Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...

lundi 28 octobre 2013

L'anticipation, mécanisme de défense

Le capitaine du bateau se doit d'anticiper les obstacles.
Charles est un sportif qui pratique le tennis à haut niveau ; pour se préparer aux futur matches qu’il va livrer, il a l’habitude d’anticiper ce qui va se passer : il étudie à l’avance le jeu de son adversaire, la façon dont il réagit à la pression, et anticipe même la réaction des supporters.

Elodie a rendez-vous avec un garçon qu’elle a rencontré lors du mariage de sa cousine, pour lequel elle a ressenti le coup de foudre. Mais pour cette première rencontre en tête-à-tête, elle se sent toute tremblante ; pour se rassurer, elle visualise le lieu du rendez-vous, imagine les mots qu’il pourra lui glisser, ses répliques à elle et – peut-être – leur premier baiser ; bref, elle se projette tout le film de leur entrevue romantique.

Anne-Lise est en recherche d’emploi. Méthodique, elle a commencé par bien délimiter le secteur dans lequel elle va effectuer ses recherches. Ayant reçu deux propositions d’entrevues, elle s’est renseignée en détail via Internet sur l’activité des entreprises concernées, et a même trouvé, pour l’une d’elles, des renseignements sur le directeur des ressources humaines qui devrait l’interviewer, dont elle compte bien tirer parti lors de l’entretien. Elle tenté d’imaginer les différentes objections possibles face à son CV et préparé d’avance une batterie de réponses.

Gautier doit faire une présentation professionnelle devant une assemblée d’une centaine de personnes de son entreprise. D’un naturel plutôt timide, il se sent très angoissé à l’idée de cet événement, et s’est longuement préparé : il a poli son discours, travaillé ses réponses aux objections. Il s’est rendu dans la salle de conférences, a vérifié et revérifié le système de projection des diapositives. Il s’est même visualisé entrant dans la salle à l’aise et décontracté.

Face à un futur incertain, l’anticipation est un moyen de défense extrêmement efficace contre l’angoisse générée par l’incertitude, qui nous permet de croire que nous contrôlerons davantage ce qui va arriver. L’anticipation peut porter sur des éléments internes, par exemple en expérimentant d’avance ses propres réactions émotionnelles ou en envisageant les différentes réponses ou solutions que l’on pourra apporter au problème attendu. Elle peut porter sur des éléments externes, en visualisant différents scénarios possibles ou en prévoyant les conséquences de ce qui pourrait arriver, de façon à imaginer des solutions adaptées.

Un manque d'anticipation peut conduire à des catastrophes...
L’anticipation est une défense adaptative : son mode d’action vise, non pas à faire disparaître l’émotion ressentie comme négative, mais à agir sur elle pour réduire la douleur. Adaptée à un certain type de situations ressenties comme menaçantes et orientée vers le long terme, elle s’avère très efficace pour lutter contre le stress et réagir de façon adaptée. Par contre, elle perd de son efficience et devient même toxique quand elle est utilisée de façon trop généralisée, dans la plupart des situations et avec la majorité de ses relations : alors, elle devient un mécanisme rigide qui efface la spontanéité et conduit à l’incapacité d’affronter une situation nouvelle sans l’avoir anticipée.

« Gérer, c’est prévoir » : oui, mais tout l’art consiste à anticiper sans cesser d’être créatif, en gardant une porte ouverte sur l’inattendu.


Renaud Cherel


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lundi 21 octobre 2013

Moyens pour influencer autrui

Les moyens utilisés pour influencer autrui sont aussi vieux que l’humanité : l’histoire d’Adam et Ève est une histoire de persuasion, dans laquelle le serpent convainc Ève de manger le fruit défendu, puis à son tour elle persuade Adam d’en faire autant.

Bien évidemment, l’utilisation de certains moyens peut poser des problèmes éthiques. Mais justement, le fait d’être informé de ces moyens augmente notre liberté face aux messages que nous recevons, car l’on peut penser qu’un homme averti en vaut deux. Voici donc quelques-uns de ces moyens parmi les plus classiques.

La persuasion logique
Appuyée sur la démonstration logique : la cause A entraîne l’effet B, lequel a pour conséquence C, etc. Cette technique, utilisée très fréquemment pour convaincre l’autre, suppose que celui-ci ne fonctionne que rationnellement. Or, l’expérience nous montre que nos convictions et nos décisions sont soumises à bien d’autres facteurs que la simple raison. Les démonstrations rationnelles, si elles ont leur intérêt, sont dans beaucoup de situations bien insuffisantes pour emporter l’adhésion.

Le renforcement de la crédibilité de la source
Une source crédible est plus influente. Le fait de faire référence à une autorité reconnue dans le domaine concerné (par exemple le témoignage d’un prix Nobel de médecine pour parler de l’efficacité d’un médicament) renforce la crédibilité de la source. Un autre moyen de renforcer sa crédibilité, moins connu, consiste à glisser dans l’argumentaire un élément mineur allant dans le sens contraire à la position défendue : la source du message paraît ainsi plus honnête et plus crédible.

L’attractivité de la source
De nombreuses études ont montré que le message sera d’autant plus facilement accepté que la personne émettrice est plus attractive, par sa beauté physique, son charme, sa séduction ou tout autre élément lié à la communication non verbale. C’est pourquoi un certain nombre de publicités utilisent des top-modèles ou des célébrités dans leurs annonces.

L’attrait de la nouveauté
Un grand nombre de messages publicitaires utilisent cet effet émotionnel, basé sur la curiosité naturelle de l’être humain, curiosité que l’on retrouve d’ailleurs chez la plupart des animaux.

L’appel à la peur
C’est un moyen utilisé assez couramment, par exemple en France depuis quelques années dans les campagnes anti-tabac. Mais si, dans une certaine mesure, la peur augmente l’efficacité de la persuasion, ce moyen est en réalité très délicat à utiliser. En effet, dès que le message génère une angoisse trop forte, le public ciblé adopte un comportement défensif d’évitement et va ignorer le message.

L’effet de contraste
La technique consiste à formuler une demande très difficile à satisfaire, pour en proposer ensuite une seconde, plus raisonnable (représentant ce que l’on veut réellement obtenir). Cette dernière est interprétée comme une concession importante de la part du demandeur, ce qui déclenche, par réciprocité, une concession également importante chez la personne sollicitée.

La pression du groupe
Tout groupe exerce une influence sur ses membres, qui pour la plupart cherchent à être dans la norme du groupe auquel ils appartiennent (même si quelques-uns se rebellent contre cette norme). Un message conforme ou proche des normes du groupe sera plus facilement accepté.


Renaud Cherel


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lundi 14 octobre 2013

Influencer ou être influencé

Le mot Influence vient du latin in, dans et fluere, couler, s’écouler. Influer, à l’origine, c’est faire couler dans. Mais parler d’influence, c’est impliquer qu’il existe un agent influent et un objet influencé. L’agent et l’objet ne sont pas forcément humains : on parle de l’influence de la lune sur les marées ; mais dans notre propos nous limiterons la notion d’influence aux interactions entre personnes.

Persuasion
C’est l’heure du coucher, et Violaine ne veut pas aller au lit. Comme Ralph, son papa, insiste, elle lui dit : « Je veux dormir sur le canapé ! »       
-« Non, tu dormiras dans ton lit ! » La voilà alors qui commence à lui faire les yeux doux, à pencher la tête sur le côté, à lui parler sur un ton sucré :    
-« Petit papa, je fais dodo sur le canapé ? » Il la laisse un moment faire sa comédie, puis répond :
-« Tu peux faire des mines, tu sais, mais ça ne marchera pas avec moi ! »           
Alors, le regardant bien en face, elle lui rétorque :
-« Oh ! Mais avec Maman, ça marche ! »    
Après quoi, elle s’est laissé amener au lit dans sa chambre sans plus de problème. Mais pour un petit bout de chou de deux ans et demi, Ralph a trouvé ça fort !


Cette petite histoire vraie montre que, très tôt, les enfants savent utiliser les techniques appropriées pour influencer autrui. Que nous le voulions ou non, dès notre plus jeune âge, nous exerçons sans cesse une influence sur les autres, même lorsque nous pensons rester parfaitement neutres – ne serait-ce que par l’exemple diffusé par cette neutralité.

Dans ce domaine de l’influence, certains d’entre nous sont plutôt acteurs, influents, alors que d’autres se sentent plus souvent influencés. Il arrive aussi que, selon les domaines ou les périodes de la vie, l’on passe de l’un à l’autre. Zacharie est cadre dans une PME, et son sens de l’organisation, sa rigueur, son exigence pour obtenir des résultats parfaits lui assurent une influence certaine sur le plan professionnel. Par contre, vis-à-vis de ses enfants, il a tendance à laisser son épouse Thérèse gérer les difficultés au jour le jour : cédant facilement aux demandes de ses enfants, il exerce une faible influence sur eux. En cas de conflit, il se met en retrait : c’est Thérèse qui intervient et qui s’efforce de régler les problèmes.

Mauricette est une personne extrêmement serviable ; mais malgré son apparence bienveillante, son sourire, ses offres de service, elle n’est pas aussi influençable qu’on pourrait le croire. En effet, sous ses dehors affables, elle est bien déterminée à faire ce qu’elle veut et peut aussi éventuellement utiliser la manipulation ou le chantage affectif pour arriver à apporter son aide, même quand celle-ci n’était pas demandée ou souhaitée.

Une source est d’autant plus influente qu’elle est crédible et attractive. Dans notre société, les techniques d’influence ont été beaucoup étudiées, notamment pour augmenter les volumes de vente par la publicité. Nous pourrons voir la prochaine fois quelques techniques classiques d’influence.


Renaud Cherel


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lundi 7 octobre 2013

L'humour, mécanisme de défense

L’humour est, selon le Petit Robert, une « forme d’esprit qui consiste à présenter la réalité de manière à en dégager les aspects plaisants et insolites. » Au sens strict, on distingue l’humour, manière de faire rire de soi, et l’esprit, manière de faire rire des autres.

L’humour, au sens restreint qui est celui retenu par Freud, fait partie des mécanismes de défense les plus efficaces, pratiquement en toute circonstance. Il nous permet de faire face aux dépits, aux angoisses, aux désespoirs même, bref aux aléas de la vie, et en plus il est capable de transformer en sourire ou en rire les énergies négatives qui montent parfois en nous. Ainsi, beaucoup s’accordent pour affirmer que l’humour, accompagné du rire qui lui est étroitement associé, joue un rôle essentiel dans l’équilibre de la personne : il libère les tensions et préserve notre santé. Les recherches médicales ont montré que l’humour et le rire participaient, entre autres, à la décontraction des muscles, à la réduction des hormones de stress, à l’amélioration du système immunitaire et à la réduction de la douleur.

L’humour est comme la goutte d’huile dans les rouages de la relation : il permet souvent d’en améliorer la qualité, que ce soit dans les relations familiales, amicales ou professionnelles. Dans des situations risquant de virer au conflit, l’humour peut être utilisé pour « calmer le jeu » : une plaisanterie bien choisie et lancée au bon moment peut réduire les tensions et détendre l'atmosphère. Il est parfois plus aisé de faire passer des messages, jugés nécessaires mais a priori désagréables, en pratiquant l'humour.

Cette pratique de l’humour améliore l’estime de soi : en émettant telle plaisanterie qui a fait mouche, j’ai fait œuvre de création, je me sens plus intelligent, je me dis que je peux en être fier. Et cela d’autant plus que j’ai transgressé les lois de la logique, vaincu une certaine censure, retourné une situation angoissante ou déprimante.

Quant à l’autodérision, elle permet de ne pas trop me prendre au sérieux et de désamorcer l’agressivité d’autrui. Ceux qui sont capables d'autodérision sont souvent capables également de se remettre en question.
Selon Freud, l’humour, de la même façon que les rêves, nous permet de libérer impunément nos pulsions les plus inavouables, sans que notre gendarme intérieur, le surmoi, ne s’en offense. Il permet ainsi d’exprimer ce qui ne peut être dit ou mis en actes : nos envies de meurtre, nos fantasmes les plus cruels, notre mépris de l’autre, etc.

L’humour peut être utilisé selon différents objectifs ; il peut, par exemple, être employé comme outil pédagogique ou militant. D’ailleurs, le sens de l’humour est un pouvoir largement utilisé par les personnages publics : le pouvoir de mettre les rieurs de leur côté.

L’humour s’apprend à tout âge ; si j’en suis dépourvu, je peux, pour m’exercer, imaginer des situations cocasses, insolites, là où justement les choses sont difficiles à vivre. L’humour m’aidera à prendre de la distance par rapport à ce que je vis pour y donner de la légèreté.



Renaud Cherel



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lundi 30 septembre 2013

La projection, mécanisme de défense

La projection est un mécanisme de défense, essentiellement imaginaire, qui consiste à se débarrasser de pensées, désirs ou sensations pénibles ou agressives que l’on ressent en les attribuant aux autres ou au monde extérieur. On projette dans les autres – ou dans la situation – se qui se passe en soi : ses peurs, ses propres images, ses propres intentions…

Comme une image est projetée sur le paysage, notre mental
peut projeter des éléments internes sur l'extérieur.
Poussé à l’extrême, ce processus peut aller jusqu’à la haine, le sentiment de persécution et le délire. Mais sans aller si loin, tout un chacun peut, à un moment ou à un autre, utiliser la projection pour se protéger.

Siméon est très énervé ; il avait rendez-vous avec son épouse pour aller dîner, mais celle-ci arrive avec un quart d’heure de retard : « Eh bien, comment se fait-il que tu sois en retard ? Tu étais où ? Avec qui ? » À partir de quelques indices – en plus d’être en retard, sa femme est joliment habillée ce soir – mais aussi de sa propre peur de la perdre, Siméon est déjà en train de se dire qu’elle le trompe, il se sent envahi par le soupçon et la jalousie.

Yvonne ne peut pas supporter de se retrouver enfermée dans un espace restreint : « J’ai l’impression que les murs vont se refermer sur moi… Je vais être écrasée, c’est étouffant… » Impossible pour elle de visiter les souterrains d’un château médiéval ou des lieux de ce genre, c’est trop angoissant.

Lionel est persuadé que son voisin lui veut du mal : « Il a sorti la poubelle ce matin juste avant que je parte au travail, uniquement pour m’embêter : j’ai été obligé de faire un détour. » Son voisin ne peut pas lui adresser la parole, ni même le regarder, sans que Lionel n’interprète son attitude de façon négative.

Le manque de confiance en soi peut être un moteur de ce mécanisme de projection : puisque je ne me sens pas en sécurité, la meilleure façon de me défendre, c’est d’imaginer le pire : ainsi, si le pire arrive, je ne serai pas pris au dépourvu.

La relation avec une personne qui a tendance à utiliser la projection peut se compliquer quand elle a projeté sur vous quelque chose de trop positif, quand elle vous a idéalisé. En effet, si vous ne vous en rendez pas compte aussitôt – vous n’êtes qu’un humain après tout – un beau jour, vous faites une erreur et à ses yeux vous tombez de très haut, vous devenez moins que rien. Alors cette personne va vous rendre responsable de la perte de l’image qu’elle avait de vous, elle va se sentir trahie et vous en fera subir les conséquences. « Comment, toi que je croyais si bien, tu as pu me faite une chose pareille, à moi qui t’admirais ? »

Il est donc important, dans la relation avec une telle personne, d’attirer sa vigilance sur le fait que vous êtes humain et faillible, et non pas parfait. Car une fois la trahison ressentie, c’est vraiment très difficile de rattraper la chose. 



Renaud Cherel



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lundi 23 septembre 2013

Les mécanismes de défense psychologique

Tous les êtres vivants, pour survivre, doivent se protéger contre les agressions de leur environnement, que ce soient des éléments physiques comme les écarts de température ou le manque d’eau, ou bien des attaques de prédateurs ou de concurrents. En ce qui concerne les êtres humains, ils semblent a priori bien peu protégés : ils n’ont pas d’épaisse fourrure pour se préserver du froid, ils ne disposent pas de canines acérées ou de cornes redoutables pour se défendre contre les animaux sauvages, ni de cuir épais pour se prémunir contre les piqûres d’insectes… on pourrait ainsi continuer la liste de ce qu’ils n’ont pas. Par contre, sur le plan mental, ils ont développé un arsenal considérable qui leur permet de faire face à la plupart des situations.

Comme les Romains installaient différents systèmes de défense
autour de leurs camps fortifiés, ainsi faisons-nous pour protéger
notre identité personnelle.
C’est ainsi que nous disposons de très nombreuses ressources intérieures pour faire face à la vie, pour nous défendre de tout ce qui pourrait nous agresser, mais aussi maintenir le sens de notre identité et nous sécuriser. Ces ressources peuvent aussi nous aider à nous épanouir, quelles que soient les conditions dans lesquelles nous vivons.

Les spécialistes appellent ces ressources intérieures les « mécanismes de défense ». Ceux-ci sont très nombreux, puisque le psychologue Alain Braconnier en dénombre vingt-sept. Cependant, depuis notre tendre enfance, nous avons eu tendance à n’en privilégier qu’un nombre restreint, et souvent à ne recourir qu’à ceux-là, qui nous sécurisent, au détriment de tous les autres. Ces mécanismes de défense opèrent généralement à l'arrière-plan, sans que nous en ayons vraiment conscience, mais deviennent particulièrement actifs quand nous nous sentons menacés. C’est un peu comme si nous avions recours à une gamme automatique de réactions, sans pouvoir en sortir ; et il peut nous arriver, après coup, de regretter notre réaction et nous dire : « Mais pourquoi donc ai-je réagi comme cela ? Ce n’était vraiment pas la meilleure façon de faire, mais je n’ai pas pu m’en empêcher ! » Ainsi, même si ces mécanismes préférentiels ont pu nous être utiles à une période antérieure de notre vie, le fait d’avoir restreint notre palette de réponses peut nous être défavorable aujourd'hui.

À l’extrême, l’usage excessif du même mécanisme dans pratiquement toutes les situations peut être considéré comme pathologique. Ainsi, Serge a tendance à interpréter tout intervention d’autrui comme agressive ; si on lui dit « il fait beau aujourd'hui », il va chercher quelle est la critique voilée de cette phrase et si on lui offre un cadeau, il va y trouver une mauvaise intention cachée. Il utilise le mécanisme de projection, en prêtant à son interlocuteur des intentions négatives qu’il n’a pas forcément. En conséquence de quoi, il n’a pas d’amis et beaucoup de ses relations le fuient.

Comme la projection, certaines stratégies défensives peuvent avoir des conséquences dommageables pour notre vie relationnelle. Inversement, d’autres mécanismes de défense ont des conséquences plutôt heureuses en nous permettant de réduire les tensions. C’est le cas de l’humour, la sublimation, l’affirmation de soi, l’anticipation, l’action, le recours à autrui, l’auto-observation.

Nous pourrons examiner ces mécanismes dans les semaines et les mois à venir.


Renaud Cherel



Alain Braconnier, dans Protéger son soi pour vivre pleinement, définit 27 mécanismes de défense, répartis en trois groupes. Dans le premier, baptisé « efficacité maximale », il regroupe ce qu’il appelle les défenses « heureuses » : des forces intérieures qui préservent le bien-être de la personne. Dans le second, intitulé « Prise sur soi », il rassemble des ressources dont l’efficacité est partielle et dont l’utilisation représente un certain coût psychologique. Dans le troisième, « Dernier recours », il rassemble des mécanismes que l’on peut utiliser en situation extrême mais qui s’avèrent très nocifs à forte dose.
J'ai noté en bleu les mécanismes abordés dans ce blog.

Groupe « Efficacité maximale »
Rassemble 7 mécanismes, qui ne sont pas considérés comme pathologiques :
1. Humour : Moyen de parvenir à éviter une situation pénible pour soi ou pour les autres grâce à une plaisanterie ou à un mot d’esprit.
2. Sublimation : Mécanisme permettant de détourner la satisfaction interdite des pulsions vers une activité ou une réalisation acceptable et socialement valorisée.
3. Auto-observation : Outil permettant de se donner le temps de la réflexion pour ne pas réagir trop affectivement ou impulsivement.
4. Affirmation de soi : Fait d’exprimer clairement et directement ses sentiments et ses souhaits sans angoisse excessive ou culpabilité.
5. Anticipation : Mécanisme consistant à imaginer des solutions ou des situations futures susceptibles d’atténuer le stress engendré par la prévision de problèmes à venir.
6. Action : Fait de recourir à l’action utile et réfléchie, sans tomber dans l’activisme ou céder au passage à l’acte impulsif.
7. Recours à autrui : Capacité à rechercher l’aide et le soutien de quelqu’un d’autre que soi pour faire face à une situation difficile.
Remarque:
Alain Braconnier cite l'action comme mécanisme de défense; d'autres auteurs y ajoutent l'activisme ou suractivité qui poussaient être classés dans le groupe "prise sur soi".

Groupe « Prise sur soi »
Ce groupe rassemble 14 mécanismes :
1. Identification : Mécanisme consistant à s’attribuer inconsciemment un aspect de l’autre que l’on désire posséder par l’attrait qu’il représente pour soi.
2. Séduction : Mécanisme permettant d’apaiser ses tourments ou la crainte de l’autre en suscitant un intérêt, un attrait ou une complicité.
Ce mécanisme n’est pas cité par la plupart des auteurs.
3. Mise à l’écart : Consiste à éviter de penser momentanément aux choses désagréables. Alain Braconnier le différencie du refoulement par le niveau de la mise à l’écart : ici, les objets mis à l’écart sont atteignables par le conscient, alors que dans le refoulement, ils sont rejetés dans l’inconscient.
Ce mécanisme n’est pas cité par la plupart des auteurs.
4. Intellectualisation : Consiste à contrôler, par un usage excessif de réflexion, de généralisation ou d’abstraction, les représentations gênantes pour éviter de ressentir ce qu’on éprouve en réalité. À un degré de plus, c’est la rationalisation qui, à la différence de l’intellectualisation, déforme la réalité : les pensées et les sentiments internes sont dissimulés derrière des explications rassurantes mais erronées et parfois même incompréhensibles aux autres.
5. Refoulement : Opération consistant à rejeter et conserver dans l’inconscient les représentations inacceptables. C’est le mécanisme le plus général chez l’être humain et le plus anciennement décrit. Il peut être considéré comme un processus psychique universel en tant qu’il serait à l’origine de la constitution de l’inconscient comme domaine séparé du reste du psychisme.
6. Déplacement : Consiste à séparer une représentation pénible de son affect, l’affect étant reporté, par connexion associative, sur une autre représentation plus acceptable.
Pour les freudiens, ce type de phénomènes est particulièrement repérable dans l’analyse du rêve et, d’une façon générale, dans toute formation  de l’inconscient.
7. Fuite : Mécanisme qui permet de s’épargner la rencontre d’une représentation pénible de soi et/ou des autres.
8. Altruisme : L’altruisme n’est pas en soi un mécanisme de défense mais il peut le devenir, quand il s’agit de pratiquer la générosité pour trouver de la satisfaction en soi. Peut conduire au piège de la dépendance.
Ce mécanisme n’est pas cité par la plupart des auteurs.
9. Formation réactionnelle ou inversion des sentiments : Attitude consistant à retirer l’énergie portant sur des représentations inquiétantes pour la contre-investir dans un comportement acceptable et diamétralement opposé.
10. Isolation : Consiste à penser sans rien ressentir, à séparer la représentation pénible de son affect, l’affect étant refoulé tandis que la représentation demeure consciente, mais privée de toute connexion associative.
11. Annulation rétroactive : Consiste en une marche arrière, le fait d’annuler, après énonciation, certaine représentations pénibles au moyen d’actes ou de pensées qui sont mis à la place.
12. Somatisation : Mécanisme consistant à utiliser son corps pour exprimer une plainte ou un mal-être et ainsi demander de l’aide.
13. Rêverie solitaire/autistique : Fait de se réfugier dans son imaginaire, à ses fantasmes, pour contrebalancer l’angoisse suscitée par la réalité telle qu’on la perçoit.
14. Idéalisation et dépréciation : Fait d’attribuer à soi ou à autrui des qualités exagérées. La dépréciation est l’attitude défensive inverse.
Remarques : 
L’introjection est un mécanisme non cité par Braconnier mais présent chez d’autres auteurs. Par ce mécanisme, le sujet fait passer des objets, avec leurs qualités, du « dehors » au « dedans » de soi.

Groupe « Dernier recours »
6 mécanismes :
1. Agressivité passive : Exprimer son ressentiment par une position passive et une manière détournée d’atteindre l’autre.
2. Passage à l’acte : Substituer à la réflexion ou au vécu des sentiments un acte impulsif destiné à décharger les tensions.
3. Régression : Retourner aux stades antérieurs de l’enfance.
4. Clivage : Considérer les autres, et soi-même, comme entièrement bons ou entièrement mauvais, avec uniquement des qualités ou uniquement des défauts, mais jamais les deux ensemble.
5. Projection : Refuser les sensations pénibles et agressives que l’on ressent en les attribuant aux autres ou au monde extérieur. Processus qui peut aller jusqu’à la haine, le sentiment de persécution et le délire.
6. Déni : Nier, partiellement ou totalement, la réalité, psychique ou externe, d’une perception liée à une représentation pénible. Peut aller jusqu’au délire, c’est-à-dire à la création d’une néoréalité plus acceptable.

Bibliographie

Alain BRACONNIER : Protéger son soi pour vivre pleinement, éd. Odile Jacob, 2010. 
Psychiatre et psychologue, l’auteur nous présente dans ce livre les principaux mécanismes de défense que nous utilisons pour nous protéger (il en dénombre 27). Le Dr BRACONNIER montre que nous avons souvent tendance à nous limiter à un nombre très restreint de ces défenses, quelle que soit la situation. Dans cet ouvrage, il nous explique comment utiliser toute la palette de ces défenses à bon escient, en choisissant quelle ressource intérieure mobiliser selon les circonstances. 

Un livre très éclairant.


lundi 16 septembre 2013

Améliorer l'estime de soi


Améliorer l’estime de soi ne se fait pas en un claquement de doigts, évidemment ! Pour progresser, il me semble nécessaire de passer par plusieurs étapes successives :

- Où en suis-je ?
D’abord, établir ce que l’on pourrait appeler un diagnostic : où est-ce que j’en suis ? Il est très rare que l’on se trouve « nul » partout et toujours : même si je déprime aujourd'hui, il y a certainement eu des moments dans le passé où je me sentais bien. Quels sont les situations où je me sens à l’aise, où mon estime de moi est bonne, et inversement les situations où c’est tout le contraire ? Le mieux est de prendre des exemples précis, à la fois dans mon passé ancien et récent, pour éventuellement prendre conscience de mes comportements répétitifs.

De la même façon, identifier la façon dont je réagis face aux autres, quand ils me font des compliments ou au contraire des critiques. Dans quels domaines j’aime qu’on m’apprécie ? Mon apparence physique ? Mes performances sportives ? Mes qualités intellectuelles ? Ma sensibilité et mes qualités de cœur ? Ou bien suis-je surtout sensible au fait qu’on m’aime globalement, pour ce que je suis ? (C’est ce qu’on appelle la reconnaissance inconditionnelle).

Lister les signes de reconnaissance que je reçois régulièrement. Est-ce qu’il y en a assez ? Sinon, lesquels est-ce que j’aimerais recevoir ? Et quels sont les signes négatifs que je ne veux pas ? Enfin, lister les signes que j’envoie aux autres : sont-ils généralement positifs ou négatifs ?

- Où est-ce que je veux aller ?
Ayant établi le constat précédent, je peux imaginer la façon dont je me comporterais si j’avais une très bonne estime de moi. Cet exercice va me permettre d’identifier les domaines à travailler pour m’améliorer : qu’est-ce que je pourrais changer ? Précision : une bonne estime de soi n’est pas synonyme de vanité ou de forfanterie. Au contraire, le besoin d’étaler ses mérites est lié à une insécurité intérieure.

- Quels moyens vais-je utiliser pour y arriver ?
Un moyen simple pour améliorer son estime de soi, c’est de donner aux autres ce que l’on aimerait recevoir soi-même : un compliment, un geste, une aide…

Autre moyen : apprendre à recevoir les critiques constructives. Pour cela, travailler sur une critique reçue récemment. Distinguer ce qui concernait ma personne et mon comportement ; refuser la première (critique inconditionnelle) et voir si effectivement il y a des choses à améliorer dans ma façon de faire. Si oui, en tirer parti et remercier la personne de sa critique constructive.

Quelle est mon exigence vis-à-vis de moi-même ? Si elle est très élevée, n’y a-t-il pas des circonstances où je pourrais baisser la pression ? Dois-je systématiquement être parfait(e) dans tous les cas ? Je peux probablement me donner la permission de faire « moins que parfait » dans certains domaines moins essentiels. Inversement, si mon exigence est basse, je peux focaliser mon énergie sur quelques domaines essentiels.

Pour avancer, un coaching peut aussi être utile…


Renaud Cherel


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Bibliographie :


HAWKES Laurie: 50 exercices d’estime de soi, éd. Eyrolles, Paris 2009. 126 pages.


Les éditions Eyrolles proposent une série de petits livres en forme de carnet intitulés "50 exercices..." Facilement transportables, ils proposent des exercices concrets permettant de se poser les bonnes questions sur une thématique donnée.
Celui-ci ne déroge pas à la règle. Dans cet opuscule, Laurie Hawkes, psychologue et psychothérapeute exerçant en France, propose des exercices inspirés de sa pratique quotidienne. Ceux-ci permettent de se questionner sur soi et sur son rapport aux autres, et les réponses possibles sont assortis de commentaires. Le tout est inspiré de l’analyse transactionnelle.