La question de la croissance ou de la décroissance ne se
pose pas qu’au niveau individuel. Sur le plan collectif, les sociétés et tous
les groupes humains sont amenées à croître, à se développer jusqu’à un certain
point, au-delà duquel ils vont, au mieux, se stabiliser pendant un certain
temps, sinon régresser et disparaître. Nous laisser croire que notre société va
continuer de fonctionner indéfiniment comme actuellement relève du mensonge ou
de l’inconscience.
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Les ressources terrestres ne sont pas infinies... |
Au XIXe siècle, on peut comprendre que les perspectives de développement économique aient paru illimitées et que l’on pensait pouvoir exploiter sans aucune restriction les ressources qui se trouvaient à disposition. Aujourd'hui, nous réalisons que la planète terre, malgré ses dimensions qui nous paraissent imposantes, n’est pas infinie : elle nous offre des ressources limitées. Même si les inventaires de ressources réalisés par le passé se sont avérés faux – la découverte de nouveaux gisements ou l’amélioration des techniques d’extraction ont permis de repousser les limites – nous sommes obligés d’admettre que ces limites existent. La plupart des études sérieuses sur le sujet affirment qu’à l’échelle mondiale, nous dépensons déjà chaque année davantage que le disponible. Autrement dit, en termes économiques, nous puisons dans notre capital commun, lequel par conséquent diminue.
Autrefois, on parlait de « gérer son bien en bon père
de famille » ; il s’agissait de gérer avec prudence et discernement
de façon à transmettre à ses descendants autant ou plus que ce dont on avait
hérité. Cette expression est bien sûr désuète et un brin paternaliste, mais
elle mettait l’accent sur la transmission : quelle terre voulons-nous transmettre
à nos enfants et à nos descendants ? Nous voyons sous nos yeux notre
environnement se dégrader de plus en plus vite, et l’influence des activités humaines
sur le réchauffement climatique n’est mise en doute que par une minorité de
gens, dont, hélas, le président de la première puissance économique mondiale…
Pourtant, pour beaucoup d’entre nous, nous évitons de nous poser
ces questions ou, tout simplement, nous nous sentons totalement impuissants à y
répondre. Il est vrai que les dirigeants n’arrivent pas à se mettre d’accord
sur la question, et les grandes conférences mondiales sont des montagnes qui
accouchent de souris. En France, la croissance reste l’objectif de la plupart
des partis politiques qui l’invoquent comme la condition absolument nécessaire
au bien-être de tous. Albert Jacquard, dans son ouvrage Voici le temps du monde fini, analysait comment la pensée technologique
influence de plus en plus les conceptions du monde. Il posait le diagnostic suivant :
plus la science et la technique démontrent le caractère limité des ressources
naturelles et moins, paradoxalement, les responsables politiques et économiques
semblent en tenir compte.
Alors, je pense qu’une part de la réponse se trouve dans les
mains de chacun de nous. Par exemple, dans la mesure du possible, je peux
chercher à réparer ou faire réparer mes objets plutôt que de les jeter, à
recycler, à limiter ma consommation d’énergie, etc. Si chacun de nous est attentif
à ces aspects dans sa vie quotidienne, peut-être pourrons-nous améliorer le
cours des choses ?

La crise et nos habitudes
Croissance et décroissance personnelle

Renaud CHEREL
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