Avez-vous entendu parler des néoneurones ?
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Les neurones sont associés en réseaux |
L’équipe du Pr Pierre-Marie Lledo, de l’Institut Pasteur, a
découvert en 2003 que des nouveaux neurones, ou néoneurones, étaient produits
dans le cerveau des adultes jusqu’à un âge avancé, le sujet le plus âgé chez
qui on a observé ce phénomène ayant dépassé l’âge de 89 ans. Cette découverte a
renversé un dogme scientifique vieux de près d’un siècle, selon lequel le
nombre de neurones de notre cerveau serait définitivement fixé très tôt après
la naissance. Chaque neurone étant incapable de se multiplier – contrairement à
la plupart des autres cellules de notre corps qui se renouvellent régulièrement
–, toute perte était donc irréversible. Cette découverte révolutionne beaucoup de
choses que l’on croyait savoir sur le cerveau et revêt de nombreux aspects très
encourageants.
Ainsi, le cerveau est capable de s’auto-réparer. On savait
déjà que certaines régions du cerveau pouvaient se développer pour compenser la
déficience d’une autre zone : ainsi, on constate chez les aveugles un surdéveloppement
des zones correspondant à l’ouïe et aux autre sens. Mais on sait maintenant que
le cerveau d’un adulte a la capacité – certes, à un rythme lent – de générer
des neurones pour en remplacer d’autres qui ont disparu. Cela ouvre évidemment
des perspectives très prometteuses pour soigner les maladies neuro-dégénératives
telles que Parkinson ou Alzheimer.
« Très intéressant, me direz-vous, mais en quoi cela me
concerne-t-il ? Cela est affaire de spécialistes ! » Eh bien, lisez
la suite…
L’origine de ces néoneurones est à trouver dans les cellules
gliales, qui représentent environ la moitié du nombre total de cellules du
cerveau, et qui, elles, sont capables se multiplier. Certaines de ces cellules,
dites gliales souches, peuvent se transformer en neurones, lesquels migrent vers
la région du cerveau qui en a éventuellement besoin, par exemple suite à une
lésion provoquée par un accident.
Or, on a découvert que cette migration ne survenait que s’il
y avait un manque et que par ailleurs, sans stimulation, ces néoneurones ne survivaient
pas longtemps. Et que l’apparition de néoneurones chez l’adulte est favorisée non
seulement par une lésion, mais aussi par la curiosité, l’éveil et le plaisir.
Ces nouveaux neurones nous rendent donc, à tout âge, capables d’acquérir de nouvelles
compétences cognitives ou opérationnelles. À l’inverse, le désintérêt pour la
nouveauté ou un état dépressif se répercutent sur la production de néoneurones.
Ainsi, pour reprendre une ancienne comparaison tombée en
désuétude, mon cerveau est comparable à un muscle, il a toujours besoin s’entraînement
et de stimulations pour fonctionner. Par conséquent, si je conserve ma
curiosité et ma capacité d’émerveillement, alors, quel que soit mon âge, mon cerveau
restera capable de générer de nouveaux neurones me permettant d’apprendre des
choses nouvelles et de m’adapter à des situations inédites. Mais, répétons-le,
ils ne le feront bien que si je suis motivé et que j’y trouve du plaisir !
Alors, pour votre santé et votre bonheur, conservez dans la
mesure du possible des activités, voyagez, rencontrez des gens, informez-vous, bref,
n’hésitez pas à faire fonctionner – et multiplier – vos petites cellules grises !