Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...
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mardi 2 novembre 2010

Registres sensoriels

Chacun sait que nous percevons le monde grâce à nos cinq sens : la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût. Mais avons-nous conscience que, dans une situation donnée, nous en privilégions volontiers certains par rapport à d’autres ? Inconsciemment, nous filtrons parmi les informations sensorielles qui nous arrivent de notre environnement, et cela a des répercussions sur notre représentation du monde ainsi que sur notre façon de parler. Prenons l’exemple de trois amies qui discutent :

Anna : « Ce garçon, il me faisait tout un cinéma pour rien ! Tu vois, là, j’étais rouge de colère. En un clin d'œil, j’ai considéré la situation et, sans l'ombre d'un doute, je lui ai répondu vertement d’aller voir ailleurs, lui et ses idées noires. »

Barbara : « Écoute, Anna, j’entends bien ce que tu me dis ; à vrai dire, je sais que tu as ton franc-parler, je dirais même que tu as la langue bien pendue. Mais je ne vais pas mâcher mes mots : quand je t’entends parler ainsi, je me demande si tu ne devrais pas un peu tenir ta langue… »

Nadine intervient : « Moi j’en ai plein le dos de vos discussions, je sens que vous êtes à côté de vos pompes toutes les deux et ça me démolis. Moi aussi j’en ai bavé, mais j’ai encaissé le coup, j’ai fait la part des choses et je ne reste pas plantée là, à sentir les autres tirer les ficelles… »

Cette conversation – un peu caricaturée pour les besoin de l’exemple ! – nous montre qu’Anna a fortement privilégié le registre visuel, tandis que Barbara préférait celui de l’audition ; quant à Nadine, elle s’exprimait presque uniquement dans le registre des sensations. Quoi de plus banal, me direz-vous ? Oui, mais cela a des conséquences importantes dans nos relations avec les autres : si ces trois amies continuent d’échanger chacune dans leur registre respectif, il y a de fortes chances qu’au bout d’un certain temps elles aient l’impression de ne pas se comprendre mutuel-lement, de ne plus s’entendre, au sens premier du terme. Leur relation risque de s’en trouver détériorée.

Prendre conscience de mes registres privilégiés, c’est une première étape pour mieux communiquer avec autrui. La seconde étape consistera à repérer les registres employés par mes interlocuteurs, de façon à être plus en empathie. Enfin, l’étape suivante sera de m’adapter à l’autre en utilisant le ou les registres sensoriels qu’il préfère dans cette situation particulière, quitte à changer de registre à un moment clé de la conversation – car nous pouvons bien sûr changer de registre selon les circonstances. Et là – miracle ! – la personne aura le sentiment d’être davantage comprise...

Quant à ceux d’entre nous dont l’activité les amène à communiquer devant des auditoires nombreux, notre communication sera plus efficace si elle a recours, en plus des représentations non spécifiques, purement intellectuelles, au moins aux trois registres sensoriels principaux.

Dans le prochain message (voir Etre présent à mes cinq sens), nous examinerons comment le fait d’être présent à nos sens peut nous aider à vivre mieux.

Renaud CHEREL


Voir aussi dans ce blog :
    Dans tous les sens
    Nos mains
    Nos souvenirs sont liés à nos sens

lundi 11 mai 2009

Dans tous les sens

-"Regarde-moi, je t'écoute !"
Pour entrer en contact avec le monde, nous utilisons nos cinq sens : la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat. Nous sommes sans arrêt sollicités par des sons, des images, des sensations, mais aussi par des odeurs et des goûts. Et inconsciemment, même si nous avons tous nos sens à notre disposition, chacun de nous a tendance à privilégier l’un ou l’autre. Imaginons une conversation entre Paul, sa femme Claire et un collègue, Paul :

Louis : « Je me demande ce qui s’est passé au bureau hier avec mon chef. Il n’a pas mâché ses mots quand le lui ai rendu mon rapport... On est en désaccord, mais pour tout dire, c’est un malentendu... »

Claire : « Arrête de broyer du noir, Louis ! Tu ne vois pas plus loin que le bout de ton nez ! Ne te fais pas tout un cinéma et prends une tasse de café : tu verras, en un clin d’œil, ça va t’éclaircir les idées. »

Paul : « Je la sens bien, cette situation, et je me mets à la place de Louis : à force d’encaisser les coups, il en a plein le dos, il va finir par se faire démolir. Dans des situations comme ça, il faut savoir marcher sur des œufs... »

Dans la réalité, nous passons souvent d’un registre sensoriel à l’autre, mais généralement l’un d’entre eux s’avère dominant et s’insinue jusque dans les mots que nous choisissons pour nous exprimer. Cet exemple de conversation montre, de manière un peu exagérée, comment chacun peut préférer un registre sensoriel dans le langage qu’il utilise : Louis est auditif, Claire est visuelle et Paul est tactile (kinesthésique, pour utiliser le mot exact).

Tout cela est bel et bon, me direz-vous, mais quel intérêt pratique cela a-t-il ?
Eh bien, tout simplement, celui de mieux communiquer avec les autres ! Si je me rends compte que mon interlocuteur est plutôt visuel, mon message passera peut-être mieux avec des formules telles que : « Voyez-vous... considérons ce point sous un autre angle... voilà notre plan... c’est une brillante idée ». Mais s’il est plutôt auditif, je peux lui répondre : « Je vous entends bien... c’est-à-dire que... je réponds de lui... c’est entendu ! » ; et s’il est kinesthésique : « J’ai le sentiment que... il faut creuser la question... je m’appuie sur vous... nous pouvons surmonter cet obstacle...»

Reste une autre façon de s’exprimer verbalement, en utilisant des locutions non spécifiques, faisant appel au domaine mental : « Je sais que... Connaissez-vous... ? On peut douter que... Identifions les problèmes... » Mais l’expérience montre que l’utilisation exclusive de ce type de formules peut donner un discours froid.

C’est pourquoi, face à une assistance multiple, l’idéal sera d’être attentif à faire alterner les différentes modalités sensorielles dans mon discours : ainsi, je pourrai capter l’attention des diverses sensibilités de l’auditoire et avoir une meilleure communication avec l'ensemble des participants.

Qu’en dites-vous ? C’est clair ? Ça vous touche ? Avez-vous compris ?


Renaud CHEREL  




Voir aussi dans ce blog :
    Les registres sensoriels
    Etre présent à mes 5 sens
    Nos mains