Réflexions d'un coach spécialisé dans les transitions, à partir des événements et rencontres de la vie quotidienne...
Affichage des articles dont le libellé est choisir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est choisir. Afficher tous les articles

mardi 10 janvier 2017

Difficulté de choisir

Avant de se décider, Julienne a l’habitude de se renseigner, écoute différents avis, puis tranche en assumant la responsabilité de sa décision, sachant qu’il lui arrive de faire des erreurs. Quant à Victorien, il n’hésite pratiquement jamais et décide très vite sans trop considérer les conséquences. Mais il regrette rarement son geste : oui, il y a eu des dégâts collatéraux, mais à quoi servirait d’attendre une meilleure décision, qui, si elle arrive trop tard, serait encore pire ?

Mais tout le monde ne fonctionne pas comme Julienne ou Victorien, et en regardant autour de nous, nous constatons que beaucoup de gens ont des difficultés à choisir.

Ignace n’arrive pas à faire ses choix et hésite longuement entre les différentes options possibles. Quand il finit par faire un choix, c’est comme s’il se jetait à l’eau, les yeux fermés ; mais souvent, au regard de conséquences qu’il n’avait pas prévues, il le regrette ou bien en rejette la responsabilité sur d’autres que lui-même.

Clémentine hésite aussi, mais pour d’autres raisons, sous l’effet d’une certaine paresse, comme si l’acte de choisir lui demandait une énergie au-dessus de ses forces. Alors, elle préfère attendre un peu et remet sa décision à plus tard : peut-être que les événements feront en sorte qu’elle n’aura pas le choix…

Sheila a du mal à choisir, car il lui faut sécuriser ses choix. Elle va donc considérer au préalable toutes les conséquences, directes et indirectes, de chacune des options possibles, avant de choisir celle dont les implications seront les moins défavorables ; ces considérations lui prennent évidemment beaucoup de temps.

On peut penser que la façon de vivre actuelle joue dans notre difficulté à choisir.

Une première raison tient à la multiplicité des choix que nous avons à faire au quotidien, face à l’offre pléthorique de la société de consommation. Le moindre produit, le moindre service est disponible sous une multitude de prix, de formes, d’emballages différents, chacun avec ses avantages et ses inconvénients. Aux caractéristiques du produit lui-même s’ajoutent éventuellement des considérations sur l’impact que son acquisition peut avoir sur notre santé, sur l’emploi ou sur l’environnement. Tous ces éléments augmentent considérablement la difficulté du choix.

Une seconde raison tient à notre liberté de choix. En effet, dans la société où vivaient nos aïeux, la plupart des individus se conformaient au scénario défini par leur naissance. Leur classe sociale, leur sexe, leur place dans la fratrie, le métier de leurs parents, leur religion, et d’autres facteurs encore, déterminaient leur vie de façon assez précise et – pour la plupart d’entre eux – sans guère de remise en question. Aujourd'hui au contraire, même si ces éléments continuent d’exister pour chacun de nous, tout nous pousse à trouver par nous-mêmes notre épanouissement individuel. Chacun de nous porte sur ses épaules la lourde responsabilité de son développement personnel et de son propre bonheur. Du coup, les décisions que nous prenons ont un poids autrement plus lourd : même des choix anodins peuvent revêtir une importance quasi vitale pour certains d’entre nous.

Nous verrons dans le prochain message comment faciliter nos choix.

 

Renaud CHEREL

Vous pouvez lire aussi dans ce blog des articles sur la même thématique :
    Prise de décision
    Enjeux

mercredi 14 octobre 2015

Comment gérer mes contradictions internes

Il nous arrive d'être tiraillés entre
des désirs et des émotions contradictoires
À partir du moment où je réalise que les êtres vivants fonctionnent en sollicitant des systèmes ago-antagonistes (voir message précédent), mes contradictions internes m’apparaissent sous un jour plus positif. C’est d’ailleurs un trait typique de nos sociétés occidentales que cette vision dualiste du monde à laquelle nous souscrivons souvent : c’est vrai ou c’est faux, c’est noir ou blanc, c’est bien ou mal, c’est beau ou laid, etc. Dans les traditions orientales, la réalité est vue de façon plus nuancée : dans telle affirmation il y a du vrai et du faux ; il y a bien souvent une pointe de noir dans le blanc et de blanc dans le noir ; un bien peut avoir des aspects négatifs et un mal des aspects bénéfiques ; la beauté est souvent rehaussée par quelque imperfection, etc. 

En considérant mes propres contradictions sous cet angle, elles m’apparaîtront davantage comme des outils mis à ma disposition pour m’assumer davantage en tant qu’être humain. Ce sont elles, en particulier, qui font de moi un être imparfait, certes, mais un être étonnant, unique et merveilleux. Pour les regarder avec plus de sérénité, je peux imaginer mon esprit et mes émotions comme un ensemble de sages en train de débattre, chacun exprimant son opinion.

Les premières contradictions qui peuvent m’apparaître sont celles entre mes pensées et mes actes : elles sont peu bénéfiques et je peux les minimiser en faisant le tri dans mes valeurs morales, afin de garder les plus importantes pour les appliquer à moi-même avant de les attendre des autres. Ce faisant, je gagnerai en estime de moi-même et mes relations seront plus saines et plus satisfaisantes.
D’autres conflits intérieurs peuvent provenir de mes conditionnement durant l’enfance. Quels modèles m’étaient-ils proposés ? Aujourd'hui, en tant qu’adulte, suis-je d’accord avec ceux-là, ou en réaction contre eux ? À moi de choisir de conserver ce qui convient à mes valeurs et à mes convictions, et à laisser de côté le reste.

Il se peut aussi que la vie n’ait pas été facile pour moi, et que je sois plein de rancœurs et de reproches. Mais le fait de blâmer mes parents ou la société ne changera rien au passé. Moi seul ai le pouvoir de changer les choses sur lesquelles j’ai de l’influence, et de changer mon regard sur les gens, les choses, les événements sur lesquels je n’ai aucun contrôle. Alors je pourrai accepter avec sérénité ce sur lequel je ne peux rien.

Mes contradictions peuvent aussi me paralyser, en étant incapable de choisir. Car tout choix entraîne nécessairement la perte de certains avantages. Mais ces pertes me rendent plus fort et m’ouvrent à de nouvelles opportunités. En saisissant l’occasion qui se présente aujourd'hui, je ne gaspillerai pas mon énergie dans des regrets inutiles, à ruminer le passé qui n’est plus. Et si je subis un échec, j’en tire la leçon qui m’évitera de commettre la même erreur la prochaine fois. 

Enfin, il est important de rester à l’écoute de mes besoins et de les nourrir.



Renaud CHEREL


Vous pouvez lire aussi dans ce blog des articles sur la même thématique :
    Contradictions internes
    Les besoins

lundi 30 janvier 2012

Autonomie et indépendance


Copie de la statue de la liberté à Paris (Photo R Cherel)
Albane, qui est étudiante, imagine son avenir : « J’ai presque terminé mes études ; quand j’aurai un boulot, je serai indépendante et je n’aurai plus de comptes à rendre à mes parents ! J’attends avec impatience ce moment de liberté. »

Noé parle de son activité professionnelle : « Ce qui me plaît dans mon travail, c’est que j’ai beaucoup d’autonomie ; je prends les décisions que je juge  utiles et j’assume les responsabilités qui vont avec. Je dispose d’une grande liberté d’action.»

Ferdinand est plus amer : « Je me rends compte que, dans mon existence, au fond, je n’ai guère eu le choix : j’ai toujours agi en suivant la volonté ou les directives des autres : mes parents, mes professeurs, mon patron, ma femme… Où est mon autonomie dans tout ça ? »

Dans le langage courant, autonomie et indépendance sont deux mots proches, pris parfois comme des synonymes qui évoquent la notion de liberté. Pourtant, il existe entre ces mots une différence qui me semble intéressante. Autonomie vient du grec auto, soi-même et nomos, loi : ce qui est autonome se régit par ses propres lois, ce qui se détermine selon des règles librement consenties. L’indépendance, du latin pendere, pendre, est l’état d’une personne ou d’une entité qui ne dépend pas de quelqu’un ou de quelque chose. Nous percevons ici que la définition même du mot autonomie est exprimée par une phrase positive, celle du mot indépendance l’est par une phrase négative.

L’analyse transactionnelle propose la distinction suivante entre indépendance et autonomie : l’indépendance – état d’une personne qui ne dépend pas de quelqu’un ou de quelque chose – serait plutôt en lien avec la position « moi OK, toi pas OK » ; alors que l’autonomie – capacité pour l’individu de déterminer librement les règles auxquelles il se soumet – serait plus en lien avec la position « moi OK, toi OK ». Qui dit autonomie dit capacité de faire des choix.

Ceci étant posé, il va de soi que, dans notre société, indépendance et autonomie sont très relatives ; nous ne vivons pas chacun sur une île déserte et la satisfaction de la plupart de nos besoins passe par l’intermédiaire d’autres personnes : nous sommes tous plus ou moins interdépendants. Quant à notre autonomie, notre capacité de faire librement des choix, elle est limitée par toutes sortes de contraintes économiques, sociales, culturelles.

Cependant, il me semble important de souligner ceci : tant que je cherche à être indépendant, ou que je m’affirme comme tel, je cherche probablement à m’opposer à quelque chose ou à quelqu’un qui m’empêche d’être libre, à me libérer de son influence. Cela est aussi vrai  pour un groupe ou une nation que pour un individu : on parle par exemple de guerre d’indépendance. Mais en me posant comme autonome, j’affirme tranquillement mon être, avec sa capacité de choisir, sans forcément me situer en opposition à qui ou quoi que ce soit.

D’où la question : bien souvent, ne me faut-il pas passer par l’étape de l’indépendance pour acquérir mon autonomie ?

Renaud CHEREL


Voir aussi dans ce blog :
    Quitter père et mère
    L'éducation des enfants
    Liberté de l'enfant
    La notion d'enfermement

Liens externes :
    Le blog de Sylvain Reboul
    http://www.agis.fr/?p=208
    Indépendance et autonomie, quelles différences ? (blog Montessori)

lundi 22 juin 2009

Parasitage mental

Les idées parasites nous consomment
notre énergie mentale
Gilbert aime bien que tout soit en ordre ; rien ne l’énerve plus que de voir, le matin en faisant sa toilette, le tube de dentifrice non fermé laissé par Carole sur le lavabo. Et le voilà parti à ronchonner : « Tu ne pourrais pas le fermer, ton dentifrice, ça ne te coûte rien, quand même ! » Carole lui rétorque du tac au tac : « Occupes-toi donc de tes chaussettes sales ! » Et ce manège bien rôdé revient très souvent. Bonjour l’ambiance pour démarrer la journée...

A la boulangerie où elle travaille, Carole est constamment agacée par la porte qui grince en s’ouvrant ; cent fois par jour ce bruit la dérange, elle finit par n’entendre que cela, elle en a vraiment marre.

Comme Gilbert et Carole, beaucoup d’entre nous avons de petites choses, de petits riens qui nous agacent et finalement nous pompent beaucoup d’énergie : nous nous focalisons sur ce détail au point que parfois il nous envahit complètement. Nous appellerons cela des parasitages mentaux. La bonne nouvelle, c’est que le plus souvent, on peut se débarrasser assez facilement de ces parasitages !

Comment s’y prendre ? Voici une façon de faire, avec une feuille de papier et de quoi écrire :

- d’abord, identifier et décrire ce qui me parasite ;
- puis trouver les raison du parasitage ;
- ensuite, le bénéfice que le parasitage me procure ? Quel avantage ai-je à continuer cela ? Dans toute intervention, les possibilités de non changement doivent être évaluées au même titre que les possibilités de changement. Autrement dit, je vais faire en sorte – souvent inconsciemment – de mettre en échec ma propre demande. Cette tentative de mise en échec n'est pas intentionnelle, elle est inhérente au fait que même lorsqu'il est souhaité et provoqué, le changement est un processus que chaque être humain répugne habituellement à affronter, même et peut-être surtout s'il le souhaite ou en a l'initiative.
- Qu'est-ce que ce parasitage me coûte ? Coût évident, direct ; coût indirect, caché.
- Qu’est-ce que je pourrai faire pour le supprimer ? Quel bénéfice cela me rapportera-t-il ?

À partir de là, je fais un choix : dois-je garder ou enlever ? Si les avantages du parasitage sont jugés plus grands que ses coûts, je peux le conserver. Le but étant de décider en toute connaissance de cause : je choisis au lieu de subir.

Une fois la décision prise, je prévois un calendrier des actions, ainsi qu’un contrôle du résultat quelque temps plus tard.
Je commence par les situations les plus faciles à résoudre, car le succès appelle le succès.

Gilbert a reconnu que ses remarques à Carole sur le tube de dentifrice généraient bien plus de problèmes relationnels que de soulagement personnel. Il a décidé d’arrêter d’en parler ; comme par hasard, d’ailleurs, le dentifrice traîne moins souvent sur le lavabo... Quant à Carole, elle a osé parler de la porte qui grince à sa patronne, qui a fait mettre une goutte d’huile dans la charnière : ça ne grince plus !

Bien sûr, tous les parasites ne sont pas aussi faciles à éliminer. Mais qu’est-ce que cela vous coûte d’essayer ?


Renaud CHEREL  



Voir aussi dans ce blog : 
    Essentiel et accessoire