Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...
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lundi 23 novembre 2015

A la fois nomade et sédentaire

Dans le message précédent, j’ai opposé nomades et sédentaires. Avant d’aller plus loin, j’aimerais préciser que nous autres, Occidentaux, éprouvons le besoin de polariser les concepts par dualités : le noir opposé au blanc, le bien au mal, le pur à l’impur, le courage à la lâcheté, etc., contrairement aux Orientaux qui préfèrent considérer tous les intermédiaires entre deux opposés. 

Jusqu’à un certain point, ces oppositions sont justifiées : elles nous permettent certainement de mieux conceptualiser les choses, et de préciser ou de caractériser chacun des concepts étudiés. Mais ensuite, revenant à la réalité concrète, il nous faut prendre en compte toutes les nuances qu’elle nous présente, ce que bien souvent nous omettons de faire. Il en est évidemment de même pour le sujet qui nous occupe, l’opposition entre nomadisme et sédentarité. L’image du nomade véhicule des idées de liberté, de mouvement, de découverte de choses nouvelles ou inconnues ; le nomade est également insaisissable, imprévisible et donc a toujours posé dans nos sociétés sédentarisées la question de la sécurité. À l’inverse, l’image du sédentaire évoque la stabilité, la continuité, l’ancrage et donc la solidité ; par extension, une certaine sécurité.

Pourtant, on peut dire que chacun des deux a besoin de l’autre : le monde ne cesse de changer et le sédentaire a besoin de mouvement pour s’adapter au changement. De son côté, le nomade transporte avec lui une certaine permanence, sans laquelle il tomberait dans l’errance. Aujourd'hui, dans notre société, nous sommes tiraillés entre ces deux tendances. D’un côté, nous sommes poussés à la sédentarité, à la stabilité. Pour prendre deux exemples actuels :
- l’accès à la propriété privée du logement, même si elle n’est pas accessible à tous, est présenté comme un droit ; 
- par le biais d’Internet, les services à domicile se généralisent, et incitent les particuliers à se sédentariser encore davantage. 
Mais dans le même temps, nous sommes de plus en plus poussés à la mobilité, aussi bien dans la carrière professionnelle où la flexibilité est recherchée, que dans les loisirs, où les croisières et voyages en tous genres ne se sont jamais autant développés.

Dans ces conditions, difficile d’opposer sédentaires et nomades ! Les deux types de comportement sont nécessaires à la vie de la société, comme pour nous-mêmes. En général, on tend à être davantage sédentaire en vieillissant ; mais les seniors forment aujourd'hui les gros bataillons des agences de voyages… Par ailleurs, certains individus, très sédentaires physiquement, sont très nomades dans leur tête : je pense à Marcel Proust, reclus dans sa chambre une grande partie de sa vie, dont l’esprit était si vagabond. Plus près de nous, combien d’internautes conversent depuis chez eux avec des « amis » originaires de la planète entière !
Marcel Proust a composé son oeuvre sans presque jamais
quitter sa chambre... 

Nous gagnerons en harmonie en acceptant, en nous et autour de nous, les aspects sédentaires et nomades pour en tirer plus de richesse à travers leurs complémentarités. À nous de les doser selon le type d’activité, mais aussi selon les périodes de notre vie, certaines étant plus propices au nomadisme et d’autres nous appelant à plus de sédentarité.


Renaud CHEREL


Vous pouvez lire aussi dans ce blog des articles sur la même thématique :
    Nomades et sédentaires
    Permanence et changement

lundi 16 novembre 2015

Nomades et sédentaires

Nos ancêtres lointains étaient essentiellement des nomades
Nous sommes tous issus de peuples nomades, qui se sont sédentarisés avec le développement de l’agriculture. Mais aujourd'hui, contrairement à la tendance historique qui a vu la sédentarité s’accentuer en France, il semble que le nomadisme se développe à nouveau.
- Du fait des incertitudes sur le marché de l’emploi, les travailleurs sont plus mobiles qu’avant, et de moins en moins d’emploi sont garantis à vie.        
- Le nombre de SDF est en forte augmentation depuis le début de la crise de 2008.        
- Ceux qui ont un emploi stable et un domicile fixe passent plus de temps dans les transports pour se rendre au travail et voyagent davantage que par le passé.        
- Enfin, on peut parler d’un nomadisme virtuel, quand Internet nous met en relation avec pratiquement le monde entier.

Les technologies d'aujourd'hui favorisent le nomadisme.
Bien sûr, la différence essentielle entre les nomades et les sédentaires est liée à leur mobilité ; mais on peut dire aussi qu’elle se manifeste dans leur rapport au temps. Les nomades ont un regard à court terme, ils considèrent d’abord les événements et les choses à brève échéance ; à l’inverse, les sédentaires ont un regard à moyen ou à long terme, ils considèrent les choses et les événements dans la durée. Pas étonnant alors que, dans notre société où tout s’accélère, le nomadisme prenne de l’ampleur. Mais le nomade traditionnel fait partie d’un groupe itinérant avec lui. Alors qu’aujourd'hui, le groupe a explosé : le risque est grand que les nomades modernes ne se transforment en errants sans racines et sans but.

Certains auteurs, comme Claude Riveline, Professeur à l'École des mines de Paris, analysent le fonctionnement de la société à l’aide de l’opposition nomades – sédentaires. Ainsi, explique-t-il, dans l’entreprise, le producteur ou le fabriquant sera le plus souvent du côté sédentaire alors que le vendeur ou l’agent commercial sera du côté nomade. Dans la vie publique, l’élu est de type nomade alors que l’administration qui le seconde est sédentaire. Et dans le couple, même si les modèles évoluent rapidement, la femme, si elle est mère de famille, sera plutôt sédentaire et son conjoint plutôt nomade. Il existerait ainsi une confrontation entre sédentaires et nomades dans toutes les sphères de la société.

Les événements graves survenus à Paris semaine dernière peuvent aussi être analysés sous cet angle : contrairement aux armées conventionnelles opérant dans une logique sédentaire, les terroristes fonctionnent dans une logique nomade ; très mobiles, ils opèrent dispersés par petits groupes en accordant une large place à l’improvisation. Mais ils se battent pour une organisation qui cherche à s’installer, à se sédentariser… Je n’irai pas plus loin sur ce sujet, car incompétent dans le domaine de l’analyse politique. Mais cette approche nomade/ sédentaire me paraît à la fois originale et féconde pour tenter de déchiffrer certains aspects du monde dans lequel nous vivons.

Ajoutons que, même s’il existe des personnalités plus enclines au sédentarisme et d’autres au nomadisme, la plupart d’entre nous sont à la fois sédentaires et nomades. Nous verrons dans le prochain message comment gérer ces deux aspects parfois conflictuels en nous-mêmes.


Renaud CHEREL


Vous pouvez lire aussi dans ce blog des articles sur la même thématique :
    A la fois nomade et sédentaire
    Permanence et changement
    Changement et blocages

Liens externes:
    Nomades et sédentaires, l'irréductible affrontement