent. Une feuille morte, ce n’est rien, rien du tout : j’en foule aux pieds des quantités sans même y penser. Chaque arbre porte des milliers de feuilles, et chacune d’entre elles est vouée à se dessécher et à disparaitre à l’automne.
Mais, ce matin, je m’arrête un instant pour contempler une feuille tombée d’un arbre à mes pieds ; je me penche un peu sur elle et me fais la réflexion : peut-être a-t-elle quelque chose à me dire, quelque chose à me raconter, cette feuille qui maintenant gît dans l’herbe mouillée, un peu fanée ?

D’abord, cette feuille-là, elle n’est pas rien du tout : c’est une feuille d’érable, une belle feuille bien dessinée, aux teintes mordorées, une de ces feuilles que les enfants ramassent pour décorer leurs cahiers. Elle a sa forme bien à elle avec ses petites pointes et son long pétiole. Non, décidément et contrairement à ce que j’avais pensé, elle ne ressemble pas tout à fait aux autres feuilles, elle a son originalité propre : il y a quelque chose d’unique dans cette feuille.

Ensuite, c’est vrai que j’aurais pu enlever cette feuille de l’arbre sans dommage ; d’ailleurs, elle est tombée naturellement, cette feuille. Cependant, il me faut bien admettre que sans elle et toutes ses sœurs, le bel érable qui me surplombe ne pourrait pas vivre. Une évidence s’impose à moi : même si chaque feuille a un rôle très modeste, ensemble, elles sont absolument indispensables. Ce sont les feuilles qui captent la lumière du soleil et qui, grâce à leur activité, fournissent l’énergie nécessaire à la vie de l’arbre. Chaque feuille est en réalité une sorte d’usine très complexe, une mini-centrale d’énergie très sophistiquée. Et puis, en dehors du fait que cette feuille est utile à l’arbre, je ne peux m’empêcher d’admirer son esthétique : elle est belle dans la régularité de sa forme et dans l’harmonie de ses couleurs.

Enfin, je pense à la vie de cette feuille : elle est née au printemps dernier, elle a grandi, elle a travaillé à la besogne pour laquelle elle a été faite puis, sa tâche accomplie, elle s’est arrêtée progressivement de fonctionner, passant du vert au jaune puis au brun. Avant de se détacher de sa branche, elle lui a transmis les sucres qu’elle avait accumulés, ne conservant que le strict minimum. Et après sa mort, sa substance formera l’humus dont se nourriront les racines de son arbre d’origine, ou d’autres plantes.

Finalement, cette humble feuille me dit beaucoup de choses sur moi-même… Ne suis-je pas moi aussi, comme elle, un individu parmi des millions d’autres ? Et pourtant je suis un être unique et merveilleux. Comme elle, j’ai ma beauté, qui peut être extérieure ou intérieure. Comme elle, j’ai une tâche à accomplir sur cette terre, et comme elle, je l’accomplis avec d’autres…


Renaud CHEREL




Voir aussi dans ce blog :
    Ordinaire extraordinaire

Lien externe :
    Si les feuilles et les arbres vous intéressent, voir aussi le blog Fleurs sauvages de Renaud Cherel.
    Extrait du livre "Le petit prince"

vendredi 7 octobre 2011

Orages, ô rage !

Orage
En fin d’été, surviennent les orages. Des nuages monstrueux et sombres s’élèvent du fond de l’horizon et gagnent rapidement toute l’étendue du ciel qui s’obscurcit ; le vent se met à souffler tout d’un coup en rafales et la température baisse de plusieurs degrés. Et avec les premiers éclairs qui zèbrent le ciel, éclatent les premiers coups de tonnerre, alors qu’un déluge de pluie s’abat, torrentiel. Parfois le spectacle est effrayant ; le vent tourne à la tempête qui déracine les arbres et emporte tout sur son passage, et la pluie est remplacée par la grêle qui hache la végétation. Les conséquences peuvent être désastreuses : incendies provoqués par la foudre, dégâts provoqués par la grêle aux installations ou aux cultures, rivières qui débordent, glissements de terrain, inon-dations.

Mais d’autres sortes d’orages peuvent survenir dans notre vie : troubles, disputes, explosion des passions, épisodes tumultueux de la vie conjugale, familiale, amicale ou professionnelle, événements brutaux qui nous arrivent sans avertir… Certains de ces orages sont provoqués par nos comportements, d’autres sont complètement indépendants de nous.
 
Timothée est sans cesse plein de colère rentrée, mais il ne l’exprime pas, car cela ne se fait pas. Il est en colère contre ce monde qui ne tourne pas assez rond, en colère contre ses collègues de travail qui ne sont pas assez consciencieux, contre son chef qui se comporte de façon injuste. Alors, sa colère explose en petit comité : l’orage éclate contre sa femme, contre ses enfants, contre les personnes qui, au fond, lui sont les plus précieuses…

Soraya, elle, ne déteste pas se mettre en colère ; c’est pour elle un moyen de décharger les tensions, ou de voir ce que les autres ont dans le ventre. Elle a le goût de la confrontation, elle déteste l’injustice et ses colères éclatent sans crier gare mais ont aussi vite disparu qu’elles sont nées. La colère est parfois aussi un moyen aussi de cacher sa peur. Mais Soraya ne mesure pas forcément les conséquences de ses colères, les dégâts collatéraux de leurs explosions.

Emmanuel est habituellement calme et même plutôt froid ; il paraît très rarement en colère. Par contre, ce qu’il ne supporte pas, c’est qu’on vienne se mêler de ses affaires, qu’on vienne toucher à ce qu’il considère comme sa bulle intime. Souvent il répond par le retrait, la mise en distance ; mais s’il ne peut faire autrement, il peut réagir par des remarques acérées, cinglantes.

Comment réagissons-nous face à ces orages de la vie relationnelle ? Certains d’entre nous aiment les provoquer ; d’autres, au contraire, peuvent être effrayés, voir même anéantis par ces explo-sions de violence verbale ou physique.

Pour ma part, qu’est-ce que je déteste le plus ? Qu’est-ce qui me met en colère, principalement ? Quand l’autre fait quoi ? Dans quelle situation ?

Parmi les choses qui existent, il est bien de considérer que les unes dépendent de nous, que les autres n'en dépendent pas et de nous attacher à celles qui sont de notre ressort. (Épictète)

Bonne semaine !


Renaud CHEREL


Pour aller plus loin...
Voici une liste - non exhaustive - d'adjectifs, avec les noms correspondants, permettent d'exprimer différentes nuances de la colère.

Adjectif (je me sens…)
Nom (plein de…)
À bout

Acariâtre

À cran

Acerbe

Acrimonieux
Acrimonie
Agacé
Agacement
Agité
Agitation
Agressif
Agressivité
Aigri
Aigreur
Amer
Amertume
Antipathique
Antipathie
Âpre
Âpreté

Aversion
Bagarreur
Bagarre
Belliqueux
Belligérance 
Bloqué
Blocage 
Brûlant
Brûlure 
Cassant
Casse 
Choqué
Choc
Coléreux
Colère
Combatif
Combat (intérieur)
Contrarié
Contrariété
Courroucé
Courroux
Crispé
Crispation
D’humeur massacrante
Massacre
D’humeur noire
Noirceur
De mauvaise humeur

Débordé
Débordement
Déchiré
Déchirement
Détestable
Détestation
Emporté
Emportement
Énervé
Énervement
Enragé
Rage

Rogne
Exaspéré
Exaspération
Excédé

Excité
Excitation
Exécrable
Exécration
Fâché
Fâcherie
Froissé

Frustré
Frustration
Fumasse (fam.)

Furax
Fureur
Furibard (fam.)
Fureur
Furibond
Fureur
Furieux
Fureur
Grognon
Grogne
Haineux
Haine
Hargneux
Hargne
Hérissé

Heurté
Heurt
Horripilé

Hostile
Hostilité
Impatient
Impatience
Importuné

Indisposé
Indisposition
Injurieux
Injure
Insatisfait
Insatisfaction
Irrité
Irritation
Jaloux
Jalousie
Maussade

Mauvais

Mécontent
Mécontentement
Morose
Morosité
Mortifié
Mortification
Offensé
Offense
Outragé
Outrage
Persifleur
Persiflage
Piqué au vif

Railleur
Raillerie
Rancunier
Rancune
Remonté (fam.)

Renfrogné


Ressentiment
Revêche

Rude
Rudesse
Sarcastique
Sarcasme
Sardonique

Sous pression

Surexcité
Surexcitation
Teigneux

Tendu
Tension
Ulcéré
Ulcération
Venimeux
Venin
Vexé
Vexation
Vindicatif

Violent
Violence
Vois rouge


Voir aussi dans ce blog : 
    Colère

Liens externes : 
    Comment bien gérer sa colère

dimanche 2 octobre 2011

Rentrée

Cueillons les fruits de nos expériences !
Agathe venait de rentrer de vacances avec ses trois enfants, son conjoint les ayant précédés d’une semaine. C’était la course avant la rentrée scolaire, avec toute une nouvelle organisation à mettre en place, les achats de fournitures scolaires et de vêtements neufs, la préparation des inscriptions aux différentes activités pour l’année qui vient…

Luc devait faire face à de nouveaux défis et réactiver les opérations commerciales qui s’étaient un peu assoupies pendant la période d’été : il devait mettre les bouchées doubles pour atteindre voire dépasser ses objectifs d’année dans une conjoncture économique difficile.

Bien plus que la plupart des pays, la France tourne au ralenti au mois d’août. La reprise en est d’autant plus marquée : la rentrée n’est pas seulement pour les enfants, les jeunes et tous ceux dont l’activité est liée à l’enseignement ou l’éducation, mais pour une bonne proportion des Français. Par voie de conséquence, cette période correspond pour beaucoup d’entre nous à la reprise d’un certain nombre d’activités : c’est le moment de s’inscrire à tel club sportif, à telle activité sociale ou culturelle, de s’engager dans telle association, de prendre telle bonne résolu-tion, ou de relancer la dynamique dans le domaine professionnel.

Notre vie est ainsi rythmée par des habitudes sociales – qui n’ont pas toujours été ainsi, les vacances d’été étant un phénomène récent –venant se surimposer aux rythmes de notre vie person-nelle. Nous pouvons nous y opposer si nous en avons les moyens : par exemple, pour ceux qui sont à la retraite, rien n’empêche de prolonger ou de prendre des vacances en septembre. Mais pour les autres, nous pouvons aussi tirer parti de ces rythmes qui nous sont imposés de l’extérieur.

Dans la tradition chinoise, à nos quatre saisons traditionnelles – printemps, été, automne, hiver – s’ajoute une saison intermédiaire, ou intersaison, qui vient s’insérer comme une zone de transition entre deux saisons traditionnelles. Entre été et automne, on pourrait appeler l’intersaison « Récolte » ou « Fin d’été ». Elle est très importante, car elle marque la transition entre l’énergie yang de l’été et l’énergie Yin de l’hiver. La fin d’été est le temps de la maturation et du pourrissement. S’ils ne sont pas récoltés à temps, les fruits et les grains se gâtent et sont rapidement perdus, devenant impropres à la consommation.

Nous pouvons aisément transposer cela en termes de vie personnelle : la fin d’été, c’est le moment de la récolte des résultats de nos efforts. Pressés que nous le sommes de nous engager dans nos nouvelles activités, n’oublions donc pas de savourer les fruits de nos réalisations, de nos agissements passés, de tirer les leçons de ce que nous avons terminé. Car si nous ne le faisons pas maintenant, demain ne risquons-nous pas d’être pris par nos activités nouvelles et multiples ? Et les fruits qui étaient à notre portée ne risquent-ils pas d’être perdus ?

Donc, avant de nous engager dans de nouvelles voies, prenons le temps – ne serait-ce que quelques heures – de clore notre chapitre de vie précédent, de savourer ce qu’il nous a apporté et de tirer les leçons de ce que nous ressentons éventuellement comme des échecs, ce qui nous permettra de les éviter – ou en tout cas de les amoindrir – à l’avenir.


Renaud CHEREL




Voir aussi dans ce blog : 
    La Rentrée
    Reprise d'activité
    La reprise
    Redémarrage

Liens externes : 
    Acupuncture, saisons et intersaisons

jeudi 29 septembre 2011

Voyages et jeunesse

« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage… »

Vol au-dessus de la Grèce (photo R. Cherel)
Je pense vraiment que les voyages forment la jeunesse, et cette opinion est confortée à la fois par mon expérience personnelle et par les échanges que je peux avoir avec des jeunes ayant voyagé.

Les premiers grands voyages, effectués seul ou en bande à l’entrée dans l’âge adulte, conservent toujours le même intérêt éducatif : ils permettent au jeune de découvrir le monde, d’aller à la rencontre des autres, de prendre conscience d’autres valeurs et cultures et de conquérir son autonomie.

Le psychanalyste Gérard Haddad explique qu’ils font office de « rite de séparation et de socialisation » : le jeune qui part au loin doit s’arracher à son cocon familial et couper le cordon avec sa mère ; il s’ouvre à de nouveaux horizons et se retrouve face à lui-même. C’est pour lui l’occasion de rompre avec la routine pour se reconstruire dans un univers différent : un rôle que jouait partiellement le service militaire aujourd'hui disparu. À notre époque où la mondialisation est omniprésente, les voyages sont devenus encore plus indispensables à l’éducation de chacun. Pourtant, curieusement, très peu de jeunes Français voyagent aujourd’hui. Les 18-24 ans seraient même, d’après certaines études, ceux qui partent le moins de chez eux. L’écart se creuse entre les milieux sociaux. Selon le sociologue Jean Viard « les jeunes exclus sont aussi les exclus du voyage. En particulier dans les cités : les jeunes issus de l’immigration ne se déplacent pratiquement jamais. »

En même temps, l’expérience m’amène à dire que, là où l’on va, l’on transporte avec soi un certain regard, une certaine manière de filtrer la réalité. Il semble que la richesse du voyage, ce qu’il peut m’apporter et me faire découvrir, cela dépend du regard que je pose sur les choses, les événements et les gens. C’est peut-être la raison de l’intérêt de voyager jeune : on n’a pas encore formé d’opinion trop tranchée ou définitive sur les choses de la vie, on est moins enclin à comparer avec sa propre expérience, plus ouvert, plus capable d’assimiler les nouveautés.

Par contre, si l’on a passé la plus grande partie de son existence dans un univers fermé et étroit, il est certainement plus difficile de s’ouvrir sur le tard à la différence et à la nouveauté – même si c’est toujours possible. Marcel et Jean sont deux agriculteurs qui ont passé leur vie entière sur l’exploitation agricole sans être beaucoup sortis de leur commune. Au moment de la retraite, ils ont décidé avec leurs épouses d’aller visiter la Thaïlande. À leur retour, ils m’ont raconté leur périple : tout était comparé, mesuré à l’aune de ce qui se faisait dans leur village. L’essentiel de leur voyage était résumé par des commentaires sur la nourriture et l’hôtellerie : « la bouffe, c’était pas terrible ; ça ne valait pas les moules frites comme on les fait chez nous… »

L’exotique n’est pas forcément au bout du monde : si nous gardons l’œil ouvert et l’esprit curieux, nous pouvons aussi découvrir la nouveauté et la différence à deux pas de chez nous !


Renaud CHEREL




Voir aussi dans ce blog :
    Aider l'enfant à quitter père et mère
    Curiosité : défaut ou qualité ?

Liens externes :
    Enquête : les voyages forment la jeunesse


mardi 20 septembre 2011

Médiation (suite)

Nous avons passé en revue dans le message précédent (voir Médiation) les premières étapes de la médiation d’un conflit. Voyons ici les étapes suivantes.

3 - Évaluer la situation
A cette étape le médiateur a une vue suffisamment précise de la situation et de sa complexité pour juger de la façon dont elle peut être résolue, en prenant en compte :

D’abord les obstacles externes, liés à la situation : aspects matériels, financiers. Plus difficiles, les obstacles internes, liés aux personnes et qualifiés de politiques : personnalité des acteurs, réseaux relationnels, questions de pouvoir, croyances. Une croyance est le fait de croire une chose vraie, vraisemblable ou possible, sans possibilité de la démontrer, avec un aspect affectif fort. On peut distinguer des croyances limitantes, comme : « je ne suis pas capable de… » et des croyances aidantes : « j’ai de la chance. » Elles peuvent porter sur les autres, ou sur des généralisations : « Les gens du Nord sont plus travailleurs… »

La taille du problème
Le conflit est-il d’une taille gérable ou doit-il être découpé en plusieurs petits problèmes ? Parfois les sous-problèmes peuvent être partiellement traités par des personnes ou équipes différentes, ce qui fait gagner du temps.

Les chances de succès
Avez-vous une chance raisonnable de mettre fin au conflit ? Sinon, pouvez-vous faire appel à quelqu'un d’autre ? Évitez de vous engager dans une gestion de conflit si vous percevez à l’avance que vous n’obtiendrez pas de succès.

4 - Décider d’un processus
Dans le cas d’un conflit lourd, il peut être utile d’abord de définir les règles de la négociation, le lieu de rencontre, le contenu, le calendrier, le contenu.
Souvent, les besoins, les attentes des deux parties ne sont pas les mêmes. La présence du média-teur permet à chacun d’exprimer son objectif dans ses propres termes. Plus de la moitié des conflits viennent du fait que l’on ne comprend pas l’autre. Le médiateur use de ses talents de facilitateur et de fermeté pour obtenir que chaque partie écoute l’autre.

5 - Faire émerger des solutions
Le rôle du médiateur n’est pas de proposer des solutions, mais de créer les conditions favorables à la recherche de solutions par les deux parties, séparément ou ensemble, par des négociations formelles ou informelles.

La technique du brainstorming permet de trouver des idées en suspendant le jugement dans un premier temps pour faciliter la créativité de l’hémisphère droit du cerveau. Ensuite seulement l’on critique les idées trouvées en prenant soin de les transformer en solutions adaptées à la situation, puis l’on sélectionne les meilleures (pensée critique de l’hémisphère gauche).

6 - Établir un plan d’action
Proposition et mise en œuvre des actions à mettre en œuvre, jugées les plus pertinentes et les plus efficaces. Le plan d’action indique concrètement pour chaque action comment s’y prendre, l’ordre des actions, les délais dans lesquels elles vont être conduites. Assorti d’un échéancier, il est mis par écrit noir sur blanc et validé point par point par les deux parties.

Enfin, un certain nombre de contrôles doit être prévu dès le départ.


Renaud CHEREL




Voir aussi dans ce blog :
    Médiation