Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...

lundi 2 avril 2012

Se situer dans le temps


Montre molle (Salvador Dali)
Peut-être avez-vous remarqué combien nous sommes différents dans notre façon d’aborder, dans notre quotidien, les notions d’espace et de temps. Certains d’entre nous se sentent à l’aise pour évoluer dans l’espace mais moins bien dans le temps ; d’autres vivent dans le temps mais ne se meuvent pas très aisément dans l’espace ; enfin, nous connaissons des personnes qui semblent autant à l’aise dans l’un des domaines que dans l’autre et qui parviennent à équilibrer toutes les dimensions.

Je vous propose, à travers quelques exemples, d’examiner d’abord comment on peut se situer par rapport au temps qui passe. Car on peut se sentir préoccupé par le temps de façons fort variées :

Renée est particulièrement préoccupée par l’avenir et passe beaucoup de temps à se projeter dans le futur ; pour prévenir les accidents ou désagréments qui risquent de survenir, elle cherche à mettre en place mille stratégies aptes à y remédier. Par exemple, pour effectuer un déplacement, même de courte durée, elle emmène toujours une petite laine : « on ne sait jamais » ; tous ses objets personnels sont munis d’une étiquette avec son nom et son adresse : « au cas où je l’égare, on pourra me le renvoyer »…

Pour Marius, il a une vision plus optimiste du futur : demain est riche de promesses et il poursuit régulièrement plusieurs projets en même temps ; il se projette dans le futur pour planifier des activités intéressantes ou agréables. Capable de zapper sur autre chose si un projet ne peut pas se faire, il a toujours en réserve des alternatives et se trouve rarement pris au dépourvu.

Françoise est aussi sensible à la dimension du temps, mais d’une autre manière : préoccupée par le passé, elle aime se plonger dans ses souvenirs, dans la nostalgie d’un temps heureux qui n’est plus. Elle retient surtout les aspects positifs de ses souvenirs en effaçant plus ou moins consciemment les expériences difficiles ou douloureuses qu’elle a pu vivre. Elle passe de longs moments à se remémorer cet âge d’or, ce bon vieux temps où les choses étaient bien mieux qu’aujourd'hui. Elle en conserve un regret perpétuel, qui teintera toujours le présent qu’elle vit d’une certaine forme de tristesse et de mélancolie.

D’autres personnes sont, comme Françoise, occupées par leurs souvenirs, mais, contrairement à celle-ci, elles ont tendance à effacer les moments agréables pour se focaliser sur les réminiscences des expériences difficiles ou douloureuses.

Quant à Oswald, que ses collaborateurs qualifient volontiers de visionnaire, il se trouve lui aussi tendu dans le temps mais à l’opposé de Françoise, vers le futur lointain d’un monde qu’il voudrait idéal. Toutes ses actions présentes sont ordonnées en vue d’améliorer les choses, afin d’atteindre un jour cet idéal lointain de perfection qu’il entrevoie à l’horizon et dont le rêve lui insuffle une énergie qui entraîne les autres à sa suite.

Enfin, Nathan, lui, vit tout simplement dans le présent, goûtant intensément chaque instant qui lui est donné de vivre, sans trop se préoccuper de l’avenir et sans regret du passé.

Et vous, comment vous situez-vous par rapport au temps ?

Renaud CHEREL




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lundi 26 mars 2012

Exemplarité


Connaissez-vous cette histoire que l’on raconte à propos de Gandhi ?

Une mère conduisit son jeune fils chez le mahatma Gandhi au prix d’un long voyage via le train, l’autobus, le pousse-pousse et à pied. Elle supplia le maître : « Dites à mon fils d'arrêter de manger du sucre ! » Gandhi se tut un moment, puis déclara : « Reviens avec lui dans deux semaines. »
Ils revinrent comme prévu, deux semaines plus tard : train, autobus, etc. Le mahatma regarda le jeune garçon dans les yeux et lui dit : « Arrête de manger du sucre. » Reconnaissante mais étonnée, la femme lui dit : « Pourquoi m'avez-vous demandé de revenir dans deux semaines ? Vous auriez pu lui dire cela la première fois où je suis venue. »
Gandhi répondit : « Il y a deux semaines, moi aussi je mangeais du sucre. »

Dans notre société où l’individualisme règne en maître, l’idée même de donner l’exemple peut paraître ringarde, dépassée : quel frein ce serait à la liberté individuelle ! Les messages serinés par la publicité et les médias nous enjoignent de laisser chacun mener sa vie comme il l’entend ; les hommes et les femmes en vue ne se gênent plus pour étaler des aspects peu reluisants de leur vie privée.

C’est oublier que tout ce qui s’expose en public sert de repère, même si telle n’était pas l’intention de l’auteur. Le comportement d’une personnalité connue peut jeter le trouble, voire renverser les systèmes de valeurs de ses admirateurs. En effet, si telle personne en vue est admirée pour sa réussite, son autorité, ou tout autre critère, dans bien des cas sa conduite fera partie du lot. Car bien souvent, nous avons du mal à différencier une personne de ses actes : nous prenons le tout d’un bloc. Si donc cette personne admirée commet un délit, nous serons tentés de lui trouver quelque excuse et le délit nous semblera moins grave. Ses mensonges banaliseront le mensonge et appelleront des mensonges en retour. Il en sera de même pour la tromperie, la ruse, l'injustice. Heureusement, l'inverse est également vrai : l’exemple de Gandhi ne laisse pas indifférent.

Ceux qui sont en position d’autorité ont donc du pouvoir sur la définition du bien et du mal. Certains d’entre nous peuvent se dire : « Mais je ne suis pas une star connue dans les médias, je ne suis ni ministre, ni chef d’État, donc cela ne me concerne pas… »

Pourtant, réfléchissons : n’avons-nous jamais été l’objet de l’admiration de quelqu’un ? N’avons-nous jamais éprouvé du respect pour le sérieux, la compétence de tel supérieur hiérarchique ? N’avons-nous jamais eu l’occasion d’admirer le comportement citoyen d’un inconnu dans la rue ? Que nous soyons dirigeant, cadre en entreprise, parent ou éducateur, membre d’une association d’un mouvement ou d’un parti, piéton ou automobiliste, nous avons tous, à des degrés divers, l’occasion d’être un exemple pour d’autres.

Par mon comportement, je peux semer la transparence, l'équité, la justice, le respect. Qu’est-ce qui m’en empêche ?

Renaud CHEREL





Bibliographie :
José Frèches : Gandhi – Tome 1 : Je suis un soldat de la paix. XO éditions, 2007.

José Frèches nous livre ici une grande fresque de la vie de celui qui a fait ployer l’Empire britannique grâce à la désobéissance civile menée dans la non-violence. Dans ce premier tome, il décrit l’enfance de Gandhi, ses études à Londres, ses premières luttes pour la justice en Afrique du Sud puis en Inde. Passionnant.

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    Admiration

lundi 19 mars 2012

Croyances et relations sociales


Confiance ou méfiance envers les autres ?
Dans le message précédent (voir Croyances et savoirs), j’ai évoqué la part que nos croyances occupent dans le domaine de la connaissance dite scientifique. Dans le domaine social, la part des croyances est évidemment bien plus importante.

-« Moi, je me méfie de ce qu’on me raconte, affirme Gontran ; surtout quand je ne connais pas très bien mon interlocuteur, je me débrouille pour faire des recoupements et des vérifications. J’ai toujours des doutes qui m’assaillent, sur les autres et sur moi-même… »

-« Je me reproche parfois d’être trop confiante dans les autres, soupire Élisabeth, et parfois ça me joue des tours ; mais d’un autre côté, comment peut-on avoir des rapports humains si on ne fait pas confiance ? »
En effet, il est très difficile, sinon impossible, d’entretenir des relations sociales harmonieuses sans un minimum de croyance ou de foi dans l’autre. Si je ne crois en aucun cas ce que l’autre me dit, si je dois passer par une vérification systématique de tout ce que j’entends, je tombe dans la paranoïa et les relations deviennent singulièrement difficiles. Dans la vie quotidienne, beaucoup de nos liens sociaux sont tissés de confiance.

Je prends un exemple qui me paraît fondamental car il a des conséquences sur le fonctionnement de la société : le père croit que ses enfants sont de lui sur la parole de sa femme ; mais avant l’avènement des analyses génétiques, il n’avait aucun moyen objectif de le vérifier. Dans certaines sociétés, ce fait a entraîné la construction de systèmes très rigides pour tenter d’enlever à la femme toute possibilité d’avoir des relations sexuelles avec un autre homme que son mari. Les relations hommes-femmes sont alors construites sur la méfiance réciproque et non sur la confiance.

De la même façon, l’amitié ne peut qu’être construite sur la confiance. Cela ne signifie pas qu’il faille tout dire à son meilleur ami ou à sa meilleure amie : à chacun de discerner ce qu’il y a lieu de dire et de ne pas dire. Croire, c’est accepter la possibilité d’être trompé ; cependant, sans un minimum de confiance réciproque, il n’y a pas d’amitié possible.

Si dans une société donnée, les relations entre conjoints ou entre amis sont tissées de méfiance, alors, me semble-t-il, il y a forcément des conséquences dans le fonctionnement global de cette société qui devient plus rigide, plus segmentée, moins adaptable, moins tolérante.

Mais jusqu’où faire confiance sans tomber dans la crédulité, cette propension à croire trop facilement, trop hâtivement ou sans examen critique ? À ce propos, il est intéressant de se demander qui est crédule à mes yeux ? La réponse est souvent l’autre : les primitifs, les enfants, les hommes des époques précédentes… mais pas moi ! Il est souvent plus facile de reconnaître la crédulité de l’autre que la mienne, surtout quand il est éloigné dans le temps ou dans l’espace.

Pour maintenir des relations sociales satisfaisantes, il me faut donc naviguer avec discernement entre les deux écueils de la méfiance systématique et de la crédulité, ce qui n’est pas toujours tâche aisée !

Renaud CHEREL



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    Construire l'image de soi
    Briser la glace
    Tutoiement et vouvoiement

lundi 12 mars 2012

Croyances et savoirs


Le monde ne se réduit pas aux équations, comme croit le savant Cosinus
Notre société actuelle est bâtie – au moins dans son discours, dans sa façade, sinon dans ses fondements – sur la question du savoir. Depuis le siècle des lumières et probablement bien avant avec les philosophes grecs, beaucoup d’efforts ont été faits pour abattre les croyances qui se dressaient comme des obstacles à la compréhension de l’univers et au plein épanouissement de l’homme. Ce discours, que nous avons appris à l’école, nous prescrit de ne croire que ce qui peut être prouvé et à rejeter ce qui ne peut pas l’être ; à ne raisonner qu’en termes de causalité : les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ce même discours nous enjoint à nous appuyer sur des savoirs et non des croyances. En ce qui me concerne personnellement, j’ai suivi des études scientifiques ; dans mon métier d’ingénieur, cela allait de soi et je n’ai pas vraiment remis en question ces bases pendant des décennies. Pourtant, au fil du temps, je me suis rendu compte que des grains de sables grippaient ce beau mécanisme du raisonnement rationalisant et que tout un chacun s’appuyait bien plus sur des croyances que sur des savoirs.

Premier constat : il est impossible à un individu donné de prouver tout ce qu’il dit savoir ; l’ensemble des connaissances accessibles aujourd'hui est bien trop vaste pour cela. Ainsi, quand j’appuie sur un interrupteur électrique, je crois qu’un flux d’électrons parcourt les fils jusqu’à l’ampoule, que leur circulation échauffe le filament, ou le gaz présent dans l’ampoule, et que cet échauffement rend le gaz lumineux. Mais je suis bien incapable de le prouver, car je ne possède pas la totalité des connaissances nécessaires ; et même si je connaissais tout de la théorie, je n’aurais pas à ma disposition le matériel d’expérimentation indispensable pour en mettre en œuvre la preuve concrète. Je fais donc confiance à mes professeurs de physique qui me l’ont enseigné à l’école, aux documents publiés sur le sujet ainsi qu’aux fabricants de matériel électrique…

Si je passais ainsi en revue les domaines où je fais confiance à d’autres dans le cadre de ma vie quotidienne, je trouverais probablement des centaines ou des milliers d’occurrences où il me faut faire confiance à d’autres sans avoir de preuve directe. Même avec du matériel sophistiqué, il ne suffirait probablement pas d’une vie entière pour prouver que tout ce qui nous entoure fonctionne de cette façon et pas autrement. Et même après avoir fait tout ce travail, je réaliserais qu’un très grand nombre de choses demeurent sans explication.

Il me faut donc bien admettre que la plupart de mes savoirs, même s’ils sont théoriquement prouvables, sont difficiles à distinguer de mes croyances. Encore me suis-je limité à des exemples matériels. Si nous portons notre réflexion dans le domaine humain, les choses deviennent encore plus difficiles.

Faut-il pour autant rejeter toute notion de savoir objectif ? Que non pas ! Mais admettons seulement que tout ne peut pas être expliqué scientifiquement et que certains domaines de l’expérience humaine puissent échapper à notre rationalité.

Renaud CHEREL


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    Nos croyances
    Croyances et relations sociales
    Logique et logiques
    Faut-il chercher à tout comprendre?
    Être informé n'est pas connaitre


lundi 5 mars 2012

Date de péremption


Certains d’entre nous passent beaucoup de leur temps à anticiper, à se demander de quoi demain sera fait, et à prévoir ce qui peut arriver de façon à prendre les mesures nécessaires pour y faire face ; d’autres, au contraire, vivent dans le présent, sans trop se préoccuper de l’avenir. Pourtant, dans notre vie quotidienne, nous sommes sans cesse sollicités à nous projeter dans l’avenir.

Par exemple, chaque fois que nous manipulons des médicaments ou des aliments conditionnés, nous trouvons sur l’emballage une date de péremption, au-delà de laquelle le produit n’est plus consommable. Dans sa banalité, cette date de péremption passe la plupart du temps inaperçue ; et pourtant, si on prend le temps d’y réfléchir un instant, elle nous rappelle quelques vérités profondes :

D’abord, c’est un rappel de la corruptibilité des choses : rien de dure éternellement, tout est amené à se détériorer, à se gâter, à pourrir. Au-delà d’un certain délai, les propriétés de cet aliment ou de ce médicament auront tellement changé que non seulement il ne sera plus nourrissant ou apte à me guérir, mais il risque de devenir un poison pour moi. Ce produit qui m’était utile sera devenu inutile pour moi, voire toxique.

Ensuite, la date de péremption est une projection dans l’avenir. Prenez un aliment emballé quelconque, il vous projette dans un avenir plus ou moins proche :
- pour les viandes et poissons, les fruits et légumes, les laitages frais, le délai est de quelques jours ;
- le lait UHT vous projette dans un avenir de trois ou quatre mois ;
- la confiture vous envoie dans un futur de deux ans ;
- les pâtes alimentaires et certains légumes secs dans deux ou trois ans ;
- et des conserves peuvent vous emporter encore plus loin, cinq ans ou davantage.

Mais certaines catégories d’aliments ne portent pas de date de péremption ; c’est le cas par exemple du vin : s’il s’agit d’un bon cru, vous pouvez conserver votre bouteille aussi longtemps que vous le désirez, à condition d’avoir une bonne cave, bien sûr ! Et aucune règle ne vous enjoindra de le consommer avant telle date : à vous de juger quel est le meilleur moment pour le boire…

Ces considérations peuvent avoir un écho plus personnel : est-ce que je me considère comme quelque chose d’utile ? Et dans ce cas, quelle est ma « date de péremption » personnelle ? Cette date de péremption, on peut imaginer que ce sera le moment où la société jugera que je n’ai plus d’utilité… Est-ce que je me vois comme les produits frais ou comme les boîtes de conserves ? Ou bien est-ce que je m’imagine, de ce point de vue, plutôt comme un bon vin, qui se bonifie avec l’âge, et qui n’a pas de date de péremption définie ? Ai-je une idée du moment où l’on jugera que je ne suis plus utile à personne ? Ou est-ce que pour moi la valeur et la dignité de la personne humaine sont d’un autre ordre que son « utilité » ?

Renaud CHEREL


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    Nous sommes mortels 
    Finitude

lundi 27 février 2012

Décrypter le langage non verbal


Nous passons beaucoup de temps à interpréter intuitivement les signes non verbaux envoyés par nos interlocuteurs. Mais le faire consciemment pour en tirer des conclusions utiles s’avère plus difficile. Car en effet, chaque personne fonctionne sur son registre propre ; certains sont très démonstratifs alors que d’autres paraissent impassibles. L’interprétation est aussi fonction du contexte social et culturel de la personne. Il s’agit donc d’abord de noter ce registre de fonctionnement : comment cette personne agit-elle habituellement ? Plus que les gestes en eux-mêmes, c’est le changement de rythme (intensification ou affaiblissement) ou l’apparition d’un geste inhabituel qui est indicateur de ce qui se passe chez la personne.

Enfin, il est important de distinguer entre une cause objective externe (la personne porte la main au visage pour chasser un moucheron) et une cause subjective interne (la personne fait le même geste parce qu’elle se sent gênée).

Dans le message précédent (voir Langage non verbal) j'avais évoqué la correspondance qui existe ou pas entre le langage verbal et non verbal d'une personne (la congruence). Notons que les signes de langage non verbal sont émis par tout le corps et non pas seulement par le visage : par exemple, l’observation des jambes et des pieds peut donner de bonnes indications sur l’état émotionnel de la personne. Ceci étant dit, il va de soi que notre visage, grâce à la mobilisation de très nombreux muscles, est le plus capable d’exprimer une grande variété d’émotions.

"Je ne veux pas te voir"
Quand Mélanie écoute son amie Olga, son visage est légèrement penché, dans une attitude réceptive, et elle lui sourie de manière vraie : ses yeux s’étirent en même temps que sa bouche. Mais quand elle écoute sa vieille tante Augustine qui lui raconte pour la centième fois les mêmes histoires, le sourire de Mélanie est de convenance, et ses yeux ne rient pas. De temps en temps, elle fermer les yeux ou se frotte l’oreille, comme pour dire à sa tante : je ne veux pas te voir, je ne veux pas t’entendre…

Nos mains sont des outils extraordinaires qui nous mettent en contact avec le monde et nous permettent d’agir sur lui. Nos mains sont extrêmement expressives et nous permettent de manifester une large gamme d’émotions. Nos gestes améliorent notre crédibilité : une bonne gestuelle des mains renforce considérablement les messages que nous émettons et améliorent notre force de persuasion. Ceci étant, un méditerranéen parlera davantage avec les mains qu’un habitant d’Europe du Nord qui, lui, sera plus réservé. Mais s’il cesse d’agiter ses mains, ou s’il les fait disparaître sous la table, cela pose question.

Geste de réconfort :
frottement des paumes
Notons que beaucoup de gestes de frottement des mains, ou le fait de se toucher ou masser une partie du corps, sont des signes de réconfort : cela signifie que juste avant, la personne a probablement ressenti une gêne, un stress quelconque.





Geste de réconfort :
la main frotte le cou
Geste de réconfort :
main sur la fourchette sternale
Geste barrière

De la même façon, les gestes barrière, comme croiser les bras, tenir un objet plus ou moins serré devant soi, peuvent indiquer un besoin de protection.



Geste : manipulation d'un crayon
Enfin le fait de jouer avec ses doigts ou avec un menu objet, peut être signe d’une certaine nervosité.






Mais ces interprétations doivent être confortées par d’autres observations pour être validées.

Photos : Renaud Cherel. Merci à Sophie Pérès, conteuse professionnelle, pour la gestuelle.

Renaud CHEREL


Ce message vous a plu ? Vous pouvez voir aussi dans ce blog :
    Langage non verbal
    Nos mains

Liens externes : 
    Les gestes qui vous trahissent
    Contes et bricoles site de Sophie Pérès

Bibliographie :
Navarro Joe : Ces gestes qui parlent à votre place, Ixelles éditions, Bruxelles 2010. 284 pages.
Ce livre détaille les gestes des différentes parties du corps : le visage, le buste, les mains, les bras, l'ensemble du corps, les jambes et les pieds. Écrit par un ancien agent du contre-espionnage US et un psychologue, il vous aide à décoder nombre de gestes rencontré dans la plupart des situations professionnelles ou privées. Approche  anglo-saxonne, pragmatique et efficace.


Cuzacq Marie-Laure : Comprendre le langage du corps en 35 leçons, éditions ESI, Paris 2012. 192 pages.
Ce livre traite du même sujet, mais avec une approche différente, plus psychologique : l’auteure montre, en s'appuyant sur des témoignages, comment le langage corporel exprime les grandes familles d’émotions (joie, tristesse, colère, peur), puis étudie un certain nombre de gestes universels et donne quelques conseils pratiques : travail de la respiration, de la voix, du look. Enfin, elle apporte quelques considérations plus générales.


lundi 20 février 2012

Le langage non verbal


Quand nous communiquons avec d’autres personnes, l’information échangée ne passe pas seulement dans les paroles que nous prononçons. Nous sommes aussi attentifs aux intonations de la voix, à la force avec laquelle les mots son assénés : c’est ce qu’on appelle le langage paraverbal. Enfin, nous interprétons les mimiques et la gestuelle de notre interlocuteur, et réciproquement : c’est le langage non verbal.

De nombreux spécialistes, dont le chercheur américain Mehrabian, ont cherché à évaluer l’importance relative de ces trois langages lors d’un échange entre deux ou plusieurs personnes. Les résultants sont étonnants : dans une conférence, c’est le contenu des mots qui prime, mais leur impact n’est que de 53% sur les auditeurs, alors que le non verbal les impacte à 32%. Plus surprenant encore : dans les interactions quotidiennes, le contenu des mots n’intervient que très peu, autour de 7%, alors que le non-verbal participe à 55% à l’impact sur l’interlocuteur.

Comment se fait-il que le contenu des mots soit si peu important dans nos interactions avec les autres ? N’oublions pas que, pendant la plus grande partie de son histoire, l’espèce humaine s’est exprimée par des gestes. Le langage est apparu très récemment, il y a quelques dizaines de milliers d’années, alors que l’espèce humaine existait depuis déjà très longtemps.

C’est pourquoi, si l’on cherche à améliorer sa relation avec autrui, il est essentiel d’avoir une bonne communication non verbale. Bien sûr, l’essentiel se passe de façon inconsciente, et nous passons beaucoup de temps à évaluer les autres en observant leurs comportements sans toujours nous en rendre compte. Mais, de la même façon qu’à l’école nous avons étudié la langue que nous parlons, il n’est pas inutile de connaître un peu mieux la grammaire de ce langage non-verbal.

La congruence est une des choses auxquelles nous sommes souvent attentifs : est-ce que les paroles de la personne en face de moi concordent avec son langage non-verbal ? En fait, nous utilisons souvent des artifices dans nos interactions sociales, un peu comme on utilise des figures de style dans l’écriture. Par exemple :

Masque de carnaval brésilien (photo R. Cherel)
-« Oh ! Quel beau cadeau ! Merci, Mamie, ça me fait tellement plaisir ! » dit Mélanie, un grand sourire aux lèvres, les yeux écarquillés. En fait, Mélanie exagère son expression de surprise car elle sait que cela fera plaisir à sa grand-mère : elle pratique l’intensification.
Par contre, face à son amie Olga qu’elle sait déprimée, Mélanie minimise l’expression de sa joie car elle pense que cela serait quelque peu déplacé : elle pratique l’atténuation.

Pierrick ne veut pas laisser apparaître ses émotions lorsqu’il est en situation professionnelle et affiche un visage impassible. Il a adopté cette attitude depuis tant d’années qu’elle est devenue une seconde nature pour lui : c’est la neutralisation.

Quant à Mathias, c’est plus compliqué, il a tendance à pratiquer le masquage : ressentant son environnement comme hostile, il tente de donner le change en remplaçant l’expression d’un sentiment par un autre, affectant l’assurance alors qu’au fond il craint d’être mis dehors à la prochaine restructuration.

Dans le message suivant (voir Décrypter le langage non verbal), nous verrons quelques moyens de décrypter le langage non verbal.

Renaud CHEREL

Ce message vous a plu ? Vous pouvez lire aussi dans ce blog : 
    Nos mains
    Les neurones miroirs

Liens externes : 
Communication non verbale